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samedi 14 février 2015

Tu continues à avancer, lentement, vivement, prestement...

Tu continues à avancer, lentement, vivement, prestement.

Tu n'es pas pressée, tu prends ton temps.

Tu n'es pas obligée d'aller loin, ni rapidement, mais tu vas, profondément, jusqu'au bout.

Tu n'as pas l'obligation d'être profonde, tu peux être légère, sautillante, en surface.

Tu ne réponds à aucun "Tu dois", "Tu ne dois pas", tu es libre de ton choix et déterminée par ce que tu ne choisis pas, ce qui s'impose à toi, ce qui t'échoit et dont le choix ne dépend pas de ton choix conscient mais dont tu ne fais pas le choix de la fuite à grands pas.

Tu ne t'imposes pas la longueur, ni même la brièveté. Tu laisses libre ce qui vient. Tu obtempères, et Zoup, ta mère !

Tu en as fini par écrit pour aujourd'hui. Tu fais le plein d'autre chose. Le carburant, te dis-je, le carburant !

Tu veux écrire loin, ménage ta mouture.

© Simone Rinzler | 14 février 2014 - Tous droits réservés 

vendredi 13 février 2015

Tu avances à tâtons, tu ne sais pas où tu vas, mais tu y vas, résolument, sans un sourcillement...

Tu avances à tâtons, tu ne sais pas où tu vas, mais tu y vas, résolument, sans un sourcillement.

Tu penses régulierement que tu fais erreur, que tu te trompes de chemin, qu'il est temps de passer à autre chose, mais tu sais, mais tu sens que tu n'en as pas encore fini, qu'il te faut avancer, avancer, encore avancer, tu t'enfonces de plus en plus loin, le jour disparaît et tantôt, la clairière, puis à nouveau la pénombre, tu poursuis le chemin, tu n'as pas fini d'avancer, de marcher, de longer tu ne sais quoi, tu continues. T'arrêter en cours de route est impensable. Tu ne peux t'arrêter. Toute nouvelle avancée fait oublier les errements passés, les questionnements indistincts, les doutes et les certitudes de médiocrité. Un pas chasse l'autre. S'arrêter serait renoncer, se prouver que tu avais tort et étais entrée là par mégarde. Tu te souviens pourquoi tu as commencé. Tu doutes parfois, te demandes si tu fais bien, si tu ne fais pas trop ci ou trop ça, tu voudrais rebrousser chemin, tu ne fais pas du tout ce que tu avais l'intention de faire. Tu continues. Tu sais que ce que tu voulais faire finira par se faire, à ton insu. C'est tellement là que même quand tu l'oublies, c'est encore là et là et là, partout. Nul besoin d'expliquer. Continuer à avancer. Tu verras bien où tout cela te mènera.

Et ce jour-là, tu ne le regretteras pas.

© Simone Rinzler | 13 février 2015 - Tous droits réservés 

jeudi 12 février 2015

Tu es incapable de répondre simplement, d'un seul mot, d'une seule phrase...

Tu es incapable de répondre simplement, d'un seul mot, d'une seule phrase.

Tu te souviens que c'est un reproche que l'on t'a souvent fait. Ta fille, quelques rares étudiants. Tu ne peux t'empêcher de préciser, de nuancer, de détailler, de pousser l'analyse la plus fine possible, jusqu'à ce que, satisfaite de ta réponse, tu puisses t'arrêter. 

Tu es frappée de t'en rendre compte d'un coup, comme ça, Paf !, au détour d'un bénin petit post sur une femme qui démaquille des poupées de type Barbie, des Bratz ultra maquillées, ultra sexualisées.

Tu as trouvé les poupées démaquillées aussi moches que les poupées maquillées. Mais la démarche de la femme qui a fait cela t'a amusée. Elle le faisait pour son plaisir, elle a toujours aimé joué à la poupée. 

Tu ne te reconnais pas trop dans ce cas de figure, alors, bien sûr, ça t'intéresse de comprendre ce qu'il y a dans la tête de quelqu'un qui, adulte, dit non seulement avoir beaucoup aimé jouer avec des poupées, mais qui continue encore à trouver du plaisir à jouer à la poupée au point de s'amuser avec, de les rhabiller, de les maquiller, de leur peindre des yeux qui se veulent normaux, de leur redonner un aspect enfantin, tout cela en son âge d'adulte. 

Tu sens bien qu'il y a une sorte de propos politique sous-jacent, mais tu te rends compte que le propos politique n'était pas franchement intentionnel, que cette femme a eu besoin d'occuper son temps, n'ayant plus de travail pour un temps, et s'est remise à l'occupation préférée qu'elle avait, avant de travailler, d'être dans le monde du travail.

Tu y vois un parallèle avec toi. Oh, pas immédiatement. 

Mais, tu vas devoir encore passer par un détour. Te revient en mémoire ce qui t'es arrivée hier soir. 

Tu venais d'ouvrir ton ordinateur portable quasi dormant depuis que tu ne travailles plus pour commencer à travailler sur cet ordinateur le début du roman que tu veux envoyer à un éditeur. Au moment de taper sur une feuille vierge de Word, les connexions entre ordinateurs n'ayant pas été remises en marche, se tracent sous tes doigts autre chose qu'un texte de fiction, mais un texte de réflexion sur la retraite et la question de l'inutilité sociale, et aussi, sur ce que tu n'as pu développer la suite par manque de temps et par choix, la retraite et la condition féminine, la retraite et le chômage comme connaissance pour l'homme anciennement actif de ce que représente une grande partie de la condition féminine pour les femmes qui l'ont vécue. 

Tu as commencé à rédiger un essai sur l'utilité et l'inutilité sociale, thématique bien connue des femmes qui ont presque toutes, au siècle dernier, pu et dû se poser la question du travail ou du non-travail, salarié, pour la plupart, la question du choix de ne pas être mère ou d'être mère, d'être mère au foyer ou mère qui travaille, une thématique dont on avait même fini par oublier qu'elle n'allait pas de soi, ni pour nos mères, ni pour nous-mêmes, âgées de la soixantaine.

Tu te demandais si l'inutilité que ressentent les chômeurs, les mis-à-pied, les retraités qui ne savent occuper leur retraite - il y en a bien plus que ceux qui disent s'épanouir - tu te demandais si ces hommes-là ne ressentaient pas, en sentant la pesanteur de l'obligation s'organiser seul son temps, la lourdeur, la pesanteur de la condition féminine dans une société encore très patriarcale dans son principe, y compris pour les femmes qui travaillent. 

Tu penses même à la double pesanteur de la condition féminine de la femme vieille, inutile. 

Tu regrettes toujours autant de n'avoir pas travaillé davantage sur l'utilitarisme de Bentham et sur le philosophe anglais John Stuart Mill, en surplus de ce que tu as lu et étudié lors de tes études d'anglais. Tu sens que la question profonde est celle de l'utilité sociale et du sentiment d'utilité ou d'inutilité sociale qui a remplacé les questions existentielles et spirituelles, et probablement pas seulement chez les athées. 

Tu n'as pas l'intention de continuer, mais tu sens bien toute la difficulté qu'il y a à émettre ce type d'idées dans ta petite sphère publique du blog. Le risque de la considération que s'il y a des hommes et des femmes utiles, il y en a donc qui seraient donc inutiles. 

En le posant ainsi, tu vois que ce n'est pas si dangereux. Tu viens de poser clairement et correctement le problème. 

Tu penses que nous continuons à vivre dans une société qui a été "brutalisée" selon le mot de George L. Mosse, par la nazification de la pensée au XXe siècle, pensée qui n'a toujours pas été dénazifiée. Tu repenses à la phrase d'Alain Badiou dans Le Siècle, en substance : "Il faut penser ce qu'on pensé les nazis pour en éviter le retour". 

Tu penses qu'il est important de s'intéresser, non pas à la question du bonheur, du bien-être, mais à la question du sentiment d'utilité afin que puissent être liés le politique et le sensible. Car l'un sans l'autre ou l'autre sans l'un ne sont que fausses routes.

Alors, voilà, dire si tu as joué à la poupée, comment et moins que quoi, sauf pour telle ou pour telle autre, cela reste dans la sphère du privé-privé, de l'ordre de la psychanalyse, que tu n'as jamais eu aucune envie de partager sur un réseau social ou dans une cour d'école. Tu sens que ça demande une intimité, une proximité, une envie de s'impliquer que finalement, tu ne ressens peut-être pas tant, ou plus tant que cela, ou d'une intimité que tu réserves à l'intimité in vivo, et non à la cantonade indiscernée serait plus précis.

Tu viens de te poser ouvertement, officiellement, explicitement, la question du partage de textes plus ou moins intimes en public. Tu te rends compte que le politique t'est infiniment plus intime que tu ne le pensais, et donc, que tes choix avaient été parfaits, que tu croyais déborder et te faire déborder par tes écrits, mais tu poursuis la voie que tu t'es tracée, celle dans laquelle tu te sens bien, à l'aise et en confiance.

