Rechercher dans ce blog

jeudi 22 octobre 2015

#30CR Carnets de retraite : Ni bien, ni mal, ni fatiguée, ni galvanisée...

#30 Carnets de retraite : Ni bien, ni mal, ni fatiguée, ni galvanisée...

Ni bien, ni mal, 
Ni fatiguée, ni galvanisée,
Ni sereine, ni amorphe,

Ni flûte, ni soupir.

Ni luth, ni cerise,
Ni chien, ni loup,
Ni chèvre, ni chou,

Ni raison, ni marron,

Ni chair, ni poisson,
Ni dote, ni poison,
Ni faune, ni flore,

Ni rien, ni tout.

Ni sainte, ni touche,
Ni gens, ni ment,
Ni beau, ni menthe,

Ni figue, ni fugue,

Ni bec, ni ongles,
Ni noir, ni blanc,
Ni l'un, ni l'autre,

Ni châtaigne, ni reproche.

Ni toi, ni moi,
Ni lui, ni elle,
Ni vous, ni nous.

S'écoule lentement 
L'impersonnel
Carnet de retraite.

Impermanent.

© Simone Rinzler | 22 octobre 2015 - Tous droits réservés 

Un petit tour "Ni", À L'Atelier de L'Espère-Luette






lundi 12 octobre 2015

#29CR Carnets de retraite : Terreur de la haine, Amour des hommes (Sortie des carnets sans intérêt)

#29CR Carnets de retraite : Manifeste poétique - Terreur de la haine, Amour des hommes (Sortie des carnets sans intérêt)


Ils me poursuivent de leur haine,
Ce sont des hyènes,
Ce sont des hyènes.

Ils me poursuivent de leur haine.
Je ne suis qu'un bébé,
Je ne suis qu'un bébé.

Ils me poursuivent de leur haine.
Je ne suis qu'une femme,
Je ne suis qu'une femme.

Ils me poursuivent de leur haine.
Je ne suis qu'un homme,
Je ne suis qu'un homme.

Ils me poursuivent de leur haine.
Je ne suis qu'une vieille,
Je ne suis qu'une vieille.

Ils me poursuivent de leur haine,
Je suis qu'un vieux,
Je ne suis qu'un vieux.

Ils me poursuivent de leur haine,
Je ne suis qu'un jeune,
Je ne suis qu'un jeune.

Ils me poursuivent de leur haine,
Je ne suis pourtant qu’un tout jeune homme,
Je ne suis pourtant qu'un tout jeune homme.

Ils me poursuivent de leur haine,
Je ne suis pourtant qu'une toute jeune fille,
Je ne suis pourtant qu'une toute jeune fille.

Ils me pousuivent de toute leur haine,
Je ne suis pourtant qu'un pauvre,
Je ne suis pourtant qu'un pauvre, 
Qu'un pauvre qui n'a rien.

Ils me poursuivent de toute leur haine,
Je ne suis pourtant qu'un fonctionnaire,
Un tout petit fonctionnaire qui gagne sa croûte
Pas sur leur dos.

Ils me poursuivent de toute leur haine.
Je ne suis pourtant qu'un professeur,
Un tout petit professeur qui gagne sa croûte
Pas sur leur dos.

Ils me poursuivent de toute leur haine,
Je ne suis pourtant qu'un sans-abri,
Un tout petit sans-abri qui gagne sa croûte,
Pas sur leur dos.

Ils me poursuivent de toute leur haine,
Je ne suis pourtant qu'un simple d'esprit,
Un tout petit simple d'esprit qui gagne sa croûte,
Pas sur leur dos.

Qui leur dira, qui leur criera
Que ce n'est pas moi,
Que ce n'est pas toi,
Sinon Toi ?

Qui leur dira, Qui leur criera,
Que ce n'est pas cela,
Que ce n'est pas ça,
Qui les rend malheureux.

Si ce n'est pas toi ?

Ils crèvent du manque de considération,
Ils crèvent de manque de reconnaissance,
Ils crevent de manque d'amour,
Et même, ils crèvent de faim,
Tout court.

Qui les aimera,
Les aimera quand même,
Malgré leurs défauts,
Malgré leur haine
Sinon Toi ?

Qui les aimera,
Sans se jouer d'eux,
Leur apprendra à se faire aimer,
Et non pas à se faire détester ?

Qui les aidera,
Un par un,
Leur prendra la main,
Un par un,
Au lieu de les rejeter,

De les poursuivre de ta haine ?

Sinon Toi, Toi et Toi.

Tu as la haine en terreur,
Tu as la haine en horreur,
Ce sont tes enfants, tes amis, tes sœurs,

Tu les as vus descendre peu à peu sur le chemin de la haine.
Leur as-tu dis, sans relâche, que tu les aimais ?
Leur as-tu tenu la main, quand ils n'allaient pas bien ?

Dis, Toi, Qu'as-tu fait ?

J'étais occupé à gagner ma croûte,
Je nourrissais mon bébé,
Je remplissais mon carnet de notes,
Je remplissais mon blog,
Je tentais de remplir ma retraite,
Je chantais pour un repas,
J'essayais de me faire aimer.

Tu n'as jamais essayé d'enseigner à ne pas haïr ?
Vas-y, essaie, sans haïr à ton tour.

Tu vois, ce n'est pas si facile d'aimer sans retour,
Sans certitude de retour.
Pour un seul, rien que pour deux,
Ça vaut la peine d'essayer.

Intéresse-toi à eux,
Parle-leur, écoute-les,
Tu ne les sauveras pas tous.
Commence déjà par en sauver un,
Rien qu'un.

Et celui-là, celui que tu sauveras, ce sera peut-être toi.
Tu sens bien que toi aussi, parfois, tu bascules,
Tu attends que l'on t'aide à ne pas tomber.

Ne les aide pas à tomber.
Aide-les à se relever.
Un par un.
Du côté de ce qui fait société,
Du côté de ce qui rend vraiment fier,
Sans avoir besoin de gueuler haut et fort 
Que l'on est fier d'être à côté, 
Que l'on est fier d'être différent, 
Quand ce dont on crève, ce dont on manque, 
c'est d'un peu d'amour, c'est d'harmonie, 
D'une main tendue, 
D'une main posée sur la sienne.

Allez, Allez !
Sors de ta haine, de ton mépris, de ton envie de ce qu'il y a dans l'assiette de ton voisin.
Regardes ce qu'il te reste encore et que tu peux distribuer gratuitement,
Tu verras, ça ne te coûtera rien
Au porte-monnaie,
'Spèce de radin, de rat du cœur, de ras d'humeur.

On ne t'a pas assez aimé ?
On t'a mal aimé ?
On t'a trop aimé, étouffé ?
On t'a fait comme on a pu.

Arrête de te plaindre.
Va, vis et deviens,
Un petit peu plus généreux.
Sors de ton aigreur.
Arrête de te comparer.

Tu es incomparable.

