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samedi 31 janvier 2015

Tu as disparu, sans mot dire, sans maudire...

Tu as disparu, sans mot dire, sans maudire. Tu es sortie de la circulation du flux des paroles, des textes et de la littérature.

Tu es sortie, dans la vie, a couru les expos, les musées, t'es épuisée à de si petites choses, bien au-delà de tes si maigres forces. Tu as tenté de récupérer, au mieux, au moins pire, sans jamais sortir de ce qui ne rompt pas trop ton fragile équilibre. Tu as tenu bon, contre toutes les pressions, les tensions, amicales, amoureuses, te tenant à ce que tu sais bel et bon pour toi. Tu résistes par la résistance à ce qui te tue, t'épuise ou te fatigue. Tu te maintiens debout, même si ton debout est si souvent allongé. Tu t'es faite à ton état, que personne ne semble pouvoir comprendre. Tu n'as pas besoin d'être comprise. Tu as juste besoin de tenir bon dans ce qui t'es bon. Tu as finalement fini par apprendre que quoique pensent les autres, toi seule sait ce qui te réjouit et te remplit.

Étourdie de petite fatigue, tu n'as pas pu écrire. Tu as quand même pu lire, un peu beaucoup, sans pouvoir te plonger dans le voyage d'un roman. Tu as privilégié une forme de philosophie soft, pas trop difficile, pour ne pas trop perdre pied, ni te perdre dans le flot de ce qui t'envahit, un refus de penser, refus de se penser, qui te heurte et te submerge, une incapacité de penser le monde différemment.

Tu reconnais ce qui te tire en arrière. Tu résistes à la pensée oblitérée du ressassement. Tu avances, à ton rythme, à ta manière, de toujours, apparemment.

© Simone Rinzler | 31 janvier 2015 - Tous droits réservés 

vendredi 30 janvier 2015

jeudi 29 janvier 2015

mardi 27 janvier 2015

Tu retravailles ton petit manuscrit...

Tu retravailles ton petit manuscrit.

Tu te relis.

Tu relis ton texte "Vous n'avez pas de désir...".

Tu ne ne relis pas. Tu l'as relu hier et tu y repenses. Tu as fini de lire "Le Démon avance toujours en ligne droite", cette nuit. Tu n'as pas repris de nouveau livre. Tu attends une amie que tu as invitée à passer quelques jours à la maison. Tu ne t'agites pas dans une frénésie de ménage, cela ne t'a que très rarement pris sur le mode de la frénésie. Tu repenses à l'absence de désir.

Tu cherches depuis des années pourquoi tu n'arrives pas à publier en ton nom. Tu as déjà émis des hypothèses diverses, ici aussi.

Il te vient que peut-être, tu n'en as tout simplement pas le désir. Tout juste une envie, récurrente. Tu n'aimes pas la précipitation. Tu as besoin de te sentir prête. Tu vas envoyer quand même ton petit manuscrit et tu verras bien ainsi ce qu'il en est de la satisfaction apportée.

Mais tu crois déjà savoir. Le désir d'écrire est une chose. Le désir d'être lue en est une autre. Tu sens que tu n'es pas à la recherche d'une quelconque gloire ou gloriole. Tu as déjà pu comparer le plaisir du chant en concert, un plaisir collectif, humain, charnel, in vivo et la satisfaction de publier tes textes, tes textes de recherche. Tu sais, tu sens, tu ressens qu'il n'y a aucune commune mesure entre le désir d'écrire et le désir d'être publiée.

Le désir d'écrire est un désir qui (te) procure une jouissance. La publication ne te procure qu'une satisfaction. 

Tu es une femme de chair, une femme de chaire aussi. Le désir et la jouissance sont des désirs de corps et des désirs de jouissance qui doivent passer par le corps. La publication ne passe pas par ton corps, par la présence des corps écoutants. 

Tu préférerais lire tes textes à voix haute, sur scène ou même, les déposer, un peu morts, sur Internet, sans interaction directe. La jouissance d'être est jouissance des corps. Tu réfutes l'intellect pur, sans corps, sans chair, sans âme même, pourrais-tu dire.

Tu as peut-être avancé dans ton chemin de pensée.

Tu ne sais pas.

Tu enverras ton manuscrit.

Tu verras.


Tu peines à y aller. Quelque chose de plus fort que toi te fait peiner. Tu n'en a pas l'envie. Pas maintenant. Pas encore. Peut-être ne l'auras-tu jamais.

Faut-il donc s'imposer à soi-même ce dont on n'a aucune envie.

Tu réfléchis.

Après tout, c'est peut-être vrai.

Tu es une fille simple.

Bien plus simple que tu ne le crois.

Tu ne te perds pas, ne te perds plus dans des rêves de toute-puissance. Ils te font tomber dans l'impuissance, te compliquent la vie. Ta vie est si belle et si simple.

Profite de ton heureuse nature, ma fille. 

Profite !

Et n'oublie pas de reprendre et d'envoyer ton manuscrit. Tu en auras le cœur net.

© Simone Rinzler | 27 janvier 2015 - Tous droits réservés 


lundi 26 janvier 2015

Tu te donnes le temps d'hésiter, d'exister...

Tu te donnes le temps d'hésiter, d'exister.

Tu as repris contact avec tes amis de l'université, tes plaies sont pansées, tes pensées ont existé, tu t'en es lavée.

Tu es tentée par deux appels à communication qui correspondent exactement à tes objets, tes sujets de recherche. 

Tu tentes de ne pas reproduire l'arrêt brusque de la pratique du chant sans retour. 

Tu es encore en phase de rêve, de rêverie, tu te rêves ta vie. Tu la vis aussi. 

Tu n'es pas certaine de savoir t'empêcher de t'engloutir toi-même dans tes projets et tes pas si trivial pursuits.

Tu sais que tu ne te changes vraiment jamais.

Tu sais que tu évolues, pourtant.

Évoluer au gré.

Le gré des langues.

Toutes tes références te reviennent.

Tu te sens pleine d'une énergie nouvelle.

Tu sens qu'une douleur a guéri, s'est assagie, est repartie dans un lointain indéterminé.

Tes phrases redeviennent courtes, précises. 

Ç'en est fini du fouillis.

Tu ne fêtes pas, ne fanfaronnes pas. Il n'y a pas lieu de cela.

Tu prends ce qui vient. Il est bien, ce qui vient.

Tu reprends tes esprits.

Tu es là.



Au réel de la vie.

© Simone Rinzler | 26 janvier 2105 - Tous droits réservés.


dimanche 25 janvier 2015

Tu as fini...

Tu as fini.

Fin de la première étape.

Fin de partie.