As-tu joué ou non à la sévère Barbie infirmière, offert des Bratz à ta petite-fille, hurlé de voir la tête de la poupée que tu n'aimais pas se décapiter à un passage de frontière, joué aux petites voitures ou forcé ta voix à tue-tête pour avoir celle d'un homme quand tu étais enfant n'est d'aucun intérêt pour quiconque.

 © Simone Rinzler | 12 février 2015 - Tous droits réservés 


mercredi 11 février 2015

Tu ne savais pas où tu avais mis les pieds... (Ma 1ère publicationlittéraire dans la Revue internationale Le Zaporogue XVI)

Tu ne savais pas où tu avais mis les pieds.

Comme tu ne te crois pas sotte (mais il arrive quand même que tu te trompes...), tu te doutais bien que tu serais en très bonne compagnie dans le numéro XVI de la Revue Le Zaporogue de Sébastien Doubinsky.

Mais qu'est-ce qui t'a pris de te dire que tu ne posterais la pub pour ta première publication littéraire que lorsque tu aurais lu tous tes nouveaux "collègues".

Tu découvres des textes et des auteurs, des écrits, des peintures, des photographies, des poèmes tellement riches, divers, si fascinants, que tu ne peux pas tout lire à la va-vite et que tu te retrouves coincée par une promesse que tu t'es faite à toi-même.

It's literature, stupid!
It's art, stupid!

Tu dégustes, t'émerveilles, t'arrêtes de lire, pensive. 

Tu n'en es même pas encore à la moitié ; la rapidité de lecture n'est pas de mise. 

Tu prends ton temps et te délie de ta promesse à toi seule faite, idiote !

Tu as téléchargé le PDF ici :


Tu l'as fait relier par Ton Prince Qui, etc. à l'annexe de L'Atelier de L'Espère-Luette où tu tiens ton établi d'écriture, ton atelier de la pensée, tu le lis.

Le volume au format A4 est lourd, bien trop lourd pour continuer de lire dans ton lit, tes muscles du cou criaient de douleur hier. Tu te tendais en lisant ta lecture de détente. Il est temps de changer cela.

Tu veux en savoir davantage sur ce Zaporogue. Pour la visite, c'est par ici :


Et si tu préfères lire un vrai livre, il te faudra bien en commander une version papier pour une somme modique aux alentours de 10 euros et quelques pour des heures de découvertes passionnantes. Ce sera là :


Voilà, tu as recouvré ta liberté, ton corps s'est reposé, comme toujours. C'est pas drôle tous les jours tes maladies auto-immunes conjuguées à une deux mille et énième remises en forme physique post-burn-out

[T'es encore en train de te plaindre ! C'est bon signe. Ca veut dire, ca veut dire que... Tu bouges encore les lèvres, les doigts, aussi. Tes sourcils, tu les fronces. T'es pas encore morte. C'est bon, ma Julotte !]. 

Tu forces trop. Tu vas trop fort. Tu oublies sans cesse que ta tête est plus forte que ton corps. 

Mais, c'est rigolo dès le lendemain, tu as tout le temps l'impression de ressusciter. 

Tu aimerais t'en passer. Va savoir si tu ne regretterais pas si un jour tu ne fatiguais plus. 

C'est si drôle de jouer au Phénix chaque fois que tu fais un peu trop de trop de sport pour ton tout petit corps. Oui, tu sais que ça fait rire autour de toi, mais tu es si démusclée qu'ils ne peuvent pas imaginer tant de fatigue pour si peu de choses.  

Ton tout petit corps ? 

Eh ? Oh ? 

Tu vas tout de même pas leur faire croire que tu es malingre quand même ? 

T'as vu tes teacher's arms ? Malingre, mon cul ! 

Ah, non ! 
Pas ça ! 
Ça, j'ai pas un gros cul.

"Ton tout petit corps !..." Mmmmmmmph !

Mais, c'est en hauteur ! 

Et puis, de toute façon, c'est une licence poétique. 

Et on ne badine pas avec les licences.

Faudrait voir à pas être licencieux avec les licences, Man !

Ah oui ! J'allais oublier. Et toi, là-dedans ?

T'oublie pas de télécharger sous le format que tu préfères.
Et n'hésite pas à me dire...

Bon, tu prends ta journée de vacances. Vaque, ma fille, vaque à tes inoccupations du moment : roman, photographie, rangement, courses, promenade pas trop sportive, suite de l'entretien corporel adapté, glande, lecture, télé, anything goes... : c'est jour férié. C'est décidé.

© Simone Rinzler | 10 février 2015 - Tous droits réservés.

Çà, c'était hier, mais c'était vacances !

lundi 9 février 2015

Tu n'es pas super en forme, tu n'es pas mal non plus, juste un peu désœuvrée...

Tu n'es pas super en forme, tu n'es pas mal non plus, juste un peu désœuvrée, un peu fatiguée.

Hier, pourtant, tu étais joyeuse, guillerette, heureuse même. Tu as fais la fête, à ta manière, tu ne peux plus, ne veux plus faire de gros excès. Tu as souhaité ta bonne nouvelle avec celui que tu appelles ici Ton Prince, etc., tu as partagé la bonne nouvelle et fait lire cette bonne nouvelle à quelqu'un qui compte pour toi et qui a bien partagé avec toi, ton petit bonheur qui s'était transformé en grande joie.

Pour fêter tout cela, tu as fait des folies de ton corps. Tu as mal au cuisses. Tu t'es couchée tard. Tu te sens comme si tu avais gobé toute la nuit dans un coin de boîte branchée, ton cerveau est comme éclaté, tu es fatiguée, exténuée, il va te falloir toute cette journées en entier pour récupérer.

Tu as des joies de mémère délurée et dès lendemains de junkie alcolo. 

Tu as fêté ton entrée dans ton nouveau monde, littéraire. T'es premiers textes sont publiés depuis hier. Tu as fêté ta première publication littéraire. Tu es dans le coaltar, le coltard. Tu fais-t'y ton post-partum ou tu as juste encore présumé de tes forces déclinées ? Tu ne peux pas le savoir et la réponse est aussi inutile que la question. 

Tu reposes ton vieux corps sur tes lignes d'écriture, ta tête n'est pas amorphe, elle est bien là. Un peu lente, ralentie par le corps qui retient tes efforts et t'empêche de poursuivre plus vite ta prise d'essor. Tu n'es même pas en colère. Tu sais qu'il te faut attendre. Que tout reviendra.

"Putain de bordel de merde de vieux corps ! Tu m'fais chier ! Attends voir que je puisse me relever ! Tu vas voir si j'suis mort, tu vas voir que j'm'en sors."
[Oui, car là, je m'étais recouchée après l'indispensable sortie à la pharmacie. Je me prépare pour un petit exploit, oh, tout petit, mais si grand quand même !]

"Non, mais t'as vu ce que tu m'as fait ! Tu m'as fait repasser au "Je" !"

C'est dire si la fatigue physique est bien là, si l'esprit elle endort.

Ça enrage, ça bouillonne, ça trifouille, ça s'énerve, là-d'dans. Mais ça ne peut pas rester debout longtemps. Ça s'assied, ça se couche. Ça se lève par petits bouts. Ça va faire une course indispensable de réassort, mais pour le reste, la tonicité, l'efficacité, ou même la simplicité du quotidien, il n'y a plus de ressort. Putain d'corps !

Demain, demain, tu seras bien. Tu le sais. Tu peux te calmer et te reposer sans gueuler. Tu verras bien que ça ne sert à rien. Quand rien de bien ne sort, eh bien, dors, ou fais semblant, sans faux-semblant. Annonce que tu te reposes et profite du passage. Il y a plein de passage. Tu es dans une maison de passe et repasse sans cesse. Tu n'es jamais bien longtemps seule ou isolée. Fais ta couvade au passage avec ta fille qui passe et repasse, qui couve ses filles, et entends le doux ronron des outils de Ton Prince Qui, etc., prépare la chambres des choupinettes au chaud encore, pour quelques tous petits mois. 

T'occupe pas de toi.

Repose-toi. T'as déjà moins mal aux jambes depuis que tu écris allongée, et, c'est la fête !, les muscles de ton cou se sont relâchés. Tu fais ce qui te plaît. Il n'y a plus que cela qui te va. Tu as cessé de te martyriser. Tu sais te soigner. Tu n'es plus le bourreau de toi-même. Héautontimorouménos, ce n'est pas vraiment toi.

Et là, maintenant, tu en as assez d'écrire avec ce "Tu" factice. Tu reprends pied dans la vie qui va.

Tu salues et tu t'en vas.

Bisous à tous 
(par écrit, c'est plus facile, tu ne sens pas ton haleine de cheval, et toi non plus, sale chacal !)