Fais ce que tu peux encore faire.
Aime un haineux,
Sauve-le.

A nous tous, nous serons dans l'ombre, l'armée des lumières, des lumières dans les yeux, 
Laisse tomber les teigneux, secours les sauvables pour commencer. Ce sera toujours ça de pris.

C'est le début de ta résistance.

Va !

Sauve-toi !

Sauve toi.
Ne fuis pas.

Sauve toi.
Ne fuis pas.
Ta responsabilité.

Va distribuer le peu qu'il te reste d'amour. 
Tu n'en manqueras pas.
Tu verras.
[Hmmm... 
Tu sais que je t'aime, Toi !
T'chioc !!!]

© Simone Rinzler | 12 octobre 2015 - Tous droits réservés 

Le Poème Engagé est de retour À L'Atelier de L'Espère-Luette







samedi 10 octobre 2015

#28CR Carnets de retraite : Anamnèse et Délibération (le retour, groupiert) : Je me demande quel plaisir ils peuvent bien trouver à regarder ainsi, passivement, ce qui s'écoule ici...

#28CR Carnets de retraite : Anamnèse et Délibération (le retour, groupiert) : Je me demande quel plaisir ils peuvent bien trouver à regarder ainsi, passivement, ce qui s'écoule ici...

Je me demande quel plaisir ils peuvent bien trouver à regarder ainsi, passivement, ce qui s'écoule ici. Cette question n'est pas nouvelle. Toutes les fois où j'ai effectué une action artistique, je me posais la question de ce que venait chercher le spectateur. 

Je me revois, dans le chœur d'un église, au sein du chœur de mon cœur où je chantais. C'était un pur bonheur. Mon Prince, Etc Que Je N'Appelais Pas Encore Mon Prince était dans le public, assis aux côté de La Princesse De Mon Ami Du Chœur. Ces deux-là s'en donnaient à cœur joie. C'était notre public de choix. Ils étaient les deux seuls de notre petit groupe de chanteurs et d'amis à ne pas chanter, à ne rien y connaître, mais à assister à tous nos concerts. Ils venaient pour nous, par amour de nous, nous soutenir, nous admirer, nous aimer. Ils étaient là pour Leur Princesse Pas très Catholique et pour Leur Prince Nouvellement Découvert. Ils venaient aussi pour s'amuser. pour le plaisir de la troisième mi-temps, au café, au restau, chez les uns, chez les autres.

Ça sentait bon l'amitié, l'amour, la chaleur. On se tenait chaud. On était heureux. On était bien. on baignait dans un doux bonheur d'amour et d'amitié. On se caillait les miches. Les églises ont la réputation, loin d'être surfaite, d'être mal chauffées. Nos deux spectateurs privilégiés étaient chaudement vêtus. 

Déjà qu'il leur fallait supporter nos Ecce Virgo, nos Credo In Unum Deum au milieu d'une glacière à l'heure où tout le monde déjà digère, ils n'allaient tout de même pas non plus chopper la mal mort par-dessus le marché. D'autant qu'après le concert, il leur allait falloir assurer devant notre bonheur d'avoir piaillé de concert. Nous faisions le concert sur scène. Ils faisaient le spectacle entre deux. On se marrait tous de les voir s'amuser. Yvane nous refaisait son sketch à chaque entracte :

- Tu t'appelles comment déjà ?
- Yvane.
- Tu chantes ?
- Non !
Et là, Rrlran ! Elle se retournait d'un bloc, tournant le dos à son public adoré, mimant chaque choriste qui l'avait abordé le jour des présentations.  
-Tu chantes ?
- Non.
Et allez ! R'tourne-toi. Tu m'intéresses pas ! 

Et nous, on repartait du même fou rire.
A chaque fois. 
C'était notre sketch préféré ! 

Qu'est-ce qu'on riait.

On riait ! On riait ! On riait !

Voilà, on s'aimait, d'amour, d'amitié, de joie de vivre éperdue. On était gais. On riait. C'était une sacrée bande.

Mais j'ai perdu mon fil. 

Je l'ai retrouvé, mais je ne voudrais pas gâcher ce bon moment de souvenirs heureux. Le souvenir du temps joyeux, de l'insouciance, de la chaleur humaine hebdomadaire, le souvenir de ce récit que j'ai tenté de contourner par un roman dans un atelier d'écriture, quand tous mes souvenirs sont des souvenirs de chorale, de chœur, d'ensemble vocal, de séminaires heureux et de vacances de profs, heureux d'être ensemble. 

Mais quelle sotte ! Mais quelle sotte !

Commence déjà par ça, idiote !, au lieu de te creuser la tête à inventer des tonnes de trucs improbables. tu as une mine d'or dans la tête, dans les doigts, et tu ne voudrais pas t'en servir !
Mais c'est quoi, ton problème, Stupid ?

Tu crois que si c'est difficile, si t'en chie, ce s'ra mieux ?

Non, mais ça va pas la tête ?

Tu veux quoi, au juste ? Te faire souffrir ? C'est ça ? Eh bien, alors, continue comme ça, tu seras toujours insatisfaite, il te manquera toujours quelque chose et tu chercheras en vain ce qui te manque, alors que tu as tout, sous la main, que tu as doigts d'or, des doigts d'écrivain rigolo qui te guident vers le bonheur, vers la joie simple, tu sais bien, celle qui t'a quittée quand tu as voulu faire ta sérieuse.

Oui. tu as raison. je suis un auteur fantaisie. C'est sympa, la fantaisie, ça fait du bien. Ca ne change pas le monde. Ca le rend un peu pplus supportable. pour toi. pour les autres. Ce n'est déjà pas si mal.

Et si la fantaisie avait autant de valeur politique que le sérieux, hein ?

Ça t'en boucherait un coin ?

Ça va ! Ça va ! J'y repenserai un jour de grand sérieux. Pour l'instant, je suis toute à ma joie. 

Écrivain de Fantaisie Politique, ça te plairait, ça ?

Oui. 
Pour aller mieux, faire tout pour aller mieux. 
Et quand tu vas mieux, tu concours à faire société, une société belle comme dans tes rêves.

La Société des Gens Heureux
Qui Ne Sont Pas Idiots,
Non Mais, Faudrait Pas Croire, quand Même !


© Simone Rinzler | 9 octobre 2015 - Tous droits réservés
Le tournant est déjà pris À L'Atelier de L'Espère-Luette


vendredi 9 octobre 2015

#27CR Carnets de retraite : Bilan d'étape...

#27CR Carnets de retraite : Bilan d'étape...

Avantages et inconvénients


L'avantage des ces carnets de retraite est plus personnel que littéraire. J'en prends conscience peu à peu. Il me permet de garder contact avec des amis, connus ou inconnus. Rien ne fera avancer la littérature ici. De toutes façons, on sait bien que la notion de progrès ne concerne pas la littérature. Il y a cependant un effet bénéfique qui n'est pas le mien uniquement. Certains de mes lecteurs me le disent parfois.

