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lundi 29 décembre 2014

De l'air de rien...

De l'air. 
De l'air ! 
De l'air. 
De l'air de rien.

De l'air.
L'air de rien.
Mine de rien.
De rien en rien,
De rien en plein, 
Dans le mille du rien.

Un peu d'air frais,
Un peu d'air fin,
Pas l'air cinglant,
Ni l'air malin,

De près en près,
De pré en pré,
De loin en loin,
De main en main.

Sans avoir rien,
De bien vilain,
Sans même avoir,
Trop l'air de rien.

Le rien, c'est bien
C'est bien malin,
D'avoir toujours,
Toujours un air,

Un air malin
Ou un air fin,
Un air de rien.
On est si bien.

© Simone Rinzler | 29 décembre 2014 - Tous droits réservés 


jeudi 18 décembre 2014

L'Expérience du miroir

"J'aime assez cette expérience de la vieillesse où je m'aventure, un peu malgré moi. Je regarde dans le miroir cet inconnu qui me regarde.
C'est une singulière observation à laquelle je me livre, comme si, en somme c'était un autre que moi que je voyais advenir sous mes yeux. Mes traits dessinent un visage autre que celui auquel j'étais accoutumé. Cet inconnu qui me regarde, oui, je sais bien que c'est moi. Absurdement, je me dis « c'est moi » sans y croire vraiment, avec amusement presque. Mais je sais que ça ne durera pas, que les maux dégradants vont venir, que l'effondrement à un moment deviendra inquiétant, puis effrayant. Je n'en suis pas encore là. Pour l'instant j'assiste à la naissance d'un autre moi pleinement conscient qu'un autre moi disparaît qui ne reviendra jamais."
DEB | L'expérience du miroir

C'est un beau texte d'un beau jeune vieux.
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A mon tour maintenant
--------
Nous vieillissons ensemble. Enfin, je me comprends.
Nous ne nous connaissons pas d'ailleurs. Que de là.

J'aime apprivoiser ma vieillesse. C'est la seule chose que j'ai gagnée sans avoir à lutter. 

Gagner sans avoir à lutter, c'est bon. C'est un repos bien mérité. 

C'est aussi une chance. De Pouvoir continuer. A s’émerveiller. D'en être arrivés là. 

Pas en si mauvais état. Les neurones encore alertes, en alerte. 

Qu'importe la ride, puisque la vue baisse. 

Qu'importe la ride externe. La ride interne marque ma vie, mes amours, mes joies, mes bonheurs. Par bonheur, la ride des malheurs n'a jamais imprimé sa trace. Ni sur ma face. Ni... Si. Parfois, en mon cœur. 
Mais je ne suis pas douée. Pour le malheur. Pour rester dans le malheur. J'en ai trop soupé. Trop tôt.

Pour avoir envie de m'y repaître.

L'envoyer paître. Ailleurs. Que sur mes ballerina godasses.

© Simone Rinzler | 19 juin 2014

Le travail, dans un modèle matérialiste qui sclérose et déresponsabilise

Le travail, dans un modèle matérialiste qui sclérose et déresponsabilise, selon Boris Cyrulnik.

J'ajouterai : 

Surtout dans une société qui a fait le choix de l'infantilisation au détriment de l'émancipation de ses citoyens.
Chaque nouvelle régulation, chaque nouveau flicage du travail empêche de travailler et détourne l'attention du travail fait avec intérêt, soin et sérieux pour devoir se justifier selon les termes de celui qui impose sa norme de travail. Un modèle en cours de rigidification prononcée qui interdit de trouver de meilleures façons de travailler, ou de travailler à sa manière dans les professions où cela était encore possible, transforme les uns en matons, les autres en détenus, ou les uns en Mère ou Père Fouettard et les autres en Poil de carotte a priori toujours mauvais.

C'est cet a priori de délinquance programmée qui gangrène toute volonté de faire de son mieux et de trouver un intérêt à son travail, quel que soit son travail. 

L'a priori d'incompétence de celui qui doit travailler aux ordres empêche la fierté de faire ce que l'on fait et dénarcissise chacun isolément et, en bout de parcours, une société toute entière.

Oui, le travail est beau. Tant que chacun peut avoir un minimum vital de liberté. 

Ne serait-ce que la liberté de pouvoir prendre une petite pause nécessaire.

J'ai eu la chance d'avoir un travail dans lequel, dans le respect des programmes imposés, chacun pouvait organiser à sa guise. Cette liberté s'est petit à petit perdue dans des grands projets imposés d'en haut. Personne ne peut imaginer la souffrance d'avoir à faire autrement que de la manière dont on sait que l'on fait bien. Pour se protéger de deux, trois feignants, d'un éventuel taré, on traite tout le monde en feignant et en taré. 

Et, petit à petit, insensiblement, chacun devient, à son corps, son cœur et son esprit défendant ce taré, ce feignant, celui qui fait honte à sa profession, quelle que soit sa profession. 