Acte I, Scène 5.

Fondu.

Enchaîné.

© Simone Rinzler | 25 janvier 2015 - Tous droits réservés 

samedi 24 janvier 2015

Tu n'écris pas ici aujourd'hui, à part ceci...

Tu n'écris pas ici aujourd'hui, à part ceci.

© Simone Rinzler | 24 janvier 2015 - Tous droits réservés 

vendredi 23 janvier 2015

Découvrir, redécouvrir la puissance de la musique orchestrale...

Découvrir, redécouvrir la puissance de la musique orchestrale.

France Musique vient de diffuser Pacific 751 d'Arthur Honegger, probablement pas réécouté depuis ce cours de musique facultative au lycée, avec Mme Dedieu, probablement.

Écouter les explications d'Honnegger sur la transcription de la vitesse.

Écouter l'œuvre. Être trop distraite par la vie qui passe et repasse autour pour savoir si l'œuvre entendue est complète. Elle semble bien brève pour une œuvre complète. Peut-être un mouvement, seulement. Impossible de vérifier dans la discothèque personnelle. Cette œuvre orchestrale n'y figure pas. Peu d'œuvres intégralement orchestrales y figurent. La passion de la voix humaine et l'attachement adulte pour la voix a remplacé la découverte des grandes œuvres orchestrales du XXe siècle de l'adolescence flamboyante, vibrante et sensible.

Une vie de musique, bien plus que de littérature, à bien y regarder. Musique des mots. Musique de la langue, musicalité de la langue anglaise britannique standard au creux du choix personnel de l'étude de l'anglais, avant la découverte des accents, du monde anglophone.

Écriture sous Dutilleux. Quelle belle pièce. Titre non entendu. Sans importance. Le plaisir se passe d'étiquette. Amour de la radio trop peu nourri dernièrement, depuis trop longtemps. Amour de la découverte de ce qui n'a pas besoin d'être choisi par soi-même. Accepter le cadeau de ce qui est offert par le hasard d'un bouton poussé un certain jour, une certaine heure, sur une certaine onde. Se régaler du Brahms qui démarre.

Plaisir de l'écoute non programmée. Jour de sérénité. Jour de vie aussi. Un petit projet sympa en préparation. Accompagner la future mère chez le coiffeur, comme ça, aller faire salon, chez le coiffeur, pour le plaisir d'un moment mère-fille en attendant la venue des petites-filles. Voir passer les copains déménageurs pour meubler la nouvelle pièce. De petits riens. 

Se souvenir de la perte des petits riens sous l'effet d'un travail acharné, accablant, quoique si plaisant, et pourtant si pesant. Accueillir sa jeune, jeune, toute jeune vieillesse le sourire aux lèvres, le calme dans la peau. 

Repenser à cette phrase en enfance qui ne se voulait pas assassine : Elle a le diable dans la peau, quand elle n'avait que la vie dans le corps et que sa vie apparue mettait à terre sa matrilinéarité.

Repenser, encore, à l'avancée dans "Le Diable avance toujours en ligne droite" d'Éric Pessan, en cours de lecture lente, appréciée.

Pensée des lignées, de la production, de la reproduction, de la peur des reproductions.

Pensée de l'avancée sans peine, sans peur des reproductions.

Pensée de la vie qui va, comme elle veut, comme elle peut, à la va-comme-j'te-pousse, poussée par les corps désirants, non pensants, absents à la pensée de leurs désirs. Apprécier le blocage de la pensée, le laisser-aller, vivre sans plus se tourmenter, jusqu'à la prochaine tourmente.

Reporter le moment mère-fille chez le coiffeur. La proposition d'accompagnement suffisait motiver la visite seule chez un coiffeur plus proche, plus sympa, plus doué techniquement et plus économique. Le moment de complicité ne cesse d'exister, en pointillés joyeux. La musique se répand en fond sonore du bonheur d'être plus vieux, du bonheur d'être heureux.

Les petits riens remplacent les grands projets. Les anciens et nouveaux projets faramineux, pharaoniques, titanesques, sysiphiens. La face du monde n'en est nullement changée. La perception du monde l'est. Infiniment. La respiration profonde est revenue, profonde et légère, sans effort. 

C'est la fin du morceau. 

Le piano a fini de s'agiter.

Les cordes reprennent en douceur, mêmes les cuivres sont paisibles. Douceurs des cors, des cuivres, calmes. Quelle maîtrise des cornistes et autre cuivristes. Tant de force maîtrisée, tant de douceur. 

Pensée de la masculinité, de l'émoi de la douceur de la masculinité maîtrisée. Pensée du plaisir des corps enragés. Pensée du plaisir des corps maîtrisés pour ne pas blesser la chaire meurtrie. Pensée de la surprise postopératoire d'une douceur encore trop méconnue, trop imperçue. Pensée de l'attendrissement devant la force et la puissance maîtrisée. Pensée de la redécouverte de la force et de la puissance. 

Force et tendresse. Masculinité et féminité liées.

Pourquoi toujours opposer ce qui alterne, circule, se complète ne se pose pas, pas toujours, comme question. Penser une observation du monde dont la violence sait se calmer. Violence intérieure en paix.

Retour aux questions de fond. Apaiser sa propre violence intérieure. Un défi de Sysiphe. Le défi fait du bien. Il n'est pas arrivé par défi, par réponse, par envie. Il est venu de la tentative de calmer ses propres chevaux de bataille. Ne pas batailler contre soi serait une solution à chaque bataille personnelle. 

Le collectif commence par le singulier. 

Ne pas batailler contre soi serait une solution à chaque bataille existentielle. Apprendre à cesser de lutter contre soi. Tenter de l'enseigner, par l'écriture, seul terrain restant ici pour la transmission de l'apprentissage du calme intérieur.

Trouver son terrain, ce n'est pas rien.

Chacun son terrain. 

Un pour tous, 
Tous pour un ?

Il faudrait prendre le temps d'y penser.

D'y repenser.

Accepter aussi ce pour quoi on ne peut rien.

Faire ce que l'on peut, du mieux que l'on peut, c'est déjà bien, ce n'est pas rien.

Rien que de petits riens.

De grands biens.

© Simone Rinzler | 23 janvier 2015 - Tous droits réservés.

Ne pas lutter en vain contre la correction orthographique automatique et les erreurs humaines sur clavier de tablette. L'interface d'écriture n'y est pas propice. Accepter temporairement. Seuls ceux qui n'écrivent jamais, ou trop peu ne font jamais aucune faute. Merci de les signaler si vous en voyez encore traîner. Moquerie et médisance ne devraient pas avoir leur place ici. Savoir les juguler, comme sa propre violence, est un bon début 😉
Si aucun autre imprévu ne vient perturber l'esprit, évidemment, les fautes seront corrigées ultérieurement sur le site du blog, mais (pas de travaux de galérien inutiles) pas nécessairement sur la page FB à L'Atelier de L'Espère-Luette

Repenser sa pensée...