L'inconvénient de ces carnets sur un blog en est leur caractère public. Un journal, tenu publiquement, ne peut avoir la même teneur qu'un journal rédigé à l'ombre des lecteurs. La teneur du "Je" n'en est pas la même que dans un journal, une autobiographie ou une tentative littéraire.

La question que je me pose est celle de l'abandon de ces carnets. Tels qu'ils sont, ils doivent évoluer. 

Le carnet public est, comme la littérature, le lieu de tous les malentendus. "Fiction ou réel ?", m'a-ton déjà demandé récemment. 

La réponse est dans le regard de celui qui lit. 

Si toi, Lecteur, tu y vois un effet de vérité, il peut s'agir du réel. Si tu t'interroges sur le caractère fictionnel de l'entreprise, peut-être as-tu raison ?

Ne s'agit-il pas ici de rêver sa vie dans une période d’entre-deux ? 

Entre deux projets d'écriture ?

Dans l'attente d'une relecture d'un manuscrit de 1er jet qui, apparemment ne reviendra pas à l'envoyeur, mon lecteur s'étant fait la malle lorsque je lui ai demandé où il en était de sa relecture ?

Dans l'attente de la sortie d'un ouvrage fin octobre que tu veux compulser avant de réécrire le premier jet de ton roman ?

Dans l'attente de quoi, en somme ?

Dans l'attente d'avoir le courage de se remettre vraiment à ce projet littéraire, le roman écrit au cours de l'année.

Ou de l'abandonner définitivement, ou encore de tout reprendre de bout en bout à partir de janvier ?

Pour l'instant, il est encore temps d'être dans l'entre-deux. 

C'est peut-être le secret de mon bonheur. De mon bonheur momentané, c'est certain.

L’habitude de l'entre-deux


J'ai toujours été dans l'entre-deux.

J'y suis habituée.

Habituée à son inconfort, à son confort. 

Quoiqu'il arrive, c'est toujours la même histoire qui se dessine.

La difficulté de trouver pleinement ses marques après une vie active très active, très riche, parfois usante, mais d'une si belle intensité.

Peut-être que ce qui me manque, bien davantage que la camaraderie et l'amitié au quotidien, est la qualité de cette ancienne intensité.

Il est vrai que l'intensité a un un prix, sur le très long terme. 

Je m'ennuie de la perte d'intensité.

Je suis à la recherche de ce qui la fera renaître.

Pour l'instant, ce n'est ni la lecture, ni l'écriture qui sont toutes les deux, ... dans l'entre-deux.

Allons, voyons !

Ne fais pas ta geignarde. Arrête de te plaindre. 

Tu as ri une bonne partie de la journée, te prépares une bonne soirée avec Ton Drôle De Prince Facétieux, et tu te dis dans l'entre-deux ?

Mais tu dérailles, ma pauvre fille ! 

Prends garde de ne pas te transformer en...

Non...

...Pas en dragon, pas en sorcière, en prince charmant, ou en zombie maléfique !  

Non, non, non !

Mais en vieille bique ennuyeuse, en bourgeoise capricieuse.

Pouah ! Beu-a-erk ! 

Enfer et Ragnagna ! 

Hola ! Hola ! 

A l'aide ! 

A moi ! A moi !

Vlan.

--------

Ah, ça fait du bien !

Ouf ! 
Un peu d'air...

© Simone Rinzler | 9 octobre 2015 - Tous droits réservés
 La suite du tournant À L'Atelier de L'Espère-Luette









#26CR Carnets de retraite : Délibération : Je range, je trie, je change les draps du bureau, mes petites-filles auprès de moi.

#26CR Carnets de retraite : Délibération  : Je range, je trie...


Je range, je trie, je change les draps du bureau, mes petites-filles auprès de moi. Je me laisse perturber. le rangement avance lentement. Très lentement. Je joue, je chante, je câline, j'invente chanson sur chanson, je tente modulation sur modulation, sotto voce, mezzo voce, plena voce. J'invente paroles et musique, je répète, je ris. Ça rit, ça pète, ça sourit. On atchoume et on à-tes-souhaits-te, et puis on s'endort, peu à peu, on se couche côte à côte. On joue encore. Un peu. Une petite a placé sa main droite à plat sur son oreille. Elle fait son Gilbert Bécaud. Mais ce n'est pas pour chanter. Depuis hier, c'est un nouveau signe d'endormissement.

Les Bébées commencent à éteindre leur regard. Je couche les petites, finis de changer les draps, les enfourne dans le lave-linge (les draps, bien sûr, pas les petites, voyons !), trie la fin d'un dossier problématique très chargé émotionnellement. J'éventre le dossier de mon bébé de papier, la revue de stylistique anglaise que j'ai maternée pendant des années. Hop ! Tout jeté ! 

Pour avancer, il faut jeter !

Un petit tour sur Facebook où je suis une discussion sur un projet d'écriture collective. J'hésite à me lancer dans l'aventure d'un collectif d'écriture avec les copains de l'atelier d'écriture en ligne Draftquest.

Si je me décide, ce sera pour porter le projet. Bien. En entier. Du début à la fin.

Je ne suis pas encore certaine que cela soit ce qui me convienne. Ni le projet que j'aimerais porter. Ce ne serait qu'un travail à distance, beaucoup de travail à l’ordinateur, d’administration de problèmes, de questions de publication. J'ai l'habitude. Cela a été mon métier pendant longtemps. Il n'est peut-être pas utile que je replonge...

En même temps, je sens que je manque d'un projet. Je sais faire cela très bien. Il me faut en étudier tous les tenants et les aboutissants.

L'enthousiaste increvable qui se réveille me crie "Fonce, fonce, Fonfon !" (c'était mon surnom d’enfant). La réaliste, tout aussi increvable, m'intime : "Résiste ! Tu n'as pas besoin de prouver que tu existes et arrête de tout prendre en charge pour les autres ! Pense un peu à toi !". L'ergoteuse me souffle : "Mais tu sais bien que tu peux faire les deux !". La sage folle, follement sage me souffle : "Arrete de déconner, Simone ! tu es en train de retomber dans tes travers. Finis ce que tu as à faire. Après tu verras bien. Il sera toujours temps !". La folle sage, sagement folle me susurre : "Patiente encore un peu. Tu sais bien que la patience te permet de modérer tes ardeurs".

Avant, toute chose, remonter voir ce que je viens de jeter. Il me reste encore une hésitation. J'aime bien m'en tenir à ma maxime :

Ni remords, ni regrets.

© Simone Rinzler | 9 octobre 2015 - Tous droits réservés
Un tournant se prépare À L'Atelier de L'Espère-Luette



jeudi 8 octobre 2015

#25CR Carnets de retraite : Si j'étais junkie, je me jetterais sur ma seringue, si j'étais accro, je me ruerais sur mon pèt', si j'étaisalcoolo, je m'enfilerais de ma bibine, de ma tise, de l'anisé bien frais.