Mais quelle méconnaissance du fonctionnement de l'humain.

[End of rant]

Je m'en vais retourner y réfléchir en pensant à mon livre sur Chaplin, abandonné sous la charge des injonctions à faire ce qui m'était demandé, à savoir, ne plus travailler, mais passer mon temps à rendre compte de mon travail. 

Mes deux dernières années d'enseignant-chercheur ont été passées à faire des dossiers, des CV, des préparations d'évaluation de notre équipe de recherche.

Je n'ai ai lors plus produit qu'un ou deux articles par an qui étaient déjà en route depuis un certain temps, puis plus rien de nouveau n'a pu se produire. 

J'étais épuisée, vide, sans idées. Autre que celle de me reposer. Enfin. 

Combien, combien se sont ainsi gâchés ?

Je ne peux m'y résoudre. J'enrage encore. 

Calmement, maintenant, que me voici dégagée du management néo-libéral qui m'a été imposé contre mon gré et ma conscience.

J'ai dû me résoudre à m'arrêter, à prendre ma retraite à 60 ans pour longue carrière (j'ai enseigné l'anglais de la 6ème à l'agrégation), du collège à l'université, avec fougue et passion et un engagement à toute épreuve, sauf cette dernière, qui m'a fait plier d'abord, puis craquer ensuite alors que je me préparais à poursuivre mon petit bonhomme de chemin avec l'entêtement de ceux qui font le choix de se mettre au service des autres, du Commun).

Voilà qu'après avoir travaillé sur les manifestes dans le monde anglophone au XXe siècle, je fais, moi aussi, mon appel manifestaire avant de me replonger dans mes écrits et dans Chaplin, Marx et Orwell, pour parvenir, enfin à les publier, maintenant que je me remets doucement et commence enfin à pouvoir aligner, à nouveau, deux, trois phrases un peu cohérentes.

Relevez la tête.
Il n'y a rien à perdre à redevenir des êtres humains.
Œuvrez pour le Commun.
Unissez-vous.

© Simone Rinzler | 6 octobre 2014 - tous droits réservés

mercredi 17 décembre 2014

Ah, quelle famille ! Ah, quelle famille ! [Chanson de saison]

Ta maman est une kleptomane,
Ton Papa est un pyromane,
Ta petite sœur, érotomane,
Et ton grand frère, SuperWoman.

Ah, quelle famille ! Ah, quelle famille !
Ça va guincher, la fin de l'année.
Ah, quelle famille ! Ah, c'est pas l'pied,
Gare à toi, là, tu t'éparpilles.

Ta Mémée, elle est pétomane,
Ton Pépère, il s'appelle Slimane,
Ta cousine, elle est de Gardane,
Ton cousin est genre Doliprane.

Ah, quelle famille ! Ah, quelle famille !
Ça va guincher, la fin de l'année.
Ah, quelle famille ! Ah, c'est pas l'pied,
Gare à toi, là, tu t'éparpilles.

Ton Tonton, il se croit brahmane,
Ta Tata, ah ! Quelle bougre d'âne,
Tes morpions sont mous d'la membrane,
Tes p'tits enfants, fanas d'la fan.

Ah, quelle famille ! Ah, quelle famille !
Ça va guincher, la fin de l'année.
Ah, quelle famille ! Ah, c'est pas l'pied,
Gare à toi, là, tu t'éparpilles.

Ta femme est un p'tit peu tzigane,
Ton ex plus jamais ne se fane,
Sa femme est dev'nue mélomane,
Et toi tu n'fais jamais de foin.

Ah, quelle famille ! Ah, quelle famille !
Ça va guincher, la fin de l'année.
Ah, quelle famille ! Ah, c'est pas l'pied,
Gare à toi, là, tu t'éparpilles.

© Simone Rinzler | 17 décembre 2014 - Tous droits réservés 







Tu écris...

Ce que tu fais :

Tu écris. Tu écris que tu écris. Tu n'écris rien d'autre. Tu te lasses de ton écriture. Tu cherches sur quoi écrire. Tu t'obsèdes de la pensée de ton écriture. Tu t'enlises. Tu vois que tu t'enlises. Tu dors mal. Tu es inquiète.

Ce que tu ne fais plus :

Tu n'as plus de plaisir à écrire. Tu as perdu le plaisir d'écrire. Tu boucles. Tu tournes en rond. Tu ne tournes plus rond. Tu beugues. Tu t'insupportes. Tu te lasses. 

Tu ne dors plus bien. 

Tu as perdu ta joie de vivre. 

Tu as perdu ta liberté.

Tu as perdu ta légèreté.

Ce que tu aimerais faire, dans l'idéal :

Tu aimerais retrouver le sommeil. 

Tu voudrais retrouver ta légèreté.

Tu voudrais publier.

Tu aimerais avoir le courage de reprendre ton manuscrit.

Tu te dis que tu dormirais bien si tu envoyais ce jour le manuscrit au type de la revue.