Se retrouver bloqué.
Repenser sa pensée.
Chercher ce qui l'empêche de s'exprimer, dans le texte non publié, comme explication de l'impossibilité de publier.
Trouver des pistes, des idées nouvelles.
S'émanciper de contraintes antérieures impossibles, contraintes passées, dépassées.

Y penser.
Comme interprétation possible.
Comme entrée dans le sujet.

Ne plus y repenser.
Laisser reposer.
Comme entrée dans sa propre pensée.

Tant de latence.
Tant de laitance.
Temps de latence.

Temps de l'absence à soi révolu.
Temps de tant.
Tant.

© Simone Rinzler | 23 janvier 2015 - Tous droits réservés 

jeudi 22 janvier 2015

Tu suis le narrateur du roman d'Éric Pessan... "Le Démon avance toujours en ligne droite"

Tu suis le narrateur du roman de Pessan.

Tu le suis, suivant son démon, son père, son grand-père.

Tu le lis lentement. Tu te forces à le lire lentement, pour le suivre plus longtemps, t'imprègnes de chaque phrase, de chaque idee, de chaque émotion.

Tu sais, depuis bien avant avoir commencé la lecture, que tu as un très bon roman entre les mains. C'est pour cela que tu le poses. Pour y penser, y repenser, t'en imprégner, ne pas le dévorer goulûment.

Celui-là, ce n'est pas une lenteur de "Je n'aime pas trop", de "Je n'arrive pas à me passionner", ou de "Je n'ai aucun autre livre sous la main". C'est une lenteur de "J'aime bien", de "Je m'imprègne d'une atmosphère", une lenteur de La littérature pense, alors je prends le temps de penser avec elle".

Peut-être est-ce pour cela que tu fais toujours tes notes de lecture en cours de lecture et jamais ou presque après la lecture. Parce que tu lis en chercheur, en penseur, pensive, en amateur, qui aime et qui savoure. C'est là ta liberté de lecteur, de lecteur-écriveur. On parle parfois des écrivains-voyageurs. Ceux qui t'intéressent sont des écrivains-penseurs. Tu n'est pas fanatique de littérature d'évasion. Tu ne cherches pas à t'évader du réel. Tu cherches à le comprendre. Même si cela est difficile. Et dans ce roman, le miracle de la lecture est là. Ce n'est pas difficile. Tu sais que tu pourras le recommander à d'autres qui n'ont pas ta propre passion, ton propre démon. Tu sais que tu aurais probablement pu le dévorer en une journée. Mais tu sais aussi que tu n'en aurais rien fait, qu'il aurait glissé sur toi, passant, ne laissant plus aucune trace en toi, sinon que celle de te souvenir que tu avais bien aimé sans savoir pourquoi. 

Tu réfléchis au temps de la lecture, à la boulimie, à la frénésie, de lire, d'écrire, de vivre, des passions. Tu privilégies les affects joyeux. Penser en bonne compagnie te fait du bien. Penser ne signifie pas épouser les idées du narrateur qui dit "Je". C'est simplement le lire, l'écouter et réfléchir à ce qu'à travers lui te susurre l'auteur, peut-être même à son insu. Il ne te connaît pas, il ne savait pas que ce qu'il écrirait ferait écho à tes interrogations sur la paternité. Tu ne savais même pas que tu avais des interrogations sur la paternité. Tu es une femme. Pourtant, tu t'es toujours demandé ce que c'était d'être un homme. Par la lecture, tu accèdes à l'altérité radicale de la masculinité (tu n'as pas dit de la virilité, mais bien de la masculinité, du fait d'être homme plutôt que femme). Tu parviens à t'identifier à ton alter ego masculin, un autre humain, d'un genre différent dans une société qui, comme toutes les sociétés, remarque et marque une identité différente quand tu as toujours voulu voir une communauté humaine. Unique. Homogène. Avec ses différences existantes, et ses différences socialement et culturellement construites.

Alors, tu retournes lire l'histoire de cet homme qui ne veut pas être père, qui suit et poursuit le démon de son père, de son père, de son histoire patrilinéaire, avec la trouille au ventre de la reproduction du démon. Voilà qui te parle. D'homme à homme.

Si tu le lis plus vite que moi, dis, sois gentil, ne me raconte pas la fin. Je me fiche de la fin. Ce qui m'intéresse, c'est le voyage dans la tête de cet homme, ce narrateur, de cet autre homme, cet auteur. Tu sais bien qu'il est délicat de distinguer l'un de l'autre, tant pour le lecteur que pour l'écrivain. Tu admires l'écriture d'un écrivain. Tu ne tombes pas amoureuse d'un homme. Tu es dans l'admiration d'une écriture. Tu t'es convaincue de réfréner ton envie de lire vite. Tu viens de te convaincre, en écrivant cela que tu avais fait le bon choix. Il n'y a jamais aucune raison de se hâter.

Tu te souviens aussi des soutenances auxquelles tu as assisté en tant que public et des exercices d'admiration dont tu pensais qu'ils s'apparentaient à des déclarations d'amour. Tu viens de comprendre (puisque tu n'es jamais passée par cet exercice autrement que pour de rares soutenances de Master ou de DEA) ce qu'est la matière de cet exercice d'admiration d'une pensée qui se développe avec cohérence. 

La lecture de loisir devrait-elle donc se faire comme une lecture professionnelle, en s'arrêtant pour noter ses impressions ? Tu le sais bien, toi qui annote si souvent tes livres, écris sur eux, y pense dans les marges, effectuant des liens. Cette fois, tu n'as pas encore saccagé le livre. Comme tu n'enseignes plus, tu n'auras pas besoin d'en racheter un neuf pour en photocopier des passages et le faire étudier à tes étudiants. D'ailleurs là, ce qui t'intéresse, ce n'est plus la grammaire de l'anglais, ni la langue française, mais le plaisir de lecteur quand la littérature pense et te fait penser avec elle.

On ne devrait jamais lire trop vite.