Tu vas fermer ce fichier-là et passer à un autre écrit plus virulent. Quand, immobilisée, la rage te prend, vite le sac, vide tout, faut que ça sorte, à l'abri pendant quelques temps.

Crie, gueule, chante à pleine puissance. Tu serais prête pour tenter un Wagner. Tu te sens Walkyrie qu'a pas envie de rigoler. Tu es enragée comme une Reine de la Nuit, tragique comme une héroïne de Schubert, déchirée comme la femme des amours et des tristesses de Schumann. 

Musique. 
Musique. 

Musique ! 

Lyrique ! 

Puissante ! 

Enragée ! 

Souffle prolongé de la voix qui donne du plus fort de son corps, et encore, et encore, et plus fort, jusqu'à l'acmé, jusqu'à la perte du dernier souffle. Danse avec les sorcières sur le Mont Chauve, atterris à New York aux accents cuivrés de Dvorak, trompette avec Charpentier [ eh oui ! Fans la permiffion de Monfieur de Lully, avec de faux "F" à la place de "S", tu en ris encore de cette vieille blague de X De Chœur], TEMPÊTE !

Tempête.

Cuivres, machine à vent, SATB fortissimo, tous les vents tonitruants, les cordes à plein régime, chef en sueur, musiciens en fureur, les timbales, les timbales, les timbales, le gong !

Redoux. La tempête se brise. Le calme revient. Les jambes fourmillent. Tu te lèverais bien. 
Mais, faut pas déconner !... 
Tu es si bien. 
Tu gardes tes forces pour la chevauchée de ce soir. 
Tu te ménages. 
Ne fais pas le ménage. 

Ce sera fantastique.

© Simone Rinzler | 9 février 2015 - Tous droits réservés 

[En tête au moment de poster, le Dies Irae du Requiem de Mozart, dies irae, dies illa, jour de colère, que ce jour-là...]



samedi 7 février 2015

Tu te laisses porter, au gré du vent qui tourne, au gré des mots qui te viennent à l'esprit...

Tu te laisses porter, au gré du vent qui tourne, au gré des mots qui te viennent à l'esprit.

Tu épuises le "Tu", tu ne t'épuises plus sur le "Je" perdu. Tu as perdu à ce "Je"-là.
Tu arrêtes le jeu.

Tu passeras un jour à "Il" ou "Elle", à "Nous", à "Vous", à "Ils", à "Elles", enfin à "On", L'Infinitif, l'Impersonnel, évidemment tu te tourneras vers le Passif, toujours, toujours, pour cesser ce jeu du "Je".

Tu OuLiPises, tu OuGrammPises, tu épuises la grammaire des pronoms et des modes d'auto-désignation grammatico-linguistico-stylistico-littéraire.

Tu joues de la grammaire comme d'autres jouent des coudes, tu fais tes gammes, tu stylistises, tu néologises, tu inventes la grammaire de ta vie, la grammaire de la vie, de la sur-vie.

Tu a abandonné le projet des auxiliaires de modalité et des manières de modéliser en anglais avec le sujet (ou l'objet) "You". Tu n'as pas dit ton dernier mot. 

Tu as tout ton temps. Tu n'es pas pressée. Tu te hâtes lentement. Tu travailles à tes projets. Tu en commencé mille et deux en moins d'une nuit. Tu foisonnes, tu résonnes, tu entends la musique, tu ne veux pas qu'on te gomme, tu ne manques pas de réplique, tu discutes assez peu. 

Tu es occupée.

Jusqu'à l'épuisement. De l'extension. Du domaine. De la grammaire. Du "Tu". Qui ne te tue plus, ni ne te rend plus fort, ni plus forte, en tous cas, un tout petit moins mort, nettement moins morte, tu écris encore, comme d'autres bandent encore. Tu n'as pas le sifflet coupé, tu as fait taire tes critiques trop sévères. Tu écris. Tu écris. Tu en jouis. 

Toi, tu l'ouis ?




Oh !  Oui ! 

Tu. 

Louis.


© Simone Rinzler | 7 février 2015 - Tous droits réservés 

Tu écris, de plus en plus, et de plus en plus longtemps, ton blog esten souffrance. Pas toi...

Tu écris, de plus en plus et de plus en plus longtemps. Ton blog est en souffrance. Pas toi...

Tu veux garder la primeur, la fraîcheur du roman que tu écris à l'ombre des regards.

Tu travailles seule, en silence, silencieusement, dans l'agitation de la vie qui circule, qui t'interrompt et te fait bien vivre.

Tu ne te poses plus trop de questions. Ce sont tes personnages qui commencent à s'en poser. Tu es en train de te confectionner un petit monde à ta convenance, piochant de çà, de là, inventant, mélangeant, mixant. Tu n'es plus à l'établi mais au piano. Tu fais ta grande cuisine. Tu prends garde de ne pas trop forcer sur les ingrédients. Tu ne veux pas dénaturer le goût. 

Tu veux qu'il y ait du goût, de la force, de la saveur.

Tu t'es débarrassée du regard extérieur. Tu regardes vivre et s'animer ton petit monde intérieur. 

Tu n'as pas bougé ou presque de ton fauteuil. Tu es bien. Tu vas te lever un peu, esquisser quelques pas, faire des courses ou cuisiner, sortir ou rester, continuer à ranger tes années de travail, continuer à faire de la place à ce qui arrive. 

Tu n'es plus dans le passé, dans la tristesse et la déploration. 

Tu avances. 

Tu ne sais pas encore trop où tu vas, mais tu y vas. En confiance. 

Tu sais qu'il suffit d'y aller pour ne plus se poser de questions. Le temps des questions frigidifiantes est terminé pour toi. Terminé pour l'instant. 

Les questions reviendront certainement. 
Pas aussi intensément. 
Tu ne l'espères pas ; tu fais tout pour qu'il n'en soit pas ainsi.

C'est normal de se poser des questions. 

De se retourner pour un rien, non.


© Simone Rinzler | 7 février 2015 - Touts droits réservés.

Je me retrouvais enceinte...

J'ai fait le rêve le plus étrange dont je me souvienne depuis longtemps. Je m'en souviens avec une clarté 

[Pas de ponctuation. Inutile de préciser. Y aller.]

Je venais de tomber enceinte. Mon mari et moi avons accepté la nouvelle avec joie et sérénité. C'était naturel pour lui d'accepter. Il était heureux de ce quatrième enfant. Moi, j'étais étonnée. J'avais abandonné l'idée de la maternité depuis bien longtemps. 

Je sais que je ne peux plus avoir d'enfant. Alors, pour moi, c'est un étonnement. C'est aussi un grand réconfort de voir ce petit, ce nouvel enfant accueilli si simplement. Je me plie à cette acceptation avec douceur. Je suis calme ; un calme heureux. C'est accepté, ce cadeau non désiré. 

On n'en parle plus. 

Mon mari, c'est bien mon mari, et moi c'est bien moi. On est heureux de la vie. On la prend comme elle vient. On ne se prend pas la tête. 

Je suis presque un peu étonnée que cela ne m'inquiète pas plus que cela. Peut-être que je le lui dis.

Peut-être que je reconstruis déjà, j'ai déjà commencé à analyser que j'ai enfin accepté, vraiment accepté d'être grand-mère, de ne pas être celle qui est en charge, d'accepter que je ne peux pas tout contrôler, ni façonner le monde à mon idée. Je ne suis pas seule sur terre. Jusqu'à présent, c'est un peu comme si c'était une vue de l'esprit. Pas une chose ressentie. Je les laisse vivre leur vie. Je leur fais confiance. Enfin. J'ai abandonné mes enfants pour les laisser enfin devenir grands, se débrouiller dans le monde tous seuls. J'ai lâché mon emprise que je ne croyais pas, ne savais pas être emprise

C'est eux qui avaient pris l'emprise de mon cerveau depuis si longtemps. 

Comme ils ont dû manquer de liberté avec une mère aussi inquiète pour eux. Juste inquiète et peut-être insuffisamment protectrice. Surtout pour mes deux premiers enfants. Moins pour notre fille commune qui a bénéficié du calme de son papa. C'est drôle, je ne dis jamais papa, d'habitude. 

C'est la tendresse qui ressort. La fermeté, la dureté a cédé le pas au naturel. Je ne fais plus les choses exclusivement intellectuellement. Je dois être davantage à l'écoute de mes sentiments, de mes désirs, (je vois que j'en retrouve, des désirs), de mes envies, aussi, qui deviennent plus simples et moins grandiloquentes, moins dépendantes du regard des autres. 

Il m'aura fallu plus de soixante pour arriver à ne plus lutter contre moi-même et trouver, retrouver la douceur d'être. Simplement. Juste être. Être bien. Être en paix, avec soi. Le fait d'écrire et non de dire introduit un côté factice par rapport à la parole vive. Mais là, mon seul juge, mon seul auditeur, qui ne juge pas, mais écoute avec une attention pas encore très flottante, mais franchement bienveillante, c'est moi. 