#25CR Carnets de retraite : Si j'étais junkie...


Si j'étais junkie, je me jetterais sur ma seringue, si j'étais accro, je me ruerais sur mon pèt', si j'étais alcoolo, je m'enfilerais de ma bibine, de ma tise, de l'anisé bien frais.

Mais je ne suis rien de tout cela.

Si j'étais boulimique, je m'avalerais une tablette entière de chocolat noir, si j'étais dépendante au sport, je pédalerais de par les rues de la colline, si j'étais livrolique, je m'avalerais bouquin sur bouquin.

Mais je ne suis rien de tout cela.

Si j'étais opiomane, je m'aspirerais des volutes assassines, si j'étais héroïnomane, je m'injecterais ma dose de speed, si j'étais sniffeuse, je me remplirais le blase à plein naseaux.

Mais je ne suis rien de tout cela.

Si j'étais active, je me jetterais dans le boulot, si j'étais chercheur, je me cognerais des projets à n'en plus finir, si j'étais nymphomane, je me taperais des petits jeunots.

Mais je ne suis rien de tout cela.

Si j'étais quelqu'un d'autre, je ne ferais pas tout ce que je fais.

Et là, comme je ne fais rien, et que je fais semblant de m'y faire bien, je fais graphowomane de service.

Mais je sens bien qu'il me manque encore quelque chose de quotidien pour alléger les affres de la liberté chèrement gagnée.

Si j'étais compulsive, je me lancerais dans plein de nouveaux projets, si j'étais avide, je me remplirais jusqu'à l'étourdissement, pour oublier que je m'ennuie aussi, plus que parfois, du manque de camaraderie quotidienne.

Mais je ne suis rien de tout cela. 

Je me sens fatiguée. Je me sens vaguement vertigineuse. Je ressens le besoin de me reposer. Je me repose le corps. L'esprit est encore vif. Les changements de position me tournent la tête. J'ai un peu mauvaise mine aujourd'hui.

Je me repose. 

Je prends de l'avance sur ma nuit.

Je suis allongée.

Je ne dors pas. 

J'écris.

Cette nuit, je dormirai.

Pour l'instant, je me repose. Allongée, je ne ressens pas de pertes d'équilibre. Il est urgent de ne rien faire. Éventuellement, si cela ne passe pas, de consulter un médecin, autre que le mien, en vacances, en Chine. Heureux homme. Comme j'y retournerais bien. J'y ai été si bien.

Mon Drôle De Prince Drôle, Mon Mari, Mon Amant, Mon Ami travaille au bureau. Je l'entends faire bruisser le papier.

Mes petites-filles inventent de nouveaux gazouillis étonnants, je m'en repais.

Comment ? Je ne ferais rien ?

Pardi !

Je vis.

Et ça, c'est bien.

Je suis présente à mon présent, j'écris le présent au présent. Je vis le présent de l'écriture. J'ai calmé mon ennui. Je prends soin de moi plus que des autres. Enfin. 

Je suis bien.

Je me sens encore très fragile. C'est bien de se sentir encore fragile. Cela me retient de m'épuiser. Pas d'agir.

Je profite de ma retraite, éprouve ma liberté qui parfois, souvent m'éprouve. Le chemin de liberté est aussi chemin de santé. 

Je retrouve la mesure. Je n'ai mangé que deux très gros carrés de chocolat. Je mourais de faim. J'ai reposé la tablette, suis allée m'allonger, ai dégusté mon pain et mon chocolat pour mon goûter. La terre a cessé de tourner. J'avais faim. Je me prive moins. Je maigris davantage. Je me sens plus à l'aise dans mon corps. Mon esprit s'inquiète encore. Je me souviens que c'est une inquiétude normale en sortie de dépression. La peur de rechuter fait exagérer les symptômes. C'est un passage obligé que je connais déjà. Il n'y a pas d'inquiétude pérenne.

Seule subsiste, comme un bébé, le passage difficile du jour à la nuit.

La retraite, une retombée dans l'enfance ?

Peut-être.

L'enfance d'avant le travail salarié, d'avant les contraintes.

Je vais me relever, retourner trier tous mes vieux dossiers. Je m'étais arrêtée hier sur un dossier douloureux. Comme il est difficile de jeter les traces matérielles de son passé au travail. Chaque feuillet nécessité une prise de décision rapide et définitive. Je me suis arrêtée sur un doute hier. 

Ceci, à garder ou pas ? 

Mais alors cela ?

Je suis repassée devant ce sous dossier hier. J'ai presque déjà décidé de le garder.

Peut-être ferais-je comme pour les vêtements l'été dernier. Un dossier en attente. Je ne suis pas là pour me faire souffrir ni avoir des regrets. Le tri de juillet a été parfait. Je n'ai rien regretté. J'ai eu la sagesse de ce troisième tas en attente. Cela m'a donné un nouveau sursaut d'énergie de faire tout ce tri. 

Ici même, d'ailleurs, je suis déjà en train de trier mentalement. Si rien ne bouge dans les paperasses, et même si rien ne se voit, je n'ai plus le vertige et le tri s'effectue en pensée. L'exécution matérielle ne sera plus qu'un jeu d'enfant.

C'est pourtant vrai que je suis grapho(wo[e])mane !

© Simone Rinzler | 8 octobre 2015 - Tous droits réservés

Le tri du passé s'effectue au présent  À L'Atelier de L'Espère-Luette


#24CR Carnets de retraite : Jour de colère, que ce jour-là (Dies irae, Dies illa)

#24CR Carnets de retraite : Jour de colère, que ce jour-là (Dies irae, Dies illa - À entendre dans la version du révéré Requiem de Mozart, chant de joie de mes débuts de choriste) 

Après un début de semaine mitigé, pour ne pas dire catastrophique, car il ne faut rien exagérer, je me demandais où j'allais avec ces carnets de retraite. 

Je me sentais m'enliser. 

Ce soir, je n'avais vraiment pas le moral.

Beaucoup de déconvenues etaient venues ternir ma retraite paisible et ma remise sur pied. Je devais voir ma vieille amie d'enfance lundi. Je devais voir une amie de la fac mardi. Les deux m'ont fait faux bond. 

Si je suis assez grande pour comprendre les raisons valables de l'une comme de l'autre, la journée de mardi ne se passa pas comme je l'avais imaginée à la suite du passage au Plan B. J'avais décidé de me rendre dans la banlieue voisine, mais tout alla de travers. 

Avant d'aller lire "Le Roman de Bolaño" à la terrasse d'un café avant de faire mes provisions de "courses sèches", je passai chez ma coiffeuse pour lui demander, étant donné l'heure déjà avancée de l'après-midi, de me couper la frange avant de revenir me faire faire un balayage blond le lendemain ou le surlendemain. La patronne était là avec une employée. Elle terminait le coiffage d'une cliente et me jeta entre les pattes de son employée que je ne connaissais pas qui me demanda ce que je voulais et coupa quelques toutes petites mèches. 