On devrait pouvoir avoir le temps de prendre son temps, de profiter de l'otium, du loisir de lire et de ne plus lire, puis de relire et de ré-arrêter de lire. Tu as eu la chance de te choisir un métier tardif d'enseignant-chercheur après avoir été enseignant tout court qui a nécessité que tu prennes le temps de te plonger dans les détails. Tu sais désormais t'arrêter à temps quand tu perçois qu'avec un livre, il est temps de s'arrêter à temps pour prolonger le temps de la lecture, le temps de l'entrée et de la pérégrination dans le monde textuel, curieux miroir du monde réel. Tu repenses à la théorie des mondes textuels. Tu enrages, oh !, très doucement, de ne pas l'avoir suffisamment travaillée à fond. Cela n'a guère d'importance pour ce que tu fais là. Tu vas rentrer dans le détail, dans les détails où, dit-on, se cache le diable, tu vas poursuivre l'auteur poursuivant son narrateur sur les trace du démon, en ligne droite.

En attendant, ce titre "Le Diable avance toujours en ligne droite" , avec son "toujours" t'inquiète terriblement. C'est très réussi. Ce titre t'intrigue et te donne envie aussi, de découvrir, au-delà d'une pensée du réel, une intrigue de l'humanité.

Tu remarques qu'habituellement, tu n'aimes pas trop cette (nouvelle ou relativement récente ?) tendance à prendre des phrases complètes, ou des segments de phrase comme titre de livre, d'émission de télévision ou de radio et de marques de vêtements. Ça a d'ailleurs dû commencer par des vêtements. Tu penses à des "Comme des garçons", des anciens "Fruit of The Loom" des T-shirts de ton adolescence dans les seventies. À la radio, te revient "Là-bas si j'y suis" et l'envoyer-promener dont les enfants autrefois se faisaient gratifier prestement : "Va voir là-bas si j'y suis", aussi élégant et explicite que "Dégage" et "Fous-moi" ou "Fiche-moi l'camp" (sous-entendu "d'ici").

Tu notes que la phrase du titre ne coule pas bien en tant que titre. Tu ne l'aurais pas remarqué à l'intérieur du roman, sauf peut-être en cas de micro-lecture. Tu remarques que quelque chose accroche. Ce toujours, comme de trop. Privant le titre de l'équilibre d'une phrase à huit pieds (octosyllabe). Tu y vois une forme de figural (Laurent Jenny), mais tu peux te tromper. Tu as un titre qui fait style. Tu dis bien qui "fait style" et non qui fait "staïïle, qui fait "genre". Non. Tu fais face à un titre qui fait style au sens de "Tu reconnais que tu es face à un style". 

Tu aimerais que les éditeurs prennent l'habitude d'écrire explicitement qui a été l'éditeur d'un livre et non juste la marque de la maison d'édition. Tu ne sais pas si le titre est de l'auteur ou d'un agencement collectif d'énonciation économico-littéraire, le résultat d'une négociation ou une imposition anonyme entre commerce et littérature. Mais cela est un tout autre sujet.

Tu retourneras à ta lecture à la poursuite, cette fois, non plus seulement du démon du narrateur mais aussi du style de l'auteur. 

Ah ? Bah ! Et l'intrigue, dans tout ça ?

T'inquiète pas. Ce n'est pas de la lecture pour, de la lecture pour travailler, de la lecture pour étudier, de la lecture pour réfléchir. C'est juste de la lecture. Le plaisir de la lecture. 

C'est ta vraie lecture d'évasion, hors du monde réel, dans un monde textuel, qui te ramène, sans cesse au réel de l'autre, par identification avec toi et rencontre avec l'altérité de l'autre. Conjointement. Cela fait littérature. Cela est littérature.

© Simone Rinzler | 22 janvier 2015 - Tous droits réservés 

NB : Tu as repensé, à la fin de l'écriture de ce texte au titre de Marcel Proust "À la Recherche du temps perdu".
NB bis : Cette réflexion fait référence à de très nombreux travaux sur le langage et sur la littérature qui ne peuvent tous être cités et commentés ici. Je fais référence notamment au chapitre 3 de "L'Emprise des signes - Débat sur l'expérience littéraire" intégralement rédigé par Jean-Jacques Lecercle (in Lecercle & Shusterman), une lecture éclairante que je recommande vivement.

mercredi 21 janvier 2015

A Second Day Off...

Deuxième journée Off demain.

Off Line. Off Shore.

Sur une plateforme quasi-déserte, près des flots et des échos lointains.

Loin de l'interaction avec le monde des réseaux sociaux.
Modérer sa consommation jusqu'à l'os.

Temps de la réflexion, de la détente, du retour à l'essentiel.

Temps du quotidien, réapprivoisé.

Temps de la reprise de soi, loin des regards, des informations, de la souffrance des autres, à s'occuper de soi. Ça finissait par n'aller pas si bien. Se reprendre. Ne pas se méprendre. Reprendre ses esprits et ses habitudes.

Limitation de l'hystérie collective et individuelle. Retour au rationnel, à la raison, la réflexion. Retour au calme.

Voir des amis. Téléphoner. Parler avec de jeunes enfants. Manger. 
Cuisiner, même, modestement, à sa mesure. 
Que du bon et de l'attention.

Profiter d'une sieste ridiculement longue. 
Apprécier le luxe de pouvoir récupérer, enfin.

Passer du bon temps à ne rien faire quand rien n'y oblige. 
Apprécier le luxe gagné jour après jour. 

S'apprêter à vivre d'amour et d'eau fraîche. 
Apprécier le luxe gagné jour après jour.

Ressentir le calme, enveloppant, caressant. 
Apprécier le luxe gagné jour après jour.

Être vivant. Refuser de se rendre malheureux. 

Apprécier le luxe d'être vivant, jour après jour.

© Simone Rinzler | 21 janvier 2015 - Tous droits réservés 





A Day Off...

Journée Off.
Off shore.
Loin du virtuel.
Besoin de réel.
Belle journée à tous !

(sauf blog et photo du jour, en accès hors FB pour moi)

© Simone Rinzler | 21 janvier 2015 - Tous droits réservés 

(Ça, c'est d'un ridicule achevé, ce copyright-là. Je m'en vais en sourire toute seule ou presque)

© 6M1 Simone Rinzler #PhotoDuJour 20150121 "Grain de surface"

mardi 20 janvier 2015

Tu te lèves de bonne heure et de bonne humeur...

Tu te lèves de bonne heure et de bonne humeur.

Tu as enfin pu dormir. De nuit.

Tu t'amuses. Tu ris, tu partages. Tu es dans ta maison de retraite virtuelle, sur Facebook. Ce matin, tout tourne rond, les échanges sont joyeux, sympas, culturels, chaleureux. Tu était debout à l'heure des gens heureux. Tu trouves que cela te fait du bien, que rien ne vaut cela, pas même un hypothétique roman. Tu profites de ton temps, enfin libre. 

Libre, ton temps. 

Libre, toi.