Ce que tu fais à la place :

Tu continues sur ce projet débile qui ne te mène à rien.

Tu t'entêtes et t'as tort. Et tu sais que le tort tue.

Tu te fais rire toute seule.

Tu te fais sourire.

Tu reprends plaisir à écrire.

Tu te demandes si tu donneras suite à ce type qui t'as proposé de publier dans sa revue.

Tu sais que tu aimerais le faire, mais...

...tu n'as pas confiance, c'est ça ?

Non !

Tu es paresseuse. Tu ne veux pas l'admettre. Tu préfères jouer que faire ce que tu veux.

Mais si tu préfères jouer, alors joue donc.

Mais c'est que tu sais que ce n'est pas si simple.

Tu veux jouer et tu ne veux pas jouer.

Tu veux jouer sans avoir l'air de jouer.

Tu sais que tu n'aimes pas jouer. Tu écris cela et tu sais que c'est faux. Tu n'aimes pas jouer si tu n'es pas sûre de gagner.

Tu n'aimes pas jouer avec les règles des autres.

T'es un peu barge, un peu braque, un peu branque. Tu veux tout et son contraire. Tu veux, tu veux, tu veux.

Tu sais bien pourtant que "Le Roi a dit 'Nous voulons'!" Et qu'il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir. Il faut faire.

Et tu fais. Tu avances. Tu vas mieux. Tu écris. Ton projet. Ton projet de "Tu".

Ton projet de "Tu" qui te tue. Qui ne te tue pas. Qui ne te rend pas plus forte. Qui t'occupe. Qui te libère, peut-être. Qui te fait oublier que tu n'as pas dormi.

Qui te fait penser que ce n'est pas ce projet qui te tue.

Qui te rappelle ce que tu as vécu dimanche. Que tu ne supportes pas. Que tu ne supportes plus. Que tu ne veux plus supporter. Que tu ne peux plus supporter. 

Tu as pris la bonne décision. La décision de converser avec qui ne te contredira pas. Tu te parles. Tu es d'accord. Avec toi-même. C'est déjà ça ! Tu es moins folle que tu le crois. Tu te parles par écrit.

Ça c'est un peu fou. 
Seulement si tu ne publies pas.

Car si tu publies, ce "Tu" n'est plus seulement le tien. C'est aussi le Tien. Oui. A Toi ! Toi qui lis. Et qui écris. Aussi. Car si Tu lis jusqu'ici, c'est que ce "Tu", c'est un peu Toi aussi.

Ça te tue, ça, hein ?
Tu crois ça, toi ?

C'est la vengeance du "Tu" qui ne te tue pas et ne te rend pas plus fort.

Ça ne te tue pas. Pas autrement. Que symboliquement. Parfaitement !

T'en n'as pas fini ?

Si.

© Simone Rinzler | 17 décembre 2014 - Tous droits réservés 

mardi 16 décembre 2014

Tu ne sais pas...

Tu ne sais pas raconter d'histoires. Tu voudrais en écrire, mais tu ne sais pas. Tu ne sais pas comment t'y prendre. Tu trafiques, tu bidouilles, mais une histoire, une vraie, tu ne sais pas.

Tu ne sais pas lire des histoires. Tu voudrais en lire, mais tu ne sais pas. Tu ne sais pas comment t'y fair prendre. Tu lisouilles, tu farfouilles, mais une histoire, une vraie, tu ne suis pas.

Tu ne sais pas te laisser aller à lire de l'inutile, du mercantile, du bien futile. Tu ne sais pas. N'y arrives pas. Tu t'entraînes à travailler ton style. Mais des histoires, tu n'en fais pas.

Tu ne sais pas tourner des films. Tu ne sais pas. Tu ne sais pas. Qu'il soit magique, utile ou facile, encore tragique, encore comique, là, à coup sûr, alors tu bois. Tu bois, tu bois, et tu t'enivres. Tu tombes là, tu chutes sous le charme. Tu te régales. Qu'importe l'histoire, pouvoir qu'elle soit bonne, qu'elle t'entraîne, qu'elle t'emmène, même là où tu ne vas pas, jamais. Tu te laisses faire. Tu laisses faire. L'histoire t'entraîne, elle te mène, par tous les bouts, le bout du nez, le bout du pied. Tu ne fais pas ta difficile. Tu aimes, tu aimes ou tu n'aimes pas. Mais tu t'en fous. Tu te laisses entraîner.

Tu ne sais pas ce qui t'entraîne. Ce que tu sais, ce que tu sais. C'est que le ciné, c'était pas pour les forts en thème, pas un sujet. Sujet d'école. Tu peines encore, tu traînes encore, à la sortie. De ton école. Le chemin est. Encore trop long. Tu l'aimais bien, c'était ton chemin.

Tu ne sais pas écrire d'histoires. Tu ne sais pas. Tu ne sais pas.