L'opération ne dura pas plus de deux minutes. 

Elle commençait à me parler de ce qu'elle pourrait me proposer comme autre teinture, la proposition avait l'air intéressante et je me dis que cela me te tentait bien. 

Elle voulut que je prenne rendez-vous tout de suite pour le lendemain. Mais j'attendais le lendemain le coup de téléphone de mon amie de lundi pour fixer une date pour se revoir avant son départ probable à l'étranger. Je ne voulais me bloquer ni le jeudi, ni le vendredi.

Je me levai, repris mon manteau, mon sac et j'étais en train de fouiller dans mon porte-monnaie pour donner un pourboire à la coiffeuse quand la patronne se lit à lui souffler plusieurs fois : "Cinq euros ! Cinq euros !". Interdite, ce service avait toujours été gratuit ici, je venais de donner un euro à la coiffeuse, pensant revenir le jeudi, jour où les services sont à moins 20 %, et lui donner un pourboire plus conséquent lorsque j'aurais été tout de neuf recoiffée deux jours plus tard. 

J'étais furieuse, mais comme je suis en plein sevrage d'anxiolytiques, j'ai pensé que je réagissais outragèrent et décidait dans le doute de m'abstenir de rétorquer quoi que ce soit, moi qui n'avait pourtant jamais complètement eu ma langue dans ma poche pour me faire respecter. 

Sortie de chez le coiffeur, le charme de la solution de remplacement à la visite de ma deuxième amie était rompu. Il avait plu, il commençait à se faire tard, et j'hésitai à m'asseoir sur une chaise de terrasse humide. Cela ne me gêne nullement d'habitude. L'eau ne m'a jamais fait fondre. Mais j'étais tellement en rage que jeu peur de gesticuler et de passer pour une démente. Et l'envie de lire au calme, en terrasse, comme je le faisais quand je me rendais souvent à Paris, m'avait définitivement quittée. J'étais en colère. Pas pour la somme des cinq euros. 

Pour le principe. Annoncer le prix d'un service qui a toujours été gratuit, non pas avant la coupe, mais après, me parut plus qu'un peu déplacé. Mais plus que tout, je m'en voulais déjà de n'avoir rien dit.

Toujours agacée, franchement en colère, je décidais de faire un tour dans la ville et de découvrir une rue dont je ne connaissais que le début en allant jusqu'au bout, pour y regarder un magasin de chaussures, une mercerie, une lingerie. Je n'étais jamais allée au-delà du marchand de chaussures. La rue débouchait sur un carrefour que je connaissais bien et où j'étais passée des dizaines de fois pendant des années. Juste avant le carrefour, je découvris une seconde librairie que je ne connaissais pas encore. J'y fais un tour, feuilletant des livres, sans rien acheter. J'ai une collection de livres à lire assez imposante et j'avais deux projets de lecture pour sortir de la lecture de "Lambeaux" et de "L'Année de l'éveil" de Charles Juliet, car je calais sur le troisième ouvrage "L'Inattendu", un peu décevant après la découverte bouleversante du premier récit. 

De retour au parking, je ruminai. Irais-je ou n'irais-je pas déverser mon ire chez la coiffeuse ? La colère était tombée. Mais plus j'approchais de la boutique face à l'entrée du parking, plus ma colère reprenait. Incertaine quant à  la raison de ma colère (je ne suis pas assez colérique et absous plus vite les autres que moi), je laissai à la coiffeuse le bénéfice du doute et rentrai chez moi.

L'incident m'avait cependant désarçonnée. Au point où j'en parlais à ma fille ce matin, alors que nous étions ensemble avec les petites dans son appartement. Elle comprit ma colère et me dit qu'elle aussi aurait été en colère. Elle n'est pas colérique non plus.

Et puis ce soir, à l'approche de la nuit tombante, pendant que Mon Prince, etc. était à l'extérieur, je commencai à me sentir de plus en plus mal. Ce soir, nous avions un ami à la maison. A leur arrivée à tous les deux, je déclarai que je ne me sentais pas très bien, que je,me sentais déprimée, pas en forme, pas bien et que j'avais besoin d'être chouchoutée. Comme à son habitude, Mon Prince, etc. partit d'un éclat de rire et déclara : "T'es mal tombée !". Nous rîmes tous les trois. 

L'ami parti tôt, nous prîmes du temps pour discuter. J'avais besoin de parler avant ou à la place de faire l'amour. Je lui racontai tout ce qui, mis bout à bout était en train de me faire craquer, peu à peu. La défection des deux amies, le comportement odieux de la coiffeuse, mon absence de réponse et le regret de ne pas avoir réagi. 

Oui. Il y avait bien là matière à ne pas se sentir très bien. Entre le sentiment d'abandon (il n'est pas facile d'organiser sa retraite après un burn-out si l'on ne veut pas retomber dans les mêmes travers de l'hyperactivité usante). Je m'étais fait une joie de revoir ces deux amies. Et voilà que la coiffeuse, de mauvais poil, dans son salon de plus en plus vide, et sans ses employés habituels, m'humiliait.

Je me sentais mal. La semaine avait bien mal commencé. 

La soirée avait été un tournant. Cela m'avait soulagée d'en parler avec l'ami et avec Mon Drôle De Prince Drôle. J'avais vraiment eu un début de semaine pourri. 

Quand je faisais beaucoup de choses, deux ou trois contretemps n'entamaient pas mon courage et mon entrain. Là, je venais de m'organiser plein de grandes et de petites joies de rattrapage, et rien n'avait marché. Il y avait de quoi ruminer.

Et puis, la série cessa. La soirée devint agréable, très agréable, même.

Et enfin, la surprise. Totalement inattendu. Une proposition de relecture de mon roman écrit cette anne l'or d'un atelier d'écriture en ligne, le Mooc Drafquest (saison 3 - 2015) est arrivée par Facebook. 

J'ai pour habitude de ne pas refuser une main tendue quand je me sens prête. J'étais prête. Mon premier roman est en relecture. Voilà quelques jours déjà que je pensais demander une relecture aux autres stagiaires. Sans avoir encore vraiment oser franchir le pas.

Cela devait se sentir que j'étais prête.

Et là, quoiqu'il advienne, je sais que ce n'était pas la dépression qui me jouait des tours. J'avais eu un début de semaine déstabilisant. J'avais été déçue. Rien n'avait marché.

Et voilà que tout est reparti vers une autre direction.

C'est la fin de l'entre-deux. Demain, je continuerai le tri de mes années de labeur. Cela aussi est perturbant. Mais cela n'empêche pas d'avancer. Au bon rythme. Sans se tuer.

J'envisage aussi de donner un virage différent à ces carnets de retraite. 

La lecture, déjà commencée du "Roman de Bolaño" d'Éric Bonnargent et Gilles Marchand va certainement y contribuer.