Tu te réjouis de l'accalmie. Tou té dis : "Pourrrvou qué ça dourrrre !".

Tu sais qu'il est long, le chemin de la guérison. Et que tu ne guériras jamais vraiment d'être un homme, mais qu'elle est une femme.

En attendant, tu prends du bon temps. Tu es bien. Tu es calme. 

Tu vas même pouvoir t'accorder un petite sieste, comme ça, juste pour le plaisir de l'otium, le plaisir du loisir de ne rien faire.

Juste pour le plaisir. Rien que le plaisir. 

Tu savoures l'instant.

© Simone Rinzler | 20 janvier 2015 - Tous droits réservés.

lundi 19 janvier 2015

Tu as surmonté l'angoisse de penser... Correctif sous le texte

Tu as surmonté l'angoisse de penser.

Tu aimerais recommander ce livre d'Evelyne Grossman dont le titre est "L'Angoisse de penser", mais tu le sais trop difficile pour qui n'est pas habitué à sortir du confort de ses propres schémas de pensée, précisément aussi - et peut-être même surtout - ceux qui pensent qu'ils pensent par eux-mêmes et qui, comme toi, autrefois - et maintenant encore, mais en en ayant plus souvent conscience, tu le faisais et continues de le faire encore, car tu ne peux pas t'observer vivre tout le temps - ceux qui pensent qu'ils pensent par eux-mêmes alors qu'ils sont, à leur insu, prisonnier d'"une idéologie ambiante", surtout si cette idéologie est une contre-idéologie et une contre-doxa

La particularité d'une idéologie est qu'elle est dans l'air du temps et qu'elle est tellement présente que tu ne la vois pas. L'idéologie, ce n'est pas le système de pensée de l'autre. C'est ce que pense une société à un moment donné, dans un contexte donné, et comporte donc des idéologies ou des systèmes plus ou moins constitués qui s'opposent et se font la guerre. 

Plutôt que de parler d'idéologie, il vaut mieux parler d'"Encyclopedie", de "Shared Knowledge" ou de "Connaissance Partagée du Monde".

Tu t'empêtres dans ton explication.

Tu as perdu le "Tu", le ton du "Tu".

Tu sais bien pourtant que tu es là où tu cherchais à en venir.

Tu ne te laisses pas emprisonner par le style qui tue. Tu n'es pas là pour OuLiPoter pour ne rien dire. Tu es didactico-récréative, bien dans l'idéologie de ta longue époque de soixante longues années, avec ses Encyclopédies mouvantes au gré des contextes universels et singuliers, collectifs ou particuliers. Tu sais que tout ça, ça va, ça vient, ça change en un instant. T'as même pas eu le temps d'y penser que tu penses déjà différemment. 

Tout ça sans y penser. 
Et même en y pensant. 

Tu ne trouves pas toujours cela très marrant, mais on n'est pas là non plus pour se marrer tout le temps. Ni pour faire la tronche tout le temps non plus, d'ailleurs. Tout ce que tu veux, c'est qu'on cesse de te brutaliser. 

Et là, tu penses à un autre bouquin, traduit de l'anglais, plus facile d'accès, de George L. Mosse "De la Grande Guerre au totalitarisme" dont le sous-titre est "La brutalisation des sociétés européennes".

Tu ressens une brutalisation croissante du monde, des rapports humains. Tu éponges tout ce qui fait mal. Tu éponges la pensée de l'autre, des autres, pour comprendre le monde, comprendre les autres. Tu t'imprègnes et en t'imprégnant, tu changes, considérablement, un peu, radicalement, subtilement, tour à tour, ta façon de voir le monde, ta façon de vivre. Tu sais que ce n'est ni mieux, ni moins bien, c'est juste différent. 

Tu ne vois aucun jugement moral qui vaille là-dedans. Tu te moques des raisonnements moraux, sur la morale. Cela ne t'empêche pas d'en avoir une. Solide. Ancrée. Chevillée. Tu ne l'étales pas. Tu ne saurais d'ailleurs pas en parler. Ta morale, c'est de pouvoir te regarder dans la glace tous les matins, sans te dire, par exemple, que tu as blessé quelqu'un. Tu sais que ce n'est pas parce que l'on a une morale que l'on ne s'en écarte jamais. C'est bien humain. Tu laisses tomber la morale. Ce n'est pas un sujet de conversation avec toi-même. Cela ne veut pas dire que tu ne te parles jamais. Mais ce n'est pas ce qui te tient. Tient à cœur. Tient debout. Tient en joie. Tient dans la peine. 

Tu tiens à penser, à apprendre à penser, à apprendre aux autres qu'ils peuvent, eux aussi, s'exercer à penser, hors des chemins balisés de la doxa, interrogeant, vraiment, sincèrement, l'Encyclopedie du moment.

Tu tiens beaucoup au pari de Jacques Rancière selon qui il faut penser "l'égalité des intelligences". Tu as déjà beaucoup écrit sur cela. Tu y reviendras, peut-être. Tu préfère le pari de Rancière au pari de Pascal. Tu lis autre et ailleurs que dans la doxa, ce que pense l'air du temps, ailleurs que dans l'Encyclopédie, telle que tu viens de la définir. La question de l'Encyclopedie, ce n'est pas ton idée, c'est une idée commune, qui provient de Umberto Eco et des linguistes anglicistes que tu as fréquentés, qui ont été tes maîtres, puis tes collègues et tes amis, c'est aussi une idée du Commun de ceux qui tentent de penser le monde, non pas au plus vrai, mais au plus juste. C'est juste ta reformulation. Ce qui compte pour toi n'est pas la vérité, mais la justesse. Tu aimes l'adjectif "juste". C'est un bon adjectif qui t'évite de te perdre dans des arguties et des discussions aporétiques, qui ne mènent nulle part, sauf vers une aporie, une impasse.

Tu te demandes quelle est la portée de ce que tu écris quand tu poses l'hypothèse que dans un pays dont la devise est "Liberté, Égalité, Fraternité", il faut se mettre à penser l'égalité des intelligences, comme mode d'émancipation individuelle de chacun, comme programme, comme projet, comme obsession fraternitaire et..., dirais-tu même ?, en hésitant pour ne pas faire fuir, libertaire ?, adjectif dérivé de liberté. Tu sais bien que ce n'est pas un gros mot, tout de même. 

Tu te dis qu'il te faut faire lire Jacques Rancière "Le Maître ignorant - Trois leçons sur l'émancipation intellectuelle". Encore plus aux parents, aux enseignants, qu'aux enfants et aux adolescents.

Tu viens de parler d'un de tes livres de chevet pendant des années. Tu as quitté le ton de la jérémiade, de la déploration. Tu es dans le coeur de la bête. Tu écris. Tu réfléchis.