Tu ne sais pas, tu ne sais pas, tu ne sais pas et tu t'en fiches, et tu t'en fiches, et je m'en fiche, fiche, fiche, jusque là ! Tu t'y essaies. Tu apprivoises. Tu t'y remets, un peu plus chaque jour. Tu t'en fiches déjà. Un peu plus chaque jour. Un peu plus qu'hier. Et bien moins que demain. Mais, encore, trop, encore, tu t'prends la tête, tu t'prends trop la tête, t'prends la tête trop encore.

Tu ne sais pas écrire pour ton amour. Tu l'as fait lire. Tu lui as fait lire, ce que tu écris ce qui as déjà écrit. Tu sais, tu sais, qu'il n'aimera pas. Ça, tu le sais, tu le sais bien. Il n'aime pas. Il n'a pas aimé. Il s'est inquiété. Comme toujours. Il s'inquiète. Il s'inquiète pour toi. Mais jamais, jamais, ne te rejette.

Tu ne sais pas, tu ne sais comment faire. Tu lui fais lire. Il va devenir enfin, ton premier lecteur. Et c'est la fin. 

Fin des tâtonnements, fin des ânonnements, fin de l'isolement. Il prend part au voyage. Te corrige ou te gronde. Ne comprend pas, parfois. Enfin, toujours.

Tu ne sais pas, tu ne sais pas. Écrire d'histoires, tu ne sais pas. Tu as beau ne pas savoir, tu en fais bien toute une histoire, pour une fille sans histoires, t'en fais bien trop. T'en fais bien trop.

Il est grand temps, serait grand temps, de retourner. À l'atelier. Dans le secret, dans le secret. De ton histoire. Qui stagne encore.

Tu ne sais pas, tu ne sais pas. Tu ne sais pas.

Tu sais déjà.

[Bon, maintenant, t'arrête les gammes, ma fille !]

© Simone Rinzler | 16 décembre 2014 - Tous droits réservés 

Fin des Gammes Stylistiques ? À L'Atelier de L'Espère-Luette

Il est là, Papa ?...

Thierry rentre de l'école. Maman est déjà là. Elle ne travaille plus le lundi, ni le mardi non plus d'ailleurs. La maison est dans un désordre indescriptible. Maman n'a plus le moral. Elle cherche un nouveau travail. Elle ne fait plus le ménage. Papa ne l'aide plus non plus.
"Il est là, Papa ?", demande Thierry.
"T'as qu'à aller voir !", répond Maman.
"Il est là, Papa ?"
"Va voir, que j'te dis !"
Mais Thierry n'ira pas voir. Il a trop peur. Peur de son Papa. Peur de son petit oiseau. Peur pour son petit oiseau à lui.
"Mais, qu'est-ce tu fous, Thierry ? Va voir, que j'te dis !"
Thierry demande : "Y'a du goûter ?". Il prends bien soin de ne pas répondre. Il pète de trouille. C'est tous les jours pareil. Il ne sait jamais si son Papa est là, et sa mère, elle s'en fout. Elle comprend pas. Elle pense qu'à elle. 
"Y'a du goûter ? Maman ! Y'a quelque chose pour le goûter ?"
"T'as pas fini d'me faire chier, avec ton goûter ? Mais tu penses qu'à bouffer, ma parole ! Putain d'gosse. Ah ! C'est bien l'fils à son père, çui-là !"
"Maman, tu m'as entendu ?", répète Thierry, "Y'a du goûter ?"
Il a bien entendu que sa mère n'est pas dans ses bons jours. Elle a encore dû picoler. Mais, c'est la seule qui peut encore le protéger un peu de son père. Alors, il s'approche d'elle. Il se dit que s'il est gentil avec elle, il ne viendra pas l'ennuyer cette nuit.
Il vient lui faire un câlin.
"Qu'est-ce tu m'emmerdes avec tes cajoleries, l'moutard. Ah ! T'es bien comme ton père, toi ! Toujours dans mes pattes, toujours à v'nir t'coller. J'chais pas c'qu'i'z'ont dans c'te famille !"

Thierry renifle. Il a la goutte au nez.

Bruit brusque dans la serrure. 
C'est la porte d'entrée. 
L'horreur va commencer. 

Thierry se réfugie dans sa chambre, sans goûter. 

Il essaie d'écouter ce que se disent ces deux-là. 

Pas difficile. Ils gueulent à qui mieux mieux. C'est à çui qui gueulera le plus fort. Si ça se trouve, il vont encore se battre. 

Thierry n'aime pas quand ils se battent. Maman met Papa à la porte et Papa vient pleurer dans sa chambre. "Mais pourquoi qu'elle est partie Francoise ?" Depuis qu'elle s'est mariée, c'est lui le souffre-douleur à la maison.

Papa va encore rentrer dans sa chambre quand Maman l'aura foutu dehors. Il va encore venir pleurer. Et peut-être que ce soir encore, il sortira son petit oiseau, en pleurant, et qu'il fera encore peur à Thierry avec son petit oiseau qui devient gros. 