Je sens que je me suis déprise du besoin de l'approbation des autres. Je crois que c'est l'effet de l'écriture, depuis que j'ai commencé la nouvelle version d'ALADELE (c'est le NomDeCode de mon roman) avec des dialogues monologués, concoctés pour la plupart, à l'abri du regard extérieur du blog.

Je viens d'être interrompue. Je reprends le rêve.

On n'en parle plus. C'est un fait accepté. Je suis enceinte. Bien sûr qu'on va le garder. Malgré notre âge, ma fatigue, notre envie de nous amuser. Un cadeau comme ça, ça ne se refuse pas. Ça arrive comme un bienfait. Pas comme un bien fait pour toi. Pas comme un désastre. Comme un fait de vie. Un fait. De fait. C'est fait.

Je me retrouve immédiatement après au lycée, que j'appelle lycée, mais qui est la faculté. J'arrive dans une salle des profs que je ne connais pas, ou plus, une salle des profs indéfinie et j'annonce que je suis enceinte. 

Immédiatement, je me sens obligée de justifier que je prenais un moyen de contraception. Je sens en moi monter une sensation de malaise, de malaise moral, pas physique. Un peu comme si j'étais en faute de tomber enceinte à mon âge. Il n'est donc pas question de s'interroger sur ma ménopause arrivée il y a bien longtemps dans le réel, bien trop tôt, bien trop jeune, et si perturbante, moralement et physiquement. Je parle avec Marianne Braneski, je ne me souviens plus de ce que je lui dis, je sens que je m'enferre, je ne sens pas une écoute attentive ou bienveillante ou chaleureuse ou amicale. Rien que le fait de se trouver là et de se rendre compte que je ne parle pas a la bonne personne et que j'aurais mieux faire de me taire, de taire mon petit bonheur, j'ai l'impression que je suis en train de le souiller, ce petit bonheur, en en parlant avec des gens qui n'en ont rien a faire, qui sont juste là au moment où j'ai envie de partager un Bonne Nouvelle et surtout un étonnement, un étonnement joyeux qui se transforme en enfer social, enfin pas vraiment un enfer, une sorte de purgatoire, de zone de non-droit où les vivants n'ont pas le droit d'exprimer leur vie, ce qui les fait vivre et les étonne, les surprend, et les cueille avec une sorte d'émerveillement amusé. L'heure n'est plus à l'émerveillement amusé. J'ai l'impression de progresser dans une boue collante, chaque pas devient difficile et je m'enfonce davantage, à chaque pas, à chaque parole ajoutée. 

Il faudrait que tu te taises, bon sang, mais tu ne peux tout de même pas t'arrêter au milieu d'une phrase, de ce que tu crois être une conversation. Il y a au loin Armelle Taniou. Marianne, un peu plus sympa, quoique toujours si distante, si perdue dans son propre mal-être qu'elle en a perdu, l'a-t-elle jamais eue, la capacité de communiquer avec l'autre, avec les autres, autrement qu'en chuchotant ce qui semble d'incroyables secrets auxquels seuls quelques rares privilégiés auraient le droit. Et Armelle, la fieffée, la sacrée, la putain de je-ne-veut-pas-dire-quoi de compète. Marianne et Armelle et une foule indistincte, enfumée comme les anciennes salles de profs de collège d'autrefois, au début de ma carrière, dans ma jeune jeunesse, quand je pouvais encore entrer dans une salle des profs et déclarer, sans que cela pose problème à qui que ce soir, "Je suis enceinte. Pourtant, je n'aurais pas dû. Je prenais un moyen de contraception". 

Il y avait comme une foule indéterminée, c'est-à-dire, personne de vraiment important, des gens, des gens de passage, de simples collègues, plus des collègues comme je l'avais connu autrefois, des collègues et amis, des collègues et copains, des gens qui partageaient leur quotidien professionnel ensemble, certains s'aiment très bien, d'autres un peu moins ou beaucoup moins, mais des gens qui ne ne se montraient pas combien la présence et la parole ou le silence des autres les insupportait. De ces espèces-là, il n'y en avait que quelques-uns, très rares, des malades, enfermés dans leur monde, ouverts à rien. Elles ont bien changé les salles de professeurs à la fin de mes dernières années. Il y avait donc Marianne et peut-être Armelle. Ou pas, peut-être que je brode sans le savoir en le disant, en l'écrivant. 

Tout devient très flou dans cette partie de rêve et se termine sans se terminer, comme si j'avais achevé mon rêve et m'étais endormie. J'ai bien dormi. Ce matin, je me suis réveillée reposée, même si mes yeux étaient gonflés, peut-être de l'effort de la marche de vingt minutes d'avant-hier sur le tapis de course avec inclinaison. J'avais fini complètement crevée avec des battements de cœur un peu trop importants pour une reprise.

Nous avions fait l'amour hier soir après une petite bouderie commune relativement courte, mais une bouderie sexuelle un peu plus longue qui commençait vraiment à me peser. J'étais bien. Sans plus. Mais bien. Bien que la bouderie soit terminée. Un peu désolée que nous n'ayons pas fait l'amour l'après-midi quand j'en éprouvais, pendant longtemps, un très fort désir, très fort, très prenant. 

Mais bien. Bien comme quand on est bien. 

Rassuré. 

Que tout va bien. 

Qu'on est heureux et qu'on ne s'en rend même pas compte. 

Voilà, c'était un bonheur silencieux, un bonheur qui ne dit pas son nom, qui se fait tout petit, qu'on ne remarque pas et qui est là comme un ange gardien. Même quand on ne croit pas aux anges gardiens, on en a probablement un. L'ange gardien, c'est le bonheur tranquille qui ne dit pas son nom, qui se tait, que personne ne voit et qui est bien là, celui qui nous fait crever de douleur quand il s'en est allé et dont le silence nous donne envie de hurler à la nuit, de hurler à la mort, de crier à la lune la perte du bonheur perdu. 

Ben, là, il était là, le bonheur. Le bonheur du quotidien. Le bonheur de la routine. Le bonheur que tant de gens qui réfléchissent trop s'interdisent de vivre par peur de quitter leur noirceur, par addiction à leur malheur. 

Je pense à quelqu'un quand je dis ça, quand j'écris ça. Je pense à un des mes amis qui a toujours eu si peur de la routine qu'il en a adopté une autre, la routine de la solitude, de la liberté quasi solitaire, un même enchaînement à la routine que la routine d'un couple en couple, avec moins de joie réelle et simple, me semble-t-il, moins d'acceptation du bonheur simple. 

Ce n'est pas si facile, d'accepter un bonheur simple. 

Nous vivons dans une société qui ne monte pas en épingle la simplicité, le bonheur simple, la joie des petites joies, multiples (et des grands orgasmes !). Pour les baby-boomers et les presque post-baby-boomers de soixante ans dont je fais partie, il y a comme une injonction à être héroïque, remarquable, une injonction folle qui nous a modelés au point où je retrouve tant chez moi que chez les hommes politiques de différents bords - Sarkozy, Hollande, probablement Ségolène Royal - et chez mes amis un peu plus vieux et engagés politiquement à gauche (je connais moins ceux qui sont vraiment engagés politiquement à droite, parce qu'être de droite ne réclame pas d'engagement particulier, il suffit de suivre la pente dans une société profondément de restauration, traditionaliste et de restauration d'un passé fantasme comme meilleur, par oubli du réel du passé), que je retrouve chez "nous", les sexagénaires, une culpabilité mortifiante qui découle de la deuxième Guerre Mondiale : cette obligation à s'engager. Ou à résister. A faire de la résistance. Comme une mission secrète imposée par nos aînés, une injonction incontournable qui nous a empêchés de vivre notre vie tranquillement et qui nous somme, en quelque sorte, d'être en Guerre Permanente, la pire des Guerre.

La guerre contre nos désirs et nos aspirations, la guerre contre nous-mêmes qui en avons assez d'être redevables des résistants et des combattants d'avant, prisonniers que nous sommes du devoir de mémoire.

Le devoir de mémoire. Injonction discrète, personne ne la voit. Elle nous empoisonne. Droit à la vie serait tellement meilleur. Nos pères et nos mères nous ont sommés de les respecter, de respecter leur souffrance. Abîmés par la guerre, la deuxième guerre, celle d'Algérie, d'Indochine ou d'ailleurs, nos pères et mères, héros, tombés, ou mères courage, survivants ou décédés, nous enjoignent de procéder à la continuation de ce qui fut leur destruction. Ils nous en enjoints d'être leurs parents de substitution, d'être leur sucre d'orge, leur bâton de vieillesse. Ils nous ont enjoints à la mort avant même de naître, de n'être. Nous ne pouvons être nous, être soi, sans nous conformer à cette mortelle injonction de la génération d'avant, cette génération de la passion du discours officiel, du discours vibrant, du discours diffusé à la radio, le discours de Pétain, de De Gaulle, d'Hitler, le discours de Mao, de Malraux, le discours, le discours, le discours. Emphatique. Héroïque. Le discours de Churchill, aussi. La discours avec des trémolos dans la voix. Dernier en date dans la mémoire du pays, le discours de Valls.