Déjà une excellente lecture. Différée pour cause de coiffeuse atrabilaire, entre autres. Le retour au livre prévu n'a pas tardé. J'y retourne avant l'extinction des feux.

© Simone Rinzler | 8 octobre 2015 - Tous droits réservés 

Et, finalement, que voilà une bien belle journée À L'Atelier de L'Espère-Luette

mercredi 7 octobre 2015

#23CR Carnets de retraite : Rien à dire, rien à écrire. Écrire quand même. Même peu.

#23CR Carnets de retraite : Rien à dire, rien à écrire. Écrire quand même. Même peu.

Rien à dire, rien à écrire. Écrire quand même. Même peu.

Dans l'entre-deux de la découverte de deux livres de Charles Juliet, Lambeaux, émouvant, profond, bouleversant et "L'Annee de l'éveil" que j'ai moins aimé, qui m'a parfois lassée, sur lequel j'ai parfois calé.

Rencontre avec l'auteur lors d'une dédicace en librairie à la fin de la semaine dernière.

Une sympathie immédiate pour l'homme, pour son écriture.

Un homme lumineux, simple, magnifique, bien moins austère que la lecture de "Lambeaux" ne pourrait le faire croire.

Un sombre hymne à la vie de l'homme-oxymore qui a appris à s'aimer, par l'écriture de soi.

J'ai aimé sa simplicité, sa chaleur, et notre brève complicité. J'ai aimé quand il m'a serré la main.

Je ne parviens pas à lire d'une traite un troisième tome : "L'Inattendu", que je trouve plus décousu.

Je comprends en lisant ces trois livres pourquoi et comment on écrit toujours le même livre. Je comprends que j'aurais toujours écrit la même chose, que je ne peux me rêver autre que je suis.

Je poursuis mon chemin d'écriture.

Une vieille amie m'a contactée par mail aujourd'hui, s'étonnant de ne plus avoir de nouvelles depuis des mois. Je pensais souvent à elle. Je lui ai donné de mes nouvelles, par écrit. C'était l'heure où elle devait encore travailler. C'est comme si j'avais vidé tout mon carnet de retraite du jour. J'ai hâte de la revoir. Les deux amies de lundi et de mardi m'ont fait faux bond. Je me faisais une joie de les revoir. Partie remise. 

Ma benjamine s'en amuse. Elle constate que ce ne sont plus seulement les jeunes qui remettent les rendez-vous et changent de programme à la dernière minute.

Il me semble que ce n'est pas une question de jeunes ou de vieux. Les vies que nous menons épuisent les corps. Nous en faisons trop. 

Je ne cesse de me féliciter d'avoir pris ma retraite plus tôt que je ne l'avais jamais souhaité. Pour fêter cela, je me suis fait belle pour aller me promener sans but dans la ville voisine. J'envisageais de lire à une terrasse avant d'aller faire quelques achats lourds au supermarché. J'ai séché le réapprovisionnement des denrées non périssables. 

Sans gravité. Avec légèreté. On pourrait encore presque tenir un siège à la maison. Nous ne manquons jamais de rien. C'est un état d'esprit. Même quand nous avions peu, nous ne manquions jamais. Nous sommes des prévoyants, des fourmis travailleuses. Et même si j'ai été fort aise de chanter pendant plus de vingt ans, je n'ai jamais oublié la leçon du père La Fontaine. 

S'arranger pour ne jamais manquer de rien, ce n'est pas avoir besoin de beaucoup. C'est aussi prendre plaisir à ce que l'on a au moment où on l'a.

J'ai joué avec mes petites-filles ce midi et ce soir, avec celui que parfois j'appelle Mon Prince, etc. Nous avons plaisanté, regardé un film qui l'a vite ennuyé. Je lui ai demandé de ne pas me gâcher mon plaisir. Il a vaqué à je ne sais quoi. Je l'ai rejoint au lit.

Pas grand-chose à ajouter. Je ne veux tout raconter. Le silence de l'écriture suffit à la compréhension. 

Ma question reste : Que lire ? Que lire ?

Après "Lambeaux" et l'impact de la découverte de Charles Juliet sur ces presque deux semaines, je ressens comme le besoin de laisser un sas sans lecture. À moins que je ne me laisse emporter par le fort prometteur "Archives du vent" de Pierre Cendors commencé tout à l'heure. 

Mais je ne me sens pas encore prête au choc de cette lecture. Je crois que j'ai besoin de légèreté ou de lecture philosophique.

Je me souviens de ma promenade sans but en cette fin d'après-midi. C'est un effort en banlieue pavillonnaire. Un effort qui ne coûte ni en centre ville, ni à la campagne. Pour sortir se promener à partir d'un quartier pavillonnaire, il faut une énergie phénoménale. Mais il faut bien refaire les premiers pas. 

C'était plus amusant en vélo l'autre jour. On va plus loin plus vite. De chez nous, il faut soit longer les pavillons pendant de longues minutes, soit prendre sa voiture ou son vélo pour s'en dégager. J'ai toujours eu horreur des zones pavillonnaires. Mais aucune plainte tant que l'on n'a pas envie de sortir. On y est bien, au calme. C'est une zone d'entre-deux : ni la ville, ni la campagne, une peu des deux, mais vu de l'extérieur, tellement ennuyeux.

Une fois arrivée dans le centre ville de la banlieue limitrophe, l'envie de m'attabler à une terrasse de café m'a quittée. Que la banlieue chic est triste. Alors j'ai marché, découvert des rues inconnues, une nouvelle librairie. Mon projet de commencer "Le Roman de Bolaño" s'est effacé. Je me garde le temps de lire ces deux livres projetés pour un moment où j'aurais décidé de prendre mon temps.

Pour l'instant, toujours l'entre-deux, entre nuit et matin.

Peut-être dormir serait bien.

Qui sait ?

...

À la réflexion, j'aime bien cet entre-deux. 
Je m'y suis souvent sentie à l'aise. 

Entre deux mondes, entre deux chaises, entre deux livres, entre deux émotions, entre deux lieux, entre deux temps, sans jamais choisir l'un plutôt que l'autre. 

J'ai tellement aimé ce Conte de La Femme de Bath, je crois, dans les Contes de Canterbury : faire "le choix de ne pas faire de choix" m'a souvent semblé être le meilleur choix. Le refus de la binarité, le refus du choix imposé, le refus de la limitation. Ne pas choisir, ce n'est pas laisser le hasard choisir. C'est se donner les moyens d'avoir une vie riche, d'expérimenter, de tâtonner, de tester et de continuer à découvrir sans se forcer à l'étriqué.

La légèreté des jours passés m'a quitté dans l'écriture. Elle a fait place à la plénitude. 

Je prends conscience en écrivant tout cela que la paix de l'écriture semble parfois triste au lecteur. C'est l'expérience que j'ai faite de la lecture de "Lambeaux" puis de la rencontre avec Charles Juliet. Il existe une illusion de l'écriture et de la lecture qui transforme l'écriture de la plénitude en lecture d'un texte qui semble triste. Le texte n'est pas gai. Je me sens pleine. La plénitude ne fait guère de raffut. Elle se tait. Je fais de même.