Thierry n'arrive pas à faire ses devoirs. Il a envie de pleurer. Mais il sait que s'il pleure, il va s'prendre une branlée. 

Il se mouche doucement, dans sa manche. Il renifle. Il essaie de faire son exercice de grammaire. Il ne comprend rien. Il est pété de trouille. Il a peur.

Qu'est-ce qui lui arrive ?

Il vient de faire pipi sur le plancher de sa chambre, sur la chaise de son petit bureau. Son pantalon est tôt mouillé. 

Vite, vite !

Tout cacher et se changer. 

Il se met en pyjama et roule son pantalon et sa culotte en boule. Pchuit ! Sous l'oreiller. 

Non ! Ça va sentir mauvais. 

Où alors ?

Il hésite. Glisse le tout sous le lit.

Son père ouvre la porte. 
"Ça va, mon petit Thierry ?"
Oui. Oui. Ça va, Papa. Et toi ?"

Thierry est bien trop impressionnable. 

Il se raconte des tas d'histoires depuis que sa sœur est morte dans un accident de moto.

C'est Papa qui conduisait.

© SimoneRinzler | 16 décembre 2014 - Tous droits réservés  




lundi 15 décembre 2014

Souricette est autoritaire...

Souricette est autoritaire.

Elle veut plier le monde à son désir.
"Je ne comprends pas pourquoi ils continuent à faire comme ça !", répète-t-elle. 
Elle est persuadée qu'elle a raison.
Elle s'entête, elle répète :
"Mais pourquoi tu ne fais pas comme moi !?! C'est pourtant simple, non ?"
Elle entre dans des colères terribles, des arguties, des discussions et des disputes homériques.
Elle veut que tout le monde fasse comme elle.
Que tout le monde pense comme elle.
On dirait qu'elle ne comprend pas que le reste du monde n'est pas elle.
"Comment ça ?
Bien sûr que si que je comprends. C'est toi qui ne comprends rien !"
Souricette voudrait bien être gentillette, mais c'est plus fort qu'elle. Il faut qu'elle fasse sa cheftaine, faut qu'on fasse comme elle, faut qu'on pense comme elle !
"Tu n'y es pas du tout !", rétorque-t-elle.
"Moi, ce qui m'intéresse, c'est de forcer à penser. D'enseigner à penser. Penser contre le vent. Penser contre la pensée dominante, contre la doxa, contre tout ce qui devient une idéologie quotidienne dès lors que l'on ne voit plus que c'est en train de devenir une religion, contre toute adhésion innocente au dernier courant. Ce qui m'intéresse, c'est de faire avancer la pensée ! 

Ça te dérange ? Tu trouves ça autoritaire. Que penses-tu donc de ce qui t'es imposé et que tu adoptes comme un mouton sans jamais t'interroger ? 

Je ne dis pas qu'il faut s'interroger sur tout ! Là, pour le coup, tu deviendrais fou, vraiment fou. On ne peut pas s'interroger sur tout, sinon, on ne fait plus rien, on ne vit plus rien. On ne fait que penser, et il n'y a pas que la pensée dans la vie. Si on pense sans arrêt, à tout ce que l'on fait ou ne fait pas, on ne vit plus sa vie, on entre dans la sphère d'une intranquillité pérenne, on est en permanence sur le qui-vive, aux aguets, non pas de ce qui fait avancer la joie au cœur, mais aux aguets de ce qu'on pourrait encore chercher pour s'empoisonner davantage qu'on s'empoisonne la vie. 

Moi, ce qui me rendrait autoritaire, je ne vois pas trop ce que cela pourrait être, dans ma vie privée. Je n'ai rien à imposer à qui que ce soit. Rien. Tu n'es pas moi. Je ne suis pas toi. Tu le sais et je le sais. Moi, ce qui m'ennuie, c'est de continuer à te voir te faire du mal quand tu pourrais, un peu, au moins de temps en temps, essayer de te faire, sinon du bien, du moins, peut-être, un petit peu moins de mal. On dirait que tu aimes ton mal. Tu aimes ta maladie. Tu la chéris. Tu ne veux pas t'en défaire. Tu la berces, tu la dorlotes. 

Et quand on t'asticote un peu trop, tu fais ton "Je rentre dans ma grotte. Je vais très bien. Je suis très bien tout seul.
"Très bien, mon cul !" Si tu étais si bien que cela, tu ne nous en parlerais pas deux heures durant, à être au centre de nos discussions, à chercher toujours à argumenter, contre-argumenter, les bras croisés, fermé, le dos tendu, les épaules raides et le cerveau rigide, arc-bouté à ta rationalité. 

La rationalité, tu vois bien que cela ne marche pas. Si ça marchait, on ne serait pas là, à parler comme ça, et moi, à te paraître autoritaire. Tu n'aimes pas que l'on te tienne tête. Qu'on tienne tête à tes raisonnements foireux dont tu vois bien, tu sais bien qu'ils ne sont que mensonges à toi-même. 