La Passion du Discours. Le projet de mon deuxième livre sérieux, projeté, non ecrit, et qui ici resurgit, au coin d'un rêve, dans un projet littéraire. La passion du discours. Une passion sous le joug de laquelle un pays entier reste accroché, sans jamais y penser, un pays rentier reste scotché, agrippé, enchaîné. 

Il faudrait apprendre à se déprendre de la passion du discours. Cela devrait être le premier engagement à prendre. Le seul véritable engagement. Se dégager du discours, de la parole publique, officielle ou officieuse, prendre le temps de penser le monde sans se laisser influencer par quelque discours que ce soit, en apprenant, vraiment à penser par soi-même, avec l'aide d'autre penseurs, pas avec l'aide de discoureurs, de prêcheurs, de propagandistes ou de manifestaires, c'est ainsi que j'appelle les rédacteurs et initiateurs de manifestes dans mon travail de recherche.

Voilà de quoi je suis grosse. De cette œuvre inécrite encore, impubliée, de cette œuvre projetée, envisagée sur la passion du discours. 

Essai, roman, poésie, chanson. Qu'importe. Je l'écris souvent, ce "Qu'importe". 

Ce qui compte n'est pas la forme mais le surgissement de cette parole de contre-discours

Tout en sachant qu'un contre-discours est encore un discours, tout comme un contre-torpilleur est aussi un torpilleur, comme l'a écrit Barbara Cassin, je crois bien que c'est elle. À moins que cela n'ait été Bourdieu. Les références précises s'amenuisent à mesure que je quitte la recherche universitaire et m'en sers dans mon avancée littéraire.

Je suis enceinte d'un livre, d'un discours, qui cherche à pousser, à mûrir, à naitre, à venir à l'être. Une dernier parole manifestaire de ma part, avant la prochaine, et la suivante, et la suivante encore.

Je cherche encore le format, le style de cette parole. Le format universitaire ne me convient pas, ne me convient plus, il est trop convenu, trop ardu, trop spécialisé. Je n'ai plus à faire mes preuves en ce domaine. Je les ai déjà faites. Il me faudra m'en satisfaire, malgré, malgré, malgré... De mauvais, puis de bon gré. Le roman m'est trop ardu et j'ai peur de m'y engager, même s'il est déjà trop tard et que j'ai fait plus que commencer. Je suis déjà dedans jusqu'au cou. C'est trop tard, j'y ai déjà goûté, il me sera dur de m'en passer. Alors je ne m'en passerai pas. Je ferai, en alternance, ce que je peux, ce que je veux, sans souci du regard des autres. J'ai repris la maîtise minimale de mes émotions qui me permet de venir revivre du côté des humains non sévèrement déprimés. Le reste n'est que la vie. Pas toujours rose. Pas toujours noire. Et jamais vraiment grise quand s'efface la dépression et que revient la vie. La vraie. Le long fleuve tranquille que tu ne crains plus, que je ne crains plus. Il est doux à mes oreilles, ce long fleuve tranquille. Pourquoi donc se forcer à toujours plonger dans le torrent, se surpasser dans des entreprises de d'émotions de soi, de son confort, quand on sent, quand on sait que l'on en n'a pas besoin, que l'on n'en a plus besoin. Qu'on est enfin calmé. Que l'on aime le calme.

Et que c'est loin, mais alors, vraiment très loin, d'être la mort.

© Simone Rinzler | 7 février 2015 - Tous droits réservés 

vendredi 6 février 2015

#PhotoDuJour 20150206 "La Vigne à l'huile - after van Dongen"




#PhotoDuJour 20150206
"La Vigne à l'huile - After van Dongen"
© 6M1 Simone Rinzler








Baiser ou Faire l'amour...

Un premier texte de Joachim Sin démarre sur FB une discussion sur le thème "Baiser ou faire l'amour" en parlant du "point Godwin d'une discussion à propos de cul".

Le texte m'interpelle.

Le voici :

"Baiser ou faire l'amour.
Le point godwin d'une discussion à propos de cul.
La culpabilité judéo-chrétienne qui prononce dans ta bouche des nuances dont tes pulsions animales n'ont strictement rien à carrer.
Il y a bien quelques tarés qui vont voir les putes pour se faire tailler des pipes parce qu'ils respectent trop leur femme pour les traiter de la sorte. Pensez bien, ce serait dégradant pour elle, qui embrasse le front des enfants, de sucer une queue.
Bon, mais cette espèce mise à part, pour la plupart des gens, baiser et faire l'amour c'est plus une question de vocabulaire qu'une différence dans les actes. De l'hypocrisie bon marché pour mémère et pour soi-même.
D'ailleurs le sexe, c'est le lieu de toutes les hypocrisies, de tout les non-dit, de tous les mensonges.
On en parle pour s'exciter entre amis, parce qu'on y pense, souvent, mais pas pour se dire la vérité.
Vous imaginez ? Raconter ses loupés, ses maladresses, ce qu'on n'ose pas faire, ce qu'on fait mais dont on sait que l'autre s'interdit ?
Non les discussions sur nos fantasmes ne sont pas libres.
Sinon les hommes lâcheraient des bombes et les femmes en trembleraient d'excitation qu'elles dissimuleraient sous une juste colère ! Un sacré bordel !
Il est un fait peu colporté par exemple qui nuirait grandement à l'entente de nombreux couples.
Tout homme honnête avec lui même sait au fond de son âme que s'il en avait le choix il esquiverait le plus possible la pénétration vaginale pour deux autres options bien plus stimulantes. Mais faut en passer par là. C'est le deal. C'est pénible mais c'est comme ça.
Il faut vraiment aimer quelqu'un pour s'extasier dans un vagin. Il faut que le contact d'une peau vous scotche et qu'une odeur suffise à vous faire fermer les yeux.
C'est peut-être ça d'ailleurs la différence entre baiser et faire l'amour.
Peut-être fait on l'amour quand on se sent aussi bien qu'ailleurs dans la chatte de sa femme."

Je lis les commentaires sous le texte.

Thomas Kundera répond :

"Tu écris bien, tu as ton avis, mais je ne le partage pas.

D'abord sur le plan physiologique; une bonne pipe, c'est un apéritif qui m'est agréable, mais pour moi c'est juste ça; un amuse-gueule, pas un festin. De même que la petite porte est un fantasme plaisant, tentant (et tenté ;) dont, il me semble que l'intérêt principal, au delà de l'excitation provoqué par la transgression, réside dans la grande confiance et complicité requise par les amants pour y venir avec la douceur nécessaire à leur plaisir.

Avant d'en venir au jardin des délices, une parenthèse nécessaire: autant glisser son membre ici ou là est finalement, pour l'homme, assez équivalent, autant, pour la femme, c'est très différent. Et c'est le point aveugle de ton texte de négliger cela. La bouche n'étant pas une zone très érogène, elle peut rester maître d'elle-même et contrôler totalement le plaisir de son partenaire par ses jeux de langues. C'est, contrairement à une vision répandu, une position de domination pour elle, car elle choisi à chaque instant ce qu'elle donne et comment, et souvent elles aiment jouer de cela pour notre plus grand plaisir. Plus rares sont les femmes qui jouissent grandement du plaisir anal, mais pour certaines, c'est la porte privilégiée du plaisir, je ne connais pas d'homme pour qui ce choix soit aussi tranché. Les différences sont donc plus pour elle que pour moi.

Pour ce qui est de l'entrée du paradis, de l'origine du monde, du jardin parfumé, c'est l'endroit plus merveilleux ou venir se nicher. C'est une douce chaleur humide et vivante, qui se contracte et se relâche au rythme de son plaisir, dont la couleur, le parfum, la texture change à chaque instant suivant son trouble et ses émotions.

Pour l’apprécier vraiment,  pour la ressentir pleinement, il ne faut évidemment pas s'en isoler derrière un film plastique qui coupe l'essentiel de ces sensations. À ce sujet, et pour ajouter à ta réponse, si ce n'est une condition suffisante, c'est en tout cas une condition nécessaire: on ne peut partager l'amour derrière un préservatif, même si l'on peut baiser avec. Cela implique bien sur une grande confiance, ou du moins une forme d'inconscience, tous deux indispensable à l'amour.

Et cette confiance et cette inconscience, cette folie, cette présence dans l’abandon, tout cela rend la rencontre très différente, fait que dans un cas nous partageons de l'amour, alors que dans l'autre nous ne ferions que baiser."

Je like les deux textes, pourtant si différents.