Tu cuisines, aussi.

Journée d'une rare beauté.

© Simone Rinzler | 19 janvier 2015 - Tous droits réservés 

Merci à ma meilleure relectrice qui a pointé du doigt quelque chose qui n'allait vraiment pas : j'aurais dû écrire "trop difficile pour qui n'est pas habitué à lire de la philosophie". Et modifier le reste du développement ou le placer différemment. Je parviens à un énoncé maladroit et méprisant en le laissant ainsi. 
Un des pièges de l'écriture sur ordinateur conjugué à l'exercice de rapidité que je m'impose sur le blog (et qui est donc une connerie) : on rajoute après-coup et on perd la cohérence de la pensée. L'autre piège est l'inscription de la trace écrite.
Bonne journée à tous et un grand merci à la relectrice anonyme !

Bouge ton "Tu " !

Bouge ton "Tu" !

Un "Tu" peut en cacher un autre.

Un "Tu" vaut mieux que deux "Je, moi, je...".

Tue ton "Tu". Vis !



Ton "Tu" sur la commode est à L'Atelier de L'Espère-Luette.

© Simone Rinzler | 19 janvier 2015 - Tous droits réservés 

Tu regrettes déjà ton texte précédent...

Tu regrettes déjà ton texte précédent.

Tu t'écoutes écrire. Tu devient pédante. Tu as perdu ta fraîcheur. Ton choix de poursuivre le thème du Roman de "Tu" t'a fait perdre de vue ton besoin de diversité, de variété, de fantaisie, de simplicité.

Tu t'alambiques et tu t'énerves toi-même. Tu devrais jeter tout cela.

Tu as déjà pensé au piège du blog dès mi-décembre quand tu as été au pied du mur pour envoyer un texte pour une revue littéraire qui t'avais sollicitée, alors même que tu pensais répondre à l'appel à texte.

Tu as de nouveau balancé du côté de l'exposition narcissique. Il te faut te reprendre. Tu deviens très chiante. Il te faut entrer davantage en toi-même, à l'ombre du blog et reprendre ce texte qui t'es cher, à l'abri des regards. 

Tu ne peux pas écrire à tout vent, à tout va. 

Tu vas te concentrer et mettre au point ton ordre de bataille contre ta facilité.

Le plus dur vient de commencer cette nuit.

Tu en as conscience.

Tu ne veux pas faire mourir le blog. OK. Accepte de faire les deux : le blog et ton vrai manuscrit. Celui qui te tient à cœur. Celui sur l'atelier d'écriture. Ton histoire de groupes qui s'apprivoisent, se détestent, finissent par se tolérer, puis s'aiment et s'aiment et s'aiment, vivent par le groupe, dans le groupe, pour le groupe, dans une famille composée autour de la passion pour la même chose et l'apprentissage de la connaissance de l'autre, des autres, de soi, de l'humanité discrète et chaleureuse, celle qui fait du bien aux cœurs, aux corps et aux âmes, qui se déchire, détruit les liens si durement gagnés, délabré l'ambiance joyeuse. Allez, écris-la ton histoire d'amour en amitié.

Tu sais d'avance que ce ne sera pas ce livre génial dont tu rêves (et tu vois bien que tu dis des conneries : bien sûr que tu as des rêves !), mais écris-le, passe par toutes les périodes que tu ne pourras éviter : enthousiasme, doutes, découragement, troubles musculo-squelettiques, vie de bâton de chaise à écrire la nuit pour être tranquille, tout, mais vas-y, bordel !, fonce, mais fonce !

Et basta !

Qu'on n'en parle plus.

Et que tu puisses déjà commencer à t'inquiéter de savoir si tu auras la force de commencer le suivant. Et n'en garde pas en réserve. Donne tout dans le premier. Tu as toujours plein d'idées, tu as de la ressource. Tu ne te retrouveras jamais à poil, sans idée aucune.

Tu en as déjà fait l'expérience dans ton métier. Fais pas ta radin. Mets toute la sauce ! Jette tout ton jus. Ce n'est pas le moment que tu fasses de la rétention litteraire. Si tu ne donnes pas tout, ça ne sert à rien de donner. Garde pour toi et vis ta petite vie minable de retraitée déprimée. Mais alors, là, faudra surtout pas venir de plaindre auprès de moi !

Allez, tu t'embrasses, tu te souhaites la bonne nuit, et maintenant, tu dors !

Ça suffit pour aujourd'hui.

Allez ! Vas-y !

Tu te le souhaites : 

Bonne nuit ! Dors bien, toi, ma douce toi, moi. Et fais de beaux rêves...

© Simone Rinzler | 19 janvier 2015 - Tous droits réservés 


Tu as passé ta vie à disséquer la langue des autres, l'anglais...

Tu as passé ta vie à disséquer la langue des autres, l'anglais, l'allemand que tu as appris à l'école, l'espagnol, l'italien, le néerlandais, le portugais sur le terrain. Et même le chinois, au lycée, puis lors d'un voyage d'agrément en Chine, récemment.

Tu as appris la langue de l'autre. De ton Autre. L'anglais. La langue des Protestants. La langue de ceux qui n'avaient pas la religion de tes parents. Tu ne pouvais pas mieux choisir, sans le savoir. Tu es allée voir ailleurs si tu y étais. Tu t'y es trouvée. Tu t'y es perdue. Tu t'y es vautrée, tu t'en es abreuvée, gavée, repue, jusqu'à l'ennui, jusqu'au dégoût.

Tu as enseigné cette langue de l'autre, toute ta vie, la langue de ton choix pré-adolescent, choix utile, choix guidé par la société et ton désir d'yêtre utile.

En route, tu t'es intéressée au latin, au grec, au vieil anglais, enseignement de la langue et recherche obligent.

Tu t'es retirée de l'étude de la langue française.

Tu as lu. Tu lis lentement. Très lentement. Peut-être n'aimes-tu pas lire et préfères-tu réfléchir ? Tu ne saurais vraiement le dire. Tu t'es interdit de lire pendant des années, tant que tes enfants étaient petits, pour ne pas être absorbée dans un bouquin avec des petits qui seraient morts de faim, la merde au cul. Tu t'occupais déjà des enfants des autres qui te prenaient tant de ton temps, depuis que tu étais devenue enseignante en collège. Tu n'es pas une si grande lectrice que cela, compte tenu de ton parcours officiel. 