Souricette est autoritaire ? En es-tu bien sûr ?

Et si Souricette était généreuse et voulait t'aider à penser autrement ? Pour ton bien. À sortir de tes schémas de défense. À penser par toi-même, vraiment penser, et non pas à penser à travers chaque nouvelle religion qui passe devant toi et te promet un bonheur auquel tu ne parviens pas. 

Ton malheur est juste d'être un peu trop intelligent, d'accorder trop d'importance à ta tronche.

D'être un orgueilleux de la pensée. 

de croire que tu penses, quand tu ne fais que suivre la secte de ceux qui se croient supérieurs, la sectes des SuperManS et SuperWomanS de l'ère, qui se tuent à se croire supérieur à tout et s'amenuisent de jour en jour, emprisonnés dans une fausse toute-puissance qui les achève, lentement, patiemment, tant qu'ils ne sont pas prêts à lâcher les illusuions qu'on leur a fourré dans le crâne, le plus souvent en toute bonne foi. On n'échappe pas à la société dans laquelle on vit. c'est très difficile d'y échapper; il faut pour cela vraiment prendre le temps de réfléchir. Accepter de se faire aider. Accepter de demander de laide. De dire : je suis tout petit, je suis fragile. Aide-moi ! Je n'y arrive pas tout seul !

Allez, ravale ta morve, ravale ta morgue. Tu vois bien qu'il n'en sortira jamais rien de bien. Jamais rien de bien n'en est jamais sorti.

Et pendant ce temps, ton corps dépérit, ton cœur se durcit, ta queue s'amollit, ton amour s'étiole. 

Elle se morfond de te voir si mal, ne sais plus comment t'aider. Tu ne veux pas être aidé.

Ton refrain, c'est comme le fils d'une amie, devenu chef d'orchestre, et qui, tout petit déjà, disait : "Moi tout seul !". Petit bonhomme ! 

Oui. Mais toi. Toi tout seul, tu vois ce que ça donne ? T'es fier de ce que tu fais ? De ce que tu te fais ? 

Moi, ce n'est pas tant que je sois en colère, comme tu l'as dit. Ce n'est pas une colère. Juste une incompréhension, comme j'ai été dans l'incompréhension, moi aussi, autrefois. Et comme je risque toujours du retomber. Sans le savoir. Sans m'en rendre compte. 

Accepte.

Accepte donc que ton mode de pensée est logique, mais qu'il est vicié. 
Que tu as besoin de l'Autre. 
Besoin des autres. 
Pour aller mieux. 

Ça les ennuie tellement de te voir souffrir tant, héautontimorouménos, bourreau de toi-même.

Arrête de te complaire dans ton romantisme sombre. Essaie un peu, ne serait-ce qu'un peu, d'écouter et surtout d'entendre ce que tes amis essaient de te dire et que tu n'entends pas. 

Écoute, entends ce que Souricette a à te dire. Tu la crois en colère. Elle se sent autoritaire. Pour un peu, elle se prendrait pour une nouvelle convertie qui cherche à te faire entrer dans sa secte à elle, dans son idéologie, sa religion personnelle. 

Elle se le demande. 
Sincèrement. 

Elle se demande si elle n'y va pas trop fort. 

Mais si tes amis, les amis de tes amis, les vrais, ne te disent pas ce qui est susceptible de te faire prendre conscience que tu t'enfermes et que tu t'enferres, qui donc te le dira ?"

Souricette et Souriceau y vont trop fort ?
Ils te paraissent agressifs. 
Ce ne sont pas eux qui t'agressent. 

C'est l'idée que tu pourrais avoir tort qui t’agresse. 
Si fort que tu serais prêt à mordre, à les mordre. 

Tu ne mords que toi-même. Et ton amour, qui dépérit et se soucie de toi, de vous, de votre amour. Sincère. Réel. Tangible. 

Elle s'étiole. Elle patiente. S'impatiente. Et toi, toujours, tu argumentes, tu parles, tu réfléchis.

Laisse-toi aller à écouter. Laisse-toi aller. Laisse-toi. Laisse. Là. Là. Détends-toi. Là. Là. Là..."

Souricette a abandonné la partie. Elle débarrasse. S'affaire. Range. Va, vient, volète, s'en va, revient. Elle ne tient pas en place. Elle s'enfonce dans le silence et l'activité. 

Sans le savoir, elle pense. 

Puis va s'asseoir dans son fauteuil.

La discussion, vive, argumentée, continue, à feu nourri. Souricette n'y prend plus part.

Actions speak louder than words, c'est sa devise, chaplinienne, qu'elle met en œuvre inconsciemment, machinalement, depuis qu'elle a cessé de se prendre la tronche avec la dispute, le plaisir de l'agôn, de la lutte linguistique. 

Ça ne l'amuse plus, d'avoir raison. 