Ma réponse :

"Liker une position, en liker une autre, différente, faire l'amour ou baiser, tout cela n'est qu'une question de contexte. On peut aimer tout, mais pas tout le temps, être plus doux ou plus douce, plus puissant ou plus caressant, rapide et féroce ou lent et alangui, homme ou femme, c'est cela qui est bien. Il n'y a pas deux manières "baiser" ou "faire l'amour". Il y a des moments pour ci et des moments pour ça, parfois d'un moment à l'autre, rien ne se répète jamais. C'est pour cela que l'on ne s'en lasse jamais. Le reste n'est qu'une distinction sociale qui se trahit et/ou s'épanouit dans le langage qui porte la trace de nos conditionnements sociaux et moraux. L'intimité pour chacun des membres du couple qui s'accouple n'est déjà pas la même pour l'un et l'autre et pourtant ils s'accordent, même s'ils n'ont pas la même perception mentale, intellectuelle et morale de ce qu'ils font. Mais, à ce, parfois long, parfois court moment, il le font ensemble, en quelque sorte, côte à côte, même si, physiquement, ils sont l'un dans l'autre ou l'un sur l'autre. Un bon moment, très bon moment, d'extase, pure. L'extase, ou ex-stasis, c'est la sortie (ex-) de soi, la sortie de son corps. Elle n'est pas uniquement religieuse, cette extase dont on parle davantage pour les saints que pour les baiseurs et les faiseurs d'amour. C'est pourtant elle que l'on recherche, avec l'autre, parce que tout seul, ça a beau être bon, ce n'est tout de même qu'un pis-aller, sauf peut-être au moment de la découverte de son corps, découverte solitaire avant de tenter la découverte avec l'autre, son autre, son différent, son complément, son compagnon, sa compagne de jeu.

Vous permettez que je cite votre texte à tous les deux, avec ou sans votre nom, suivi de mon texte, sur mon blog ?
De toutes façons, je posterai peut-être mon texte quand même, seul. Mais, à deux, avec deux larrons supplémentaires, l'écriture, c'est mieux. Ça avance plus loin. Pour des raisons évidentes, vous vous doutez bien que je n'en dirai pas davantage sur ma vie personnelle. Je suis résolument monogame de longue date et la multiplicité des partenaires ne fait pas partie de mes jeux effectifs."

© Simone Rinzler en compagnonnage avec Joachim Sin sur son journal FB et Thomas Kundera  - 6 février 2015 - Tous droits réservés.

Le nom Thomas Kundera est un pseudo, Pour Joachim Sin, je ne sais pas. Par ailleurs, je vous épargne la totalité de la discussion avec d'autres participants. Elle est publique, mais pas sur mon blog où je sélectionne ce que je choisis de publier ou de commenter. Mon but premier est toujours de travailler à l'atelier de la pensée.

jeudi 5 février 2015

Je n'aime pas lire...

Je n'aime pas lire.

[Silence]

Depuis toujours, lire m'est une torture. Je ne supporte pas de rester, là, assis, à ne rien faire. 

Cest... C'est plus fort que moi. Il faut que je m'active.

[Silence]

Dès que je suis posé là, j'ai l'impression de ne rien valoir. Il faut que je fasse des choses.

[Silence]

Non. Je ne sais pas pourquoi. Et ça ne m'intéresse pas.

[Silence]

Quand je lis...

[Silence]

Quand je lis, je m'ennuie vite. Et puis, tout de suite, je me dis... Je me dis que je serais mieux à faire autre chose. 

[Petit silence]

Voyez-vous, quand je lis, je m'ennuie. Je m'ennuie terriblement. Toutes ces histoires, ça ne m'intéresse pas.

[Silence]

Des histoires, des histoires... Il n'y a aucune raison raison de faire tant d'histoires. La vie est déjà assez compliquée comme cela. Je ne vais pas me rajouter les histoires des autres. Et puis j'ai autre chose à faire...

[Long silence]

Enfin, c'est vrai que je ne fais plus grand chose, maintenant...

[Silence]

C'est vrai que je pourrais lire...

[Petit silence]

Mais je n'en ai pas envie.

[Très long silence]

Vous croyez vraiment que si je ne lis pas, je ne pourrais pas écrire ?

[Petit silence]

Remarquez, je n'ai pas tellement envie d'écrire que cela. C'est mon médecin qui m'a conseillé de faire une activité collective. Je ne savais pas quoi choisir. Je ne sais pas dessiner. Je chante faux. Je n'ai pas envie de prendre des cours de cuisine avec des bonnes femmes. 

Hmmm... J'ai entendu dire qu'il y avait peut-être davantage d'hommes dans les ateliers d'écriture. 

Et puis, j'ai une belle écriture.

Et puis, une bonne orthographe aussi.

Mais écrire quoi, vraiment, je ne vois pas. 

Mais bon, puisqu'il y un atelier d'écriture dans le coin, je me suis dit que je pouvais peut-être tenter le coup. C'est pas tant que ça m'amuse, mais le docteur veut vraiment que je fasse quelque chose avec d'autres personnes. Il me dit que ça me ferait du bien de voir d'autre gens en ayant une activité collective.

Moi, pour tout dire, ça ne me tente pas vraiment. Je le fais pour lui montrer qu'il a tort et que je peux très bien vivre tout seul, sans voir personne. Pour qu'il me fiche la paix, vous voyez ? Comme ça, on en aura fini, et il ne m'embêtera plus avec ça, le docteur Thomas. 

Ah, oui ! C'est vrai que vous ne le connaissez pas...

Oh, ben, c'est un très bon docteur pour les vraies maladies, mais il est..., comment dire ?, il est un peu têtu. 
Il n'arrête pas de me dire de faire des choses. De voir un psy, tout ça. Mais je ne suis pas malade de la tête comme ça, moi ! Moi. Ça va bien. Quand je le rencontre dans la rue, il n'arrête pas de me casser les pieds, à me demander ci et ça, et ça... Non, mais c'est vrai qu'il peut être un peu lourdingue, des fois. Mais sinon, c'est un bon médecin.

[Il soupire]

Qu'est-ce que vous avez là, à me regarder comme ça ?

[Silence]

Ah, oui, c'est vrai, votre jeu débile, "1, 2, 3, rois du silence !". 

Vous trouvez vraiment que c'est un bon moyen pour apprendre à connaître les stagiaires, ça, de rester là, comme ça, à pas parler, à écouter, sans même prendre de notes ? Je ne comprends pas à quoi ça sert. On a l'impression que vous n'avez rien préparé, que vous ne savez pas ce que vous allez faire. Vous faites quoi, là ? Vous jouez à la psy ?

Ah, mais, c'est que ça ne marche pas avec moi, ça. C'est vraiment du n'importe quoi votre truc !

[Silence]

Bon, ben moi, si vous continuez comme ça, j'vais m'en aller, et puis c'est tout. Non, mais c'est vrai à la fin, c'est n'importe quoi ça !

Allez ! À Tchao ! J'me casse, là, vous me faites chier !

Il se lève, se dirige vers la porte. Sa main se pose sur la clenche. Elle ne bouge plus, ne s'abaisse pas. Il s'apprête à retirer sa main de la poignée, se retourne et, l'air un peu gêné, tout contorsionné, la main encore sur la poignée dans son dos, il se met finalement à sourire, timidement. De son air de grand enfant trop vite vieilli, il se ravise :

J'ai quand même bien envie d'essayer. Vous me pardonnez ?

[Silence]

[Sourire de l'un, sourire de l'autre]

Il s'est apprivoisé tout seul. Il se redresse, tout fier, un peu heureux. Il sort tranquillement.

Elle n'est pas si mauvaise, cette méthode de n'avoir pas de méthode.

Elle soupire profondément, plisse les yeux. Le travail s'est fait. Premier stagiaire apprivoisé.

© Simone Rinzler | 5 février 2015 - Tous droits réservés

mercredi 4 février 2015

Rêver d'un roman-monde et s'apercevoir de son erreur...

Rêver d'un roman-monde, d'un roman-fleuve et s'apercevoir de son erreur.

Écrire un roman simple. Facile. Un roman que tu auras plaisir à lire.

Simple. Facile. Là est ta difficulté.

© Simone Rinzler | 4 fevrier 2015 - Tous droits réservés 

mardi 3 février 2015

#PhotoDuJour 20150203 "L'homme qui ne regardait pas les tableaux"



#Photo 20150203

"L'homme qui ne regardait pas les tableaux"

© 6M1 Simone Rinzler

La Reine de la Parlotte et Une femme qui s'ennuie... CORRECTIF

La reine de la parlotte et Une femme qui s'ennuie...
Textes collaboratifs à L'Atelier d'écriture.