Je viens d'esquisser un sourire de contentement en me relisant. 

Je demeure là, le léger sourire béat resté accroché un instant.

Intérêt de l'écriture sans inspiration.

© Simone Rinzler | 6 octobre 2015 - Tous droits réservés

Écriture toujours À L'Atelier de L'Espère-Luette




Charles Juliet - 2 octobre 2015 - © ? (page FB de Librairie Dédicaces) 

mardi 6 octobre 2015

#22CR Carnets de retraite : Désespoir de Virginia

#22CR Carnets de retraite : Désespoir de Virginia

Désespoir de Virginia.

Elle s'enfonça dans la rivière, des cailloux dans les poches. 
Elle esthétisa jusqu'à sa propre mort, dans une mise en scène cinématographique, scénographiant sa fin de vie, voulue.

Pauvre Virginia.

J'écris dans ma chambre, dans notre chambre. Il dort à mes côtés, le corps chaud et doux à ma portée. J'entends son souffle régulier. Je ne suis pas seule. Je partage sa couche, son souffle, son odeur.

Je n'ai pas besoin d'une chambre à moi pour écrire. 

J'ai besoin de temps à moi. 

Ce temps que je vole à la nuit, je le rattraperai demain matin, quand il sera parti au labeur. Je dormirai seule. Je veille avec lui auprès de mon flanc. Douceur de l'écriture de nuit, auprès de mon amant, mon ami, mon mari, auprès de mon élu, l'élu de mon cœur, l'élu de mon cul. Nous n'avons pas fait l'amour. Nous avons ri, parlé, vaqué à nos occupations séparément. Il travaille encore. Moi pas. Je peux enfin voler du temps à moi sans mettre mon corps et mon esprit en danger. Je dormirai demain matin. Ce soir, je lis, j'écris, je lirai peut-être encore.

J'ai le temps pour moi.

J'ai du temps à moi.

Un luxe que n'a pas connu Virginia.

Elle a laissé une œuvre, fasciné des générations de femmes jalouses de leur indépendance radicale. 

Le désespoir de Virginia est son erreur.

Croire à l'espace davantage qu'au temps, au confort matériel davantage qu'à la simplicité de l'intangible.

Les femmes que j'ai connues qui aimaient Virginia Woolf traînaient toutes la même ambition dévorante, la même tristesse pérenne, la même jalousie des autres femmes, la même violence rentrée, toujours prêtes à dégainer. 

Sauf une. 

Car elle ne faisait pas de fixation sur Virginia, pas exclusivement. Pas plus que moi. Ou peut-être tout juste un peu plus. Bien davantage même. Ce qui l'intéressait était la phrase de Virginia. Pas son message explicite. Elle s'intéressait à sa syntaxe, pas à sa thématique. Elle ne soignait pas sa détresse auprès de Virginia. Elle ne respirait pas la détresse.

Quelque chose m'a toujours dérangée chez Virginia et ses zélatrices. Je n'avais pas compris quoi.

Je ne le sais toujours pas.

Ce que je crois savoir, à cette heure de la nuit, alors que j'écris auprès de l'aimé, c'est que la question n'est pas celle de l'espace, de l'immobilier, un luxe de bourgeoise, mais celle du temps et de l'importance que l'on accorde aux choses et aux êtres.

L'erreur de Virginia fut peut-être d'avoir cru à la matérialité du bâtiment bien davantage qu'à la matérialité du sentiment. Ce n'était pas une erreur. Ce fut un désespoir de ne pas accéder à l'immatérialité du temps, à la matérialité des corps aimants.

Immatérialité du sentiment.

© Simone Rinzler - 6 octobre 2015 - Tous droits réservés 

Simone veille cette nuit À L'Atelier de L'Espère-Luette



lundi 5 octobre 2015

#21CR Carnets de retraite : Le Contrordre du vent #WindQuest (Concours Damasio Fanfiction Folio SF)



Le Contrordre du vent

Ω Il faut qu'ils continuent à me suivre, ces connards. Sans eux, je ne peux plus avancer.
L'autre, le scribe, il ne se prend pas pour de la merde : Gna, gna, gna ! Gna, gna, gna… Il me rappelle mon salaud de père.
C'est comme ce snobinard de qui fait sa mijaurée, genre Je suis resté simple. Quel baltringue !
Et puis cette connasse d'Oroshi.
La pétasse d'aéromaître !

Ils sont tous tarés. Et c'est moi leur chef !   Ah ! Ah ! Ah ! La belle blague !

Ils ne respectent que la botte qui les écrase. Va ! Va ! Continue à faire ton taiseux, mon gars. Y'a que ça qui les fait avancer, ces débiles.

Faut qu' j'arrête de penser. On ne sait jamais. S'ils me voyaient sourire, tout serait foutu. Ce serait la fin de la secte. La fin de mon pouvoir.

Allez ! Grogne un coup ! Fais la gueule ! Va rouler tes fausses blessures dans la boue. Remets-en un coup dans la dureté. Ils vont encore plus t'admirer.
Les cons ! Non, mais les cons.
Ça y est. J'ai retrouvé ma sale gueule. Pour un peu, je fichais tout en l'air.

Ah ! Je les tiens ! Je les tiens !

Les tarés.


Ό Les hordiers avancent. Sans arrêt.
Marche ou crève !
Marche ou crève !
Contre !
Contre !

Les hordiers obéissent.  Sans hésiter.
Tous ensemble !
Tous ensemble !
Oui ! Oui !
Tous ensemble !
Tous ensemble !
Oui ! Oui !

Aucune révolte. Aucune anicroche.
Tous avancent.
Tous avancent.
Oui ! Oui !

Ça pue la testostérone.
Marche ou crève !
Marche ou crève !
Oui ! Oui !

Personne jamais ne s'oppose.
Non !
Non !

Personne jamais ne s'repose.
Non !
Non !

T'es avec nous. Tu es contre.
Contre !
Contre !

Personne jamais ne s'ra contre !
Non ! Non !

Personne jamais ne s'arrête.
Contre.
Contre.

Le chef est incontesté.
Personne n'est là pour penser.

Que font les sédentaires ?
Que vivent-ils ?
Que pensent-ils ?
Que sacrifient-ils ?  

Qui les embrigade ?

Acceptent-ils de financer ?
Sont-ils complices ou déchirés ?

Ils existent. Ils sont.
Dans le décor.
Comme un corps mort.

Quel est leur corps social ?   
Quelles sont leurs écoles ?   
Quelles sont leurs chansons ?   
Qui sont leurs poètes ?

Qui les incite à fournir des corps entraînés pour les hordiers ?
Qui recrute leurs enfants pour aller contre le vent ?
Comment luttent-ils contre la secte des hordiers ?