Elle sait qu'elle peut faire mieux. 

Elle est lassée. 

Elle se retire de cette discussion qui ne mène à rien, chacun bien planté sur sa manière de voir. 
Tout est trop ancré. Il faudrait un miracle pour que ça décante, pour que ça évolue enfin. Elle sait que ce miracle arrivera. Que tout à coup, le ton baissera. Que ça se terminera dans la chaleur de l'amitié. 

Alors, elle laisse faire. Sans elle. Elle laisse Souriceau, l'inlassable, l'insatiable continuer à argumenter. Pied à pied. Terre à terre. Elle le laisse batailler. Elle sait que tout le monde l'aime bien, aime bien l'écouter, malgré ses manières parfois bourrues, parfois burtales. Ce n'est pas le genre de gars à te bercer dans l'illusion, ce gars-là. Un Souriceau, un vrai, Le Mauriceau !

Il est d'une patience ! Autoritaire ?, lui aussi ? Comme elle. Ni plus. Ni moins. C'est avec lui qu'elle a appris à lâcher du lest, à tenir le point, le point de l'amour. C'est contre lui qu'elle a appris à abandonner le terrain quand tout semble perdu, inutile, sans raison. 

Elle n'est pas aussi patiente. Peut-être-même, finalement, un peu moins ardente. 

Souriceau bataille. Ils sont deux. Ils se parlent. S'écoutent. Mais ne peuvent se convaincre. Beaucoup de respect, d'amitié. D'intelligence. Mais rien ne peut convaincre l'autre. La situation, en boucle depuis longtemps semble ne plus pouvoir évoluer. 

Puis tout à coup, Souricette te parle depuis son fauteuil où elle s'est installée, en spectatrice, en auditrice, attentive. 

Son ton a changé. Elle parle avec douceur. 
Avec autorité aussi. 
Elle sent que tu l'écoutes. 
Et que tu l'entends. 
Tout le monde s'est tu. 
Devant la clarté de la solution qu'elle a trouvé, en allant et venant, de la cuisine au salon, en cherchant comment se faire entendre, comment faire pour que tu puisses écouter et vraiment entendre. 

Moment magique. Silence des corps intéressés. Illuminés par la simplicité.

Tu lui dis : "Tu peux répéter ?". "Attends, tu peux répéter ce que tu viens de dire là ?" Non, elle ne peut pas.

Elle le dit : "Non, je ne peux pas.

Elle pense "Débrouille-toi", mais ne le dit pas. Elle pense que tu as entendu et que feras tout ce que tu pourras, si jamais la conversation ne reprends pas pas au départ. 

Elle ne veut pas perdre la magie de cet instant. Elle est épuisée. C'est venu sur l'instant. Ce n'est pas préparé. Elle a juste trouvé le chemin pour que tu entendes.

Elle n'est pas autoritaire. 

Elle veut juste t'aider à penser. 
C'est ce qu'elle sait faire de mieux.

Là, maintenant, elle se repose. 
Elle espère. 
Que tout ira mieux. 
Que tu iras mieux. 

Elle hausse la voix, souvent, puis elle la baisse, parfois.

Et quand baisse la voix, passe le message. 

Débordant. 

De.

Bienveillance.

© Simone Rinzler | 15 décembre 2014 - Tous droits réservés 

Série Espèces de P'tits Contes - A L'Université de Tous Les Moisir-s

Et sur l'établi de L'Atelier de L'Espère-Luette

On ne devrait pas, mentir aux petites filles, on ne devrait pas...

On ne devrait pas mentir aux petites filles.
On ne devrait pas.

Tu as menti à tes enfants.
Jolis mensonges,
Pieux mensonges,
Mignons mensonges,
Toujours mensonges.

On ne devrait pas mentir aux petites filles.
On ne devrait pas.

On lui a dit : "Le Père Noël te regarde. Il voit tout ce que tu fais."
Elle a compris : "Où que tu ailles, quoi que tu fasses, tu n'es pas libre. Je te vois et je surveille, je sais tout ce que tu fais."

On lui a dit : "Le Bon Dieu te regarde. Il voit tout ce que tu fais."
Elle a compris : "Où que tu ailles, quoi que tu fasses, tu n'es pas libre. Je te vois et je te surveille, je sais tout ce que tu fais."

On lui a dit : "Ta maman qui t'aime, elle te regarde, te voit grandit grandir. Quand tu seras grande et que je serai vieille, tu t'occuperas de moi, dis-moi ? Hein ?, dis-moi ?, tu t'occuperas de moi ?, hein ?dis-moi ?"

Lâche-moi, Maman, avec tes mensonges, lâche-moi. 

Tu ne m'as pas faite pour que je m'occupe de toi. 
Tu m'as faite parce que tu as eu envie de baiser avec Papa.
Pas pour que j'apaise tes frayeurs de gamine traumatisée de guerre.

T'es trop lourde, Maman, je ne peux pas te porter. 
Non, je ne suis pas faible.
Je suis forte.
J'ai la force de t'éviter d'alourdir mon fardeau.
J'ai la force de me soigner.
J'ai la force que tu n'as pas eue.

Ne m'en veux pas, Maman, tu ne me vois pas.
Tu ne me vois pas souvent.
Je ne supporte pas ton regard.
Il m'empêche de vivre. Il m'empêche d'être.

Même encore maintenant.
Que je deviens, comme toi, une vieille dame.

Je n'ai pas supporté tes mensonges.
Je ne supporte pas.
Je ne porte pas.
Le monde.
Avec.
Ta croix.

Je vis, 
Je vis. 
Le plus loin de ton regard.

Ton regard me crève.
Ta surveillance me crève.
Je t'ai ôtée de ma tête.
Tu n'y es plus à chaque instant.

J'ai pris ma liberté il y a bien longtemps.

Sauf à Noël,
A chaque Noël.
Crevure de Noël.
Quand tu veux qu'on.
Quand tu veux, con.
Fasse semblant.
D'être une belle.
Famille unie.
Tous bien unis.

On ne devrait pas mentir aux petites filles.
On ne devrait pas.

On lui a dit : "N'accepte pas de bonbons d'inconnus. Aime ta famille. 
Elle a compris : "Si ton Tonton te montre ses bonbons, n'en dis rien a ta famille, et puis, de toutes façon, Le Petit Jésus le voit, avec son Petit Jésus à la main. Il le punira. Ne t'en occupe pas. Ne dis rien. Ça reste dans la famille. Ne dis rien. Pas même à ta Maman. Elle l'aime tant, son Petit Frère."

On lui a dit : "Ne sors pas. Ne joue pas avec les gosses des rues. Le danger est dehors."
Elle a compris : "Si ta Tantine est internée, ce n'est pas de sa faute, tu es grande maintenant. Tu es grande maintenant. Tu es grande maintenant. Tu es grande maintenant. Tu. Es. Grande. Maintenant."

On lui a dit : "Sois sage, sois une brave fille."
Elle a compris : "Si tu désobéis, tu seras maudite, privée de paradis, Maman ne t'aimera plus, laisse-toi faire, laisse faire, allez, vas-y crève, crève, la Gentille, crève. Vite fait. Bien fait.

On ne devrait pas mentir aux petites filles.
On ne devrait pas.

© Simone Rinzler | 15 décembre 2014 - Tous droits réservés 



samedi 13 décembre 2014

Fini de rire... Fin du plaisir ?

Fini de rire. L'Espère-Luette s'est envolée. Elle n'écrit plus sur son blog. Mais que lui arrive-t-il donc ?

Fini de rire. De s'amuser. Le devoir s'impose sans y avoir été convié. Fille de devoir, L'Espère-Luette ?

Fille de joie. Fille de rire. Se pourrit la joie. La joie d'écrire. La joie de rire. 

Y aurait-il un fautif, quelqu'un quelque part, qui serait à l'origine de sa perte de joie ? 
Personne, vraiment.

- En es-tu sûre ? Sûre et certaine ? 
- Sûre et certaine.

- Tu en es bien sûre ? Et ce directeur de revue qui a fait ton bonheur il y a deux jours, tu l'as déjà oublié ?
- Non, je ne l'ai pas oublié. Il m'a demandé. Il m'a proposé. Il m'a incitée

- À quoi ? À quoi ?

- À publier, c'te blague ! Tu ne crois tout d'même pas que j'fais tout c'la pour n'pas me faire remarquer, tout d'même ?

- Ben, alors, t'es contente ?

- Ben, oui, bien sûr, que j'suis contente. Mais tu vois, là, il est huit du mat', j'suis réveillée depuis cinq ou six heures du mat', j'ai mal dormi. Je n'ai pas cessé de m'réveiler, y'a quelque chose qui m'turlupine...

- Et tu crois que ça aurait à voir avec le garçon ?

- Oui et non. Tu connais ma peur panique de publier en mon nom. Ce n'est pourtant pas faute d'écrire ! Ça fait plus de vingt ans que j'écris. Même des bouquins entiers. Et que je ne publie pas. Que quelque chose me bloque, m'empêche de publier en mon nom. Oh ! J'ai bien publié en mon nom. Des tonnes d'articles pour ma recherche. Des trucs de plus en plus chiadés. Et même un gros bouquin sérieux de philosophie politique et stylistique sur la parole manifestaire dans le monde anglophone au XXe siècle. 
Mais au moment de me décider à publier. Rien. Le trou. La panique. L'horreur. La trouille invalidante. La trouille impuissante. Une trouille phénoménale. Là, je ne me sens plus géniale. Ça me rabaisse les ardeurs hubristiques, j'ai le narcissisme en berne, morne, débandé. Finie la fille débridée. Ça doit être pour cela que je me suis intéressée à ceux qui avaient le courage de sortir de l'ombre du silence pour laisser filer leur parole