Tu es plus auteur, plus écrivain, plus penseur que lecteur. De cela, tu as régulièrement pris et repris conscience. Tu as des agacements de lecture. Ces agacements t'interrogent toujours. Ce qu'ils te disent, ou plutôt, te disaient, quand tu les lisais, ces auteurs, c'est que ce n'est pas ainsi que tu aurais procédé. Tu manques d'humilité quand tu lis certains auteurs. Il n'est pas besoin de les nommer ici. Tu as tes petits secrets, même si tu sais qu'ils sont déjà depuis longtemps publiquement éventés. Pas nécessairement ici, mais ailleurs. Dans la chaleur de confidences particulières entre amateurs de livres, de lecture et de littérature.

Tu écris vite. Avec plaisir. Avidité. Tu es à ton aise. Tu as trouvé ton rythme de retraitée-du-travail-à-la-chaîne. Tu n'es plus dans le Publish or Perish de l'injonction universitaire. Tu as le loisir de prendre ton temps, de ne pas écrire quand tu n'en as pas envie, d'écrire seulement une page par jour, voire une deuxième, comme aujourd'hui, quand l'envie te reprend. Tu n'es pas aux pièces. Tu jouis de ta liberté que tu n'avais jamais osé prendre. 

Tu as perdu l'élan qui t'a fait commencer à écrire ce fragment. Qu'importe. Ce ne devait pas être si important. Tu te souviens que tu voulais parler du langage et de ce que le décorticage constant de la langue de l'autre t'a apporté pour pouvoir écrire maintenant. Tu ne trouves plus la bonne formule, les formulations que tu avaient à l'esprit quand tu as commencé. Tu t'es laissée entraîner. Tu te laisses faire. Tu ne sais pas comment dire que ce qui t'a protégé d'une forme de cuistrerie, de showing off est précisément de n'avoir pratiquement jamais réfléchi principalement à l'écriture en langue française. Tu continuais pourtant à utiliser le français, mais jamais en observant à tout moment.

La réflexion, déplacée, sur la langue autre, la langue de l'Autre, langue des autres, langue des vainqueurs économiques de l'époque où tu as commencé, t'a préservé des défauts que tu trouves chez certains de ceux qui ne sont guère allés y voir en langue originale s'ils y étaient. Le français est ta langue maternelle. Cette langue, c'est la tienne. Tu y es toi. Tu fais attention de ne pas tomber dans les clichés, tu n'y fais pas revivre des "métaphores mortes" ou des "formules figées" comme lorsque tu lis en anglais qu'"ils se ressemblent comme deux petits pois". Tu évites juste d'écrire des platitudes telles que "ils se ressemblent comme deux gouttes d'eau", sauf si tu penses que c'est une nécessité contrainte par le texte qui t'échappe mais dont ton inconscient prend le contrôle.

Tu te sens devenir lourdement didactique, tu fais ta prof, tu prends le risque de lasser ou d'ennuyer. Tu sais que tu as foiré ton coup, qu'il te faudra supprimer ou réécrire cela en vue d'une publication complète. Tu le notes pourtant. Ce n'est pas en écrivant que tu peux juger de ce qui sera intéressant, puisque par définition, tu écris sans plan prédéfini. 

C'est ton seul vrai choix. Tu n'as pas de plan, pas de projet autre que l'envie, le désir, le plaisir, la difficulté, voire la douleur, parfois, d'écrire. Un affect d'écriture. Violent. Prégnant. Tu te sens grosse d'une œuvre à venir.

Tu ne prends jamais de "Bonnes résolutions", ni au début de l'année, ni à aucun autre moment. Du moins, il te semble qu'il en est ainsi. Tout à coup, quand vient le bon moment, tu te mets à faire quelque chose. Ça vient. Parce que c'est là. 

Ça ne se discute pas.

Tu ne le prévois pas. Tu ne le rêves pas. Tu n'as qu'assez peu de rêves. Tu vis du mieux que tu peux, sans trop rêver. Tu es allée tellement au-delà de tes rêves, déjà, que tu pourrais en être blasée. 

Pourtant, à chaque fois, chaque jour, de nouvelles idées, de nouvelles envies te traversent. 
Elles te pressent. 

Tu suis. 

Tu jouis.

Tu suis ton désir, donc tu jouis. Philosophie d'une écriture ?

© Simone Rinzler | 19 janvier 2015 - Tous droits réservés 

dimanche 18 janvier 2015

Tu écris que tu n'écriras pas...

Tu écris que tu n'écriras pas.

Tu n'écriras pas. Tu n'écriras pas. Tu n'écriras pas.


Tu n'écriras pas.
Tu ne posteras pas. 

Et puis quoi encore, que tu ne feras pas ?

Tu remarques que le futur change le présent :

Tu n'écriras pas.
Tu ne posteras pas. 

Tu remarques qu'écrire "Tu n'écriras pas" au futur change non seulement ton style mais aussi toute la teneur de ton propos.

Tu remarques que dire "Tu n'écriras pas" prend une résonance de commandement. 

Tu notes que l'effet de liste te donnerait presque l'impression qu'il en manquerait huit.

Tu te dis qu'il ne manquerait plus que ça.

Heureusement, tu as écrit. 

Tu as ecrit. Et tu viens d'écrire au passé composé. 

Tu composes avec le passé. Au passé composé. Dans le présent.

Tu poursuis ton travail de réflexion de linguiste. 

Tu te dis que tu as bien de la chance de savoir partir de la matérialité du langage pour Penser le monde et tenter de comprendre les relations incessantes, en un continuel va-et-vient entre Monde et Langage et Langage et Monde.

Tu comprends que tu as pris le temps de digérer ton propre travail universitaire de réflexion sur les contre-interpellations Langage-Monde, que ce travail t'habite et fait corps avec toi. Tu te sens apte à l'expliquer à nouveau clairement.

Tu sais que tu as repris les forces nécessaires pour continuer à avancer.

Tu écris.
Tu penses.
Tu partages.
Au présent.

Au Présent du Réel.

Le Réel du Présent.

© Simone Rinzler | 18 janvier 2015 - Tous droits réservés 

vendredi 16 janvier 2015

Tu aimes les portraits de dos... Blason - Écrire le corps

Tu aimes les portraits de dos, les portraits de femmes de dos, les tableaux de Vilhelm Hammershøi, les photos des hommes de dos.

Tu te demandes pourquoi. Le dos ne mentirait pas ?

Tu te souviens de ces jours où, membre du jury d'un concours, tu déjeunais parfois seule, pour te reposer des interrogations du matin avant celles de l'après-midi. Tu regardais ces dos, ces bas de dos, des reins aux pieds. Ils te disaient ce qu'étaient ces femmes, ces hommes, ces adolescents. Un panneau t'empêchait de voir plus haut. Tu ne voyais que les enfants en entier. Mais pour les autres, rien d'autre que le bas de leur dos, leur démarche.