Le premier texte est de Martine Hoffmann. Le voici :

C'est la reine de la parlotte,
Elle papote et papillotte
Elle bavasse, elle jacasse,
Elle dégoise, elle chinoise,
Elle jaspine et puis débine.
C'est la reine de la digression
Qui débite des faits sans façon,
Commence une conversation
Bifurque en cours de discussion
Se perd en route,
C'est la déroute.
Puis t'interroge, toute en émoi :
« et je te disais ça pourquoi ? »
Tandis qu'elle raconte et puis glose,
Cela lui rappelle autre chose
Qu'elle se promet de te narrer,
Mais plus tard, elle a oublié !
Et toi, perdu,
Que lui dis-tu ?
Tu tentes en vain d'en placer une,
Cherche une pause bien opportune
Tu te débats et te démènes,
Lances deux ou trois mots à peine,
Puis finalement, capitules,
Devant celle qui te bouscule.
Elle te fait perdre la raison
Et le fil de la discussion,
Elle sait te couper la chique
Et te faire tourner en bourrique.
Du coq à l'âne en anecdote
C'est la reine de la parlotte !

(C) Martine  Hoffmann

Et voici ce que fut ma réponse sur FB et, par la suite, le texte qui en est sorti.

J'adore !
Un moment, j'ai cru que c'était moi, puis une vieille tante, puis une amie, aussi. Une voisine qui pérore ? Certainement pas. Ou bien, elle pérore sans moi, je ne l'écoute pas, je l'ai sûrement déjà fuie depuis des années.
J'adore ton texte. 
J'ai envie de continuer ici :
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C'est une femme qui s'ennuie. 
C'est une femme qui n'a pas de vie.
C'est une femme qui n'a jamais eu la parole et qui l'a prise sur des sujets qui n'intéressent jamais personne.
C'est une femme de l'ancien temps, même si tu la trouves jeune encore.
C'est une femme exténuée.
C'est une femme apeurée.
Une femme qui a peur d'exister.
Une femme qui a toujours tout sacrifié, aux autres, aux siens, à son autre, une femme déçue, une femme meurtrie.
Une femme pleine de rancœur qui ne s'aime pas, ne s'aime plus, une femme qui ne se sent pas assez aimée, qui meurt de pouvoir exister.
C'est une femme qui a perdu courage et vit sa vie par procuration. Son seul sujet est la vie des autres. La sienne est si peu intéressante. D'ailleurs, même elle, ne s'y intéresse pas.
C'est une femme qui a été tellement dézinguée par la vie qu'elle n'a plus envie de vivre et fait semblant, crevant de jalousie devant toutes celles qui prennent le droit de vivre.
C'est une femme qui ne sait même pas qu'elle fait semblant.
Elle crève tant du manque d'amour, de l'abandon, de solitude et d'ennui qu'elle regarde la vie des autres comme la télévision. C'est une femme dont la vie n'est emplie que de bavardages, de papotages, de commérages. C'est une femme qui a appris à faire taire la vie en elle. Elle bavarde, parle et pérore, est intarissable.
C'est une femme sans fond. 
Jamais, jamais, elle n'a appris à regarder au fond d'elle-même, elle n'a peut-être même jamais voulu croire qu'elle était intéressante.
C'est une femme qui s'ennuie.
C'est une femme qui s'ennuie.
C'est une femme qui s'ennuie.

Elle occupe son ennui sans jamais vraiment s'occuper d'elle.
Elle parle, elle parle, elle a peur de s'arrêter. Elle veut tellement que tu restes à ses côtés, elle veut tellement être écoutée, qu'elle en oublie ce qu'elle aurait à dire, si elle prenait son courage à deux mains pour le dire. 

C'est la parole diluvienne du manque d'être, du manque d'être écoutée. Cette femme est parfois un homme. Un homme blessé, un homme dévirilisé. C'est un homme qui n'est pas écouté, un homme qui n'est pas aimé, un homme qui se sont rejeté.

Cette femme, cette homme, à la parlotte un peu trop facile sont les grands taiseux de notre société qui les fabrique par milliers, qui les fabrique à poignées. C'est une femme, c'est un homme de la condition contemporaine, une femme et un homme que personne n'écoute plus jamais, qui reçoit des ordres et se doit d'obtempérer. Le désordre de sa parole est le désordre de son être désemparé. C'est une femme, c'est un homme déshumanisé qui ne peut plus, ne veut plus, ne sait plus, ou même n'a jamais su dialoguer, d'égal à égal. Une femme, un homme sans qualités, sans liberté, sans fraternité, dans un monde qui le dépasse, qui la dépasse, auquel il ne sait pas, elle ne peut pas, il ne veut pas, elle ne peut pas s'adapter. C'est un homme, c'est une femme qui cherche une impossible normalité quand trop de normes tuent l'être, le transforme en machine, machine à obéir, machine à vivoter. C'est une femme, un homme qui s'est laissé robotiser. À son insu, le plus souvent. En y mettant beaucoup du sien. C'est un homme, c'est une femme qui se tue à obéir à d'impossibles et torturantes injonctions contradictoires, c'est un homme, c'est une femme qui a besoin d'être écouté, d'être pris par la main, par la chaleur d'une main, qui a besoin qu'on lui dise, là, là, ça va, tu vois, c'est fini. Tout va bien. Ne t'inquiète pas, je suis là. C'est une femme infantilisée par des siècles de culture. C'est un homme qui apprend, à la dure, la condition d'infantilisé, la condition d'inutilité, la condition d'utilité calibrée. C'est un être humain qui déborde d'une tendresse perdue, qui ne s'aime pas, ne s'aime plus. C'est un humain. Un humain perdu. Qui tente désespérément de se raccrocher au monde des humains. Un humain qui n'est pas entendu, qui n'est pas écouté, dont on se moque. Un humain que le monde a abandonné.
Cette femme, cet homme, ça peut devenir toi, ça peut devenir moi, c'est peut-être déjà toi, déjà moi. Qu'importe. 
C'est un humain. Tends la main. Réchauffe-le de ta main. Vraiment ta main. Pas ta main métaphorique. Ta vraie main, chaude, moite, timide, hésitante, débilitante, ta main fiévreuse, ta main glaciale. Qu'importe. Réapprends avec elle le toucher. Tu n'as pas envie de lui prendre la main. Elle te révulse, t'énerve et t'agace. Et pourquoi donc, dis donc, t'énerves-t-elle tant ? Tu as peur de te reconnaître dans cette femme sans fond ? Tu as peur d'être ridicule ? Tu as peur de finir par l'aimer ? Tu n'aimerais pas aussi, toi aussi, un petit peu haïr ? Apprends lui à aimer son silence intérieur, à se vider de son vide, à éponger son désespoir existentiel. C'est un humain dont tout l'amour, transformé en haine jalouse et en envie, n'a plus envie de vivre.
Cette femme, c'est toi, c'est moi, c'est mon père, ton père, c'est ma mère, ta grand-mère, c'est ma grand-tante, la si méchante et ton grand-oncle, le vieux pingre.
Ce n'est qu'un bouquet, a bunch, a wild bunch d'êtres humains désorientés. La désorientation linguistique est un affect de la parole imprononcée, inécoutée.
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Zut, zut, zut !
Mais pourquoi j'ai écris ça ici, moi ! Sur mon iPad qui va refuser de coller ça dans mes fichiers, sur mon blog et surtout, dans mon ordi, où dorment mes écrits de parole encore publiquement imprononcée...
Tu n'es pas sage, Simone, tu n'es pas sage ! Tu restes encore dans la sage discussion, tu pérores, tu parades à peu de frais quand tes manuscrits et tes lecteurs t'attendent.
Mais, mais ! 
Qu'est-ce que tu fous là à cette heure-ci ?

Tu en as assez d'être en roue libre...

Tu en as assez d'être en roue libre. Tu vis ta vie en petit comptable de ta petite santé, tout t'es devenu petit, tu vis petitement. Tu es passée d'un extrême à l'autre avec une constance qui te confond.

Tu es devenue une petite fonctionnaire du "Tu". Pour un peu, tu te dégoûterais. Si tu y penses ainsi, c'est que le dégoût de toi s'est déjà enraciné.

Tu repenses à ce qui a déclenché ta dépression, ta perte de confiance. Tu te dis que tu dois continuer à avancer, mais que, là, franchement, tu en as assez d'avancer prudemment "à petits pas comptés", une expression que tu as déjà utilisée au moins deux fois.

Tu tentes de naviguer entre trop grand et trop petit. Tu te fais Boucles d'Argent. 

Mais où as-tu donc caché l'espiègle Petit Chaperon Rouge Et Noir ?

Qu'est devenue ton Alice au Pays des Vermeilles ?

Tu t'encroûtes, vieille croutonne. 

Tu ne peux continuer à rester dans l'attente de la suite.

Tu avais peur de toi, ces derniers mois.

Tu as bien tort.

Reprends le chemin des projets de plus grandes dimensions. Tu te sens à l'étroit. En te privant de grandes peurs, tu te prives de grandes joies.