Font-ils des contes, des berceuses ?
Mettent-ils en garde leurs enfants,
Leur délirants ?

Quelle est leur civilisation de sédentaire ?
Reçoivent-ils des nouvelles des hordiers ?


Ça pue le totalitarisme.
Ça pue le féodalisme.
Ça pue le conservatisme.

Qui contre le contre ?
Que fait la Contre-Horde ?
Les pères pleurent-ils leurs filles parties ?

Qui berce les enfants ?
Que vit le sédentaire ?

Je ne puis me taire. ?


Φ Ils sont partis.
Les uns.
Après.
Les autres.

Nous sommes restés.
Ils ont fui.
Fui la douleur.
Et la peine.
D'être en vie.
D'être humain.
D'être mortel.

Mortels.

Ils se croient mortels.
Ils se vivent au présent de leur toute-puissance.
Ils ont été abusés.
Manœuvrés.
Décervelés.

Ils sont partis.
Ils nous ont laissés seuls.
Avec les malades.
Les enfants.
Les vieux.
Les inutiles.

Ils ne pensent qu'à eux.

Ils refusent de grandir.
Ils vivent de leurs rêves.
Ils sont égoïstes.
Incapables de faire société.

Ils sont entrés dans la secte.
Ils se sont féodalisés, inféodés, affiliés.
Ils suivent le plus lâche, le plus fou, un brute épaisse.
Ils perdent leur civilité.
S'enfoncent dans la barbarie.
Rejoignent le cirque des tournois, des ballades chevaleresques, des épopées.

Ils sont partis.
Nous laissant, là, seuls, à affronter le vent, la terre, les jours et les nuits sans sommeil.
Nous avons perdu les plus forts physiquement.
Nous avons dû nous habituer.
Vivre sans eux.
Les remplacer.
Nous débrouiller.
Inventer.

Nous avons progressé en ne bougeant pas.
Nous avons inventé de nouvelles lois, de nouvelles protections, de nouvelles fictions.
Nous avons inventé des machines pour remplacer leur force de travail.
Nous avons fait œuvre de civilisation.
Nous leur devons beaucoup, malgré la perte, le chagrin, la torture morale qu'ils nous ont imposés.
Nous avons tenu bon.

Nous faisons civilisation.
Nous réfutons leur barbarie.
Nous vomissons leur force brute, leur camaraderie virile, leurs fantasmes de grandeur.
Nous pensons.
Nous réfléchissons.
Nous prenons soin de nous, des nôtres, des voyageurs de passage.
Nous sommes la masse silencieuse.
Nous sommes la paix.

Leur guerre contre eux-mêmes, contre la race humaine nous a apporté la paix.
Sans le vouloir, nous nous sommes débarrassés de nos nuisibles, de nos haineux, de nos hargneux, de nos narcissiques, de nos filles débiles et de nos garçons instables.
Ils sont partis.
Ils nous ont apporté la paix.

Ils guerroient pour eux. 
Leur départ a scellé notre début.
Nous ne l'avions pas voulu.
Nous avons accepté leur sacrifice, qu'ils ne vivent pas comme un sacrifice.
Le sacrifice fut le nôtre, privés d'eux, de leur présence.
Nos enfants, notre vieille, même, nous furent volés, kidnappés, enrôlés.
Nous fûmes libérés.

Il nous fallut plusieurs siècles pour comprendre notre chance.
Notre chance d'être débarrassés.
De leur connerie.
De leur bêtise.
De leur fanatisme.
De leur totalitarisme.

Nous avons tant pleuré.
Avant de comprendre.
Qu'ils nous avaient délivrés d'eux.
De leur poids.
De leurs crises.
De leur folie.

Ils follent pour nous.
Nous sommes à l'abri.
Dans l'acceptation.
De notre humaine condition.

Nous nous sommes adaptés.
Nous avons évolué.
Nous allons vers l'avenir, confiants.
Heureux.


Ψ Ils n'ont pas de passé.
Ou si peu.
Ils n'ont pas d'avenir.
Ou si peu.
Ils restent bloqués dans un présent permanent.
Ils sont vieux avant l'âge.


Blasés de tout,
Revenus de tout.
Partis de rien.
Venus à rien.

Ils ne savent que marcher.
Ils ne savent que contrer.
Ils réinventent le monde,
Ignorants du monde, du passé, du présent,
Ignorants de leur avenir.

Ils ne connaissent que la brutalité, la bestialité.
Ils ignorent tout de l'amour, de l'amitié, de la solidarité.
Leur philosophie de vie se résume à la lutte pour la survie.
Ils avancent à l'aveugle, en aveugles,
Sourds à la musique, la poésie,
Oublieux de la douceur du zéphyr.

Ils sentent comme sentent les bêtes, les chasseurs, les fauves.
Ils se méprisent et se forcent à se respecter, faute de pouvoir s'aimer.

Nous les avions tant aimés, tant choyés.
Que leur est-il arrivé ?
Sont-ils malades, fous, délirants, ivres de reconnaissance, hébétés de leur toute-puissance merdique.
Pour un peu, nous pourrions les mépriser,
Tant ils nous font horreur,
Tant ils font peur,
Tant ils persistent dans leur égoïsme.

Nous ne pouvons les haïr.
Nous les avons faits.
Comme ils nous ont faits.
Notre salut est passé par leur débarras.

Sans eux, nous avons pu avancer.
Sans bouger.
Nous enraciner.
Nous civiliser.

Sans eux, nous avons pu aimer.
Sans compter.
Nous étreindre.
Sans nous craindre.

En attendant le retour de nos barbares,
Nous nous sommes aimés, entraidés.
Nous avons séché nos larmes.
Nous avons appris la patience,
Avons utilisé au mieux notre science.
Fait usage de notre conscience.

Drame du bon débarras.

Ils sont nos Carmélites.
Ils pillent pour nous.

Vivons pour eux.

Ils ne voulaient pas grandir.
Comme ils ont vieilli.

Soyons jeunes pour eux.
Vivons pour eux.
Vivons sans eux.


Σ Ces gens-là, quand même, nous ont fait beaucoup de bien.

Pas vrai, Constantin ?
Tu n'as jamais attendu ces barbares.
Cavafy, tu les savais partis pour ne plus revenir.
Coetzee, tu les as affrontés en silence.
Ensemble, nous vivons.
Heureux.

© Simone Rinzler | 14 juin 2015 - Tous droits réservés  (Posté le 5 octobre 2015)

Manuscrit envoyé le 14 juin 2015 dans le cadre du concours de fanfiction Damasio Folio SF / DraftQuest #windquest #damasiofanfiction Fanfiction à partir d u roman de science-fiction "La Horde du Contrevent" de Damasio

NB : Ce texte n'a pas été primé. Ce n'était pas une fiction de fan, c'est le moins que l'on puisse dire...
J'ai détesté le livre et n'avais pas pu le finir.

Mais, je me suis bien amusée à L'Atelier de L'Espère-Luette