Culs affalés, culs pressés, fesses rondes, fesses plates, fesses mouvantes, fesses anonymes, inconscientes de leur existence. Regarder le monde par le côté des fesses. Pas des fesses érotiques. Du côté des fesses affairées. Des fesses innocentes. Des fesses déambulantes. Fesses hors représentation. 

Impréparé au spectacle de son exposition, le dos, le bas du dos, les jambes, les pieds te racontent leur histoire bien mieux que les visages.

Dévisager le corps, c'est lui ôter le visage, le sourire confectionné, la moue apprêtée, l'image sociale travaillée. 

Dé-visager le corps, c'est porter attention au corps. Le dos, les fesses, les mains, les pieds. Objets inconscients et animés.

Blasonner le corps dé-visagé. Regarder l'humanité passer. Offrir, aussi, au regard, son propre corps, dé-visagé, inapprêté, offert, inconscient de son effet.

Que disent nos corps que ne disent pas nos visages ?

Que disent les corps que ne disent pas les visages ?

© Simone Rinzler | 16 janvier 2015 - Tous droits réservés 

Note : Le blason est un art littéraire médiéval. Il encense le corps - de l'être aimé - partie après partie. On parle des blasonneurs du corps. Le poète François Villon en fut un. (De mémoire, parfois défaillante. Pour plus de précisions, le lecteur est prié de consulter une encyclopédie de son choix).

jeudi 15 janvier 2015

Tu n'as rien à dire. Tu te tais...

Tu n'as rien à dire. Tu te tais...




© Simone Rinzler |  15 janvier 2015 - Tous droits réservés 

mercredi 14 janvier 2015

Tu as fait taire tes doutes…


Tu as fait taire tes doutes…


À la fin, après tant d’hésitations, tu as fait taire tes doutes. Tu as envoyé ton manuscrit.

Tu sais depuis ce matin pourquoi tu ne pouvais pas publier en ton nom, sous ton nom. Quelle interdiction muette était ton injonction à te taire, ce que tu arrivais si mal à faire. Tu as été sommée, toute ta vie, de rester cachée, sous le mode du « Pour vivre heureux, vivons caché ». Tu as été élevée par deux grands blessés de guerre. Ils te voulaient forte. Ils te voulaient vivante. Ils avaient peur de ta mort. Tu sais que de toute façon, tu mourras quand même, un jour. Tu sais que cette injonction à te taire, à ne pas publier était depuis toujours incrustée en toi. 

Il t’a fallu près de soixante ans pour t’en défaire. Au moment où tu décidais de le faire, arriva un événement que certains craignaient mais que personne n’imaginait ainsi.


Au moment où la lâcheté serait de se taire, de se terrer, de se cacher, tu te sais mûre pour publier, en ton nom, sans caution, ni protection d’une quelconque institution.


Tu prends le risque d’exister.

Comme tu es. 

Autrement qu’à l’université ou à l’école que tu as servie vaillamment, avec une passion hors norme.

Tu n’es pas encore très satisfaite de ce que tu écris. Tu vises plus haut, plus fort, plus juste, plus modeste et plus ambitieux.


Tu sais que cela te prendra encore du temps, beaucoup de temps.

Il fallait bien commencer un jour.


Tu prends le risque d’exister. 

Comme tu es.

Pour ce que tu es.

Indépendamment de qui que ce soit.

Sinon, toi,

Lecteur.


© Simone Rinzler | 14 janvier 2015

mardi 13 janvier 2015

Réflexion sur la passion (suite d'un long travail de réflexion antérieur)

La Passion de la Justification sous la pression des demandeurs de comptes...

Après la "Passion du Réel" (Badiou), la "Passion du Langage" (Rinzler), nous continuons à être submergés par la "Passion du Commentaire" et voici que point une "Passion de la Justification" sous la pression de la masse qui exige des comptes. 

Tenter de résister, à son cœur défendant à la "Passion des Comptes".

Ce grand dégât collatéral : 
ressentir, les uns après les autres ce besoin de se justifier de ci ou de ça. 

Le faire, hésiter à le faire, ne pas le faire. 

Se retrouver coincé dans une problématique qui n'est pas la sienne. 

Quelle douleur.

L'ère du soupçon n'est hélas pas terminée. 
Elle ne fait que commencer.

Que de force il nous faudra pour résister et continuer à penser le monde.

© Simone Rinzler | 13 janvier 2015 - Tous droits réservés 

Peut cependant être partagé...

lundi 12 janvier 2015

Tu n’aimes pas la simplicité…

Tu es une fille simple, mais tu n’aimes pas la simplicité quand elle est réduction, aplanissement, délayage.
Tu es une fille compliquée qui ne sait pas toujours se simplifier la vie. Tu te poses trop de questions.

Tu te sais fragile.
Tu te sais forte.
Aussi.

Tu sais que ce n’est pas contradictoire, qu’il y a des temporalités singulières plurielles et des temporalités collectives qui entrent en dissonance et imposent des disjonctions.

Tu y es habituée. Tu en as fait ton métier. C’est devenu ton être tout entier.

Tu sais que, parfois, tu ne peux pas t’empêcher de juger, de mépriser, de te croire sachante et tu sais bien que dans ces cas-là, tu te fourvoies.

Tu as besoin de te confronter au réel, de l’accepter et de tenter de le changer. À la mesure de tes forces. À la mesure aussi de ce qui est audible et de ce qui ne l’est pas ou ne peut pas l’être.

Ou du moins, pas à tel ou tel moment.

Tu sais aussi que tout est contexte d’encodage car tout dépend du moment de la formulation publique et que tout est contexte de décodage car tout dépend du moment de la réception.

Tu sais que tu es écrivain.

Et que tu es bien.

Tu le savais avant même de commencer à écrire.

Il te faut maintenant retourner à ton ébauche de roman, dont tu ne sais encore s’il sera un roman ou un essai, mais qu’importe.

Tu veux partager ce qu’en toi tu portes. Tu es en chemin.

Tu sais que tu sais que… Tu as beau le savoir, tu l’oublies car personne ne peut être conscient de tout à tout moment. On en deviendrait fou.

Tu sais qu’un être humain n’est pas une machine et ne peut en être une.
Tu sais, et tu n’es pas seule, que tu ne sais rien, et que cela ne t’empêche pas de chercher à continuer à comprendre.

Chercher à comprendre est l’essence même de l’être humain. L’absence de cette curiosité déshumanise, robotise, lobotomise.

C’est la quête !

La quête est ouverte.

© Simone Rinzler | 12 janvier 2015