Tu sais que tu ne sais plus vivre sans écrire.

Toutes ces années, projets après projets te manquent.

Tu t'es assez reposée.

Gage qui si tu cesses de te reposer, tu seras moins fatiguée.

Tu es dégagée de la pression du travail. 

Profite de ta liberté. 

Ton temps est compté. Tu fais comme si tu l'avais oublié. 

Vas-y, fonce, fonce.

Exhorte-toi encore plus vite, encore plus fort ! 

Tu commences vraiment à t'ennuyer. 

Une grosse machine comme toi, ça a besoin de cavaler, de trotter, ça vise les grandes enjambées. 

Tes derniers mois t'ont servi à te refaire une santé, à supprimer les cauchemars, à te reposer, à apprivoiser ta plus grande terreur avant la mort, ta terreur de la retraite. Tu es devenue bien trop sage.

Si ton corps est parfois bien las, ta tête est agile, tu ne la sens plus si fragile. 

Pense à toi. 

Cogite. 

Tu aimes cogiter. Ça te fait vibrer.

Cogite ton prochain grand projet. Tu es en train de mourir à petit feu. Tu préfères un grand bûcher ardent pour te réchauffer.

Profite de cette semaine passée de vacance d'écriture et de début de retrouvailles avec quelques amis trop négligés, continue à te réouvrir au monde. 

Réapprends à vivre dans la communauté des hommes vivants, plus vite, plus fort, plus intensément.

Tu te remets de mieux en mieux de ce qui te remue, même si tu sens que tu es remuée plus facilement. Tu t'apitoies sur toi-même. 

Tu te fais pitié. Tu n'es plus toi. 

Reviens chez toi. C'est terminé.

Cesse de faire de ta fragilité ton fond de commerce autographique, ressorts tes ailes, reprends ton essor.

Tu n'attends plus que cela. 

Tu en auras pris du temps.

Et si ce n'était pas la peur qui t'animait, mais une bonne vieille paresse de grosse glandeuse ?

Allez, allez, assez glandé !

Tu as moins de deux jours pour te mettre en ordre de marche.

Et zou !

Tu n'as plus aucune excuse.

Tu ne vas pas continuer à te traîner comme ça.

Cesse de résister. 
Prouve que tu veux exister.

Il est très largement temps de te déFranceGalliser. De déconstruire à nouveau les idées reçues. Seule l'intelligence peut t'aider à te sortir de cette léthargie. 

Regarde combien tu as déjà beaucoup avancé, beaucoup progressé. Tu n'en reviens pas pas et tu fais l'étonnée. Tu le sais bien, pourtant, que tu as de la ressource.

Allez, boucle.

Boucle-la.

Boucle là.

Ton Roman de "Tu" est achevé.



Je passe à autre chose.

Je veux tout tenter. Surtout mon diablotin. Il me tient bien. Et moi, j'y tiens.

[Il est plus de quatre heures du matin. Je corrigerai demain matin, ou plutôt, tiens, avant l'envoi de la totalité du manuscrit à un éditeur. Il est temps d'affronter cette trouile de publier. Temps de faire front. Prendre le risque de l'affront. Cesser de rêver ma vie d'écrivain. La vivre. Jusqu'à la fin.]

© Simone Rinzler | 3 février 2015 - Tous droits réservés 

lundi 2 février 2015

#PhotoDuJour 20150202 "Sais-tu ce qu'obère la chaise ?"


#Photo 20150202

"Sais-tu ce qu'obère la chaise ?"

© 6M1 Simone Rinzler

C'était un tout petit buvard...

C'était un tout petit buvard, 
Plus très bavard,
Un peu hagard,

C'était un tout petit buvard,
Et qui buvait,
Tous les bavards.

L'avait perdu
Son teint de rose
L'était dev'nu
Bien trop morose.

C'était un tout petit buvard,
Qui hier soir s'traînait l'cafard.

Mais il a ressenti l'arôme
De ta chair chaude et vigoureuse,
Petit buvard, un peu crevard,
A retrouvé le temps des roses.

C'était un tout petit buvard,
Petit buvard, plus très bavard,
C'était un tout petit buvard,
Plus très buvard, plus très buvard,

C'était un tout petit buvard,
Qu'aimait tellement 
Qu'tu le rendes rose.

© Simone Rinzler | 2 février 2015 - Tous droits réservés 

Tu ressens le besoin de te laver...

Tu ressens le besoin de te laver, de te plonger, à nouveau dans ton grand bain qui fait du bien.

Ton cerveau est malmené, laminé, dézingué d'un flux et d'un flot qui t'a submergée, emprisonnée, harassée.

Tu ne voudrais pas blesser, mais tu as morflé. Tant de certitudes, martelées, ressassées, moulinées ont eu raison de ta santé. Tu t'es laissée poncer, polir, laminer sans presque rechigner. Tu as perdu la force d'argumenter. La certitude de ce discours formaté, répété, remouliné à perpétuité a blessé tes efforts pour aller vers la lumière, la pensée, le bonheur, la gaieté. Tu ne peux lutter. Tu ne veux lutter. Au nom de l'amitié, du souvenir du passé. Tu as senti le froid glacé t'enrober. Tu ne peux, ni ne dois continuer. Tu ne veux pas te laisser entraîner dans la chute, même au nom de l'amitié. Tu as tes limites. Tu n'as pas su les marquer. Tu n'as pas désiré les marquer. Tu as tenté. Tu as préféré passer pour bien pire que tu n'es. Tu sais que tu n'es pas en train de refaire le réel, mais bien de te refaire une santé. Tu as côtoyé une mortelle morbidité. Tu as besoin de t'échapper vers la vie, la légèreté et l'amour. Des jérémiades en boucle, tu as soupé. Tu te sais fragile, tu as voulu protéger l'autre avant de te protéger toi. Tu as dérogé à tes principes d'humanité bien raisonnée. Tu as oublié de penser à ton bien-être et tu as échoué. Tu as partiellement blessé et tu t'es fait beaucoup de mal. Tu n'as pas osé prendre largement le large. Tu n'en a pas eu la force. Tes forces t'ont abandonnée. Tu t'es peu à peu écroulée. La tristesse enracinée t'est contagieuse. Tu avais fini par l'oublier. Le rappel t'est sévère. Tu as sévèrement déprimé. Tu vas pouvoir te relever. Tu en as la force. Tu n'aurais jamais dû t'éloigner si longtemps de l'écriture, de toi, de ce qui te fait vibrer. Tu as été contaminée. Tu t'appliques ta première couche de baume au cœur. Douceur et saveur du retour au doux labeur. Suavité de l'activité active. Foin du discours plaqué, du raisonnement à vide. Tu t'es sentie t'éteindre à petit feu. Tu ne peux vivre sans gaieté, sans bouger à la mesure de tes faibles forces physiques. Tu as amolli ta réactivité sous le flot du besoin de tout critiquer, de tout nier, de tout rapetisser. Tu as bien cru que tu allais en crever. Tu reprends tes marques. C'est en train de s'arrêter. 

Peut-être t'illusionnes-tu, te fais-tu tes propres films, te trompes-tu quelque peu, voire grandement ? Qu'importe. Tu as besoin de te remettre bien vite en ordre de marche, en ordre de pensée, en ordre de vivre, de rêver, de jouer, de rire et de jouir. 

Tu as souffert de sa frigidité. Elle t'a rigidifiée, gelée, agacée. Tu préfères tes doutes à ses mortifères certitudes. Tu sors de la prison mentale où tu t'es retrouvée emprisonnée. Tu dois y repenser, faire le tri dans tes idées, retrouver ton fragile équilibre et continuer à avancer, en lignes droites pixellisées, de gauche à droite et de droite à gauche, de bâbord à tribord et de tribord à bâbord, tirer des bords et fixer le point d'arrivée, tout au bout, tout droit, allant de çà, de là, tu y parviendras bien, par tes chemins tortueux, tu y arriveras, comme toujours.

Patience. Encore quelques heures et tu seras bien ; bien dans ton petit chemin de petit écrivain. Tu y seras bien. Tu es déjà bien. Tu viens de déposer ton petit sac. Tu as fait une halte trop tardive. Tu présumes encore trop de tes forces. Tu le sais pourtant bien, qu'il faut y aller à petits pas, sans compter, mais jamais sans se reposer quand tu en ressens le besoin. Tu es un petit buvard, tu te laisses imbiber par le bavard, ce bavard qui ne dit rien, ne pense rien, croit tout savoir et te rince la méninge. Pauvre petit buvard, tu es tout chiffonné. Prends le temps de te remettre. Tu n'as pas tant épongé, tu reviendras bien vite tout frais et rose. En attendant, passe une bonne et douce nuit. 

Après-demain, tu seras en pleine forme pour retrouver ton amie et votre douce tranquillité.

© Simone Rinzler | 2 février 2015 - Tous droits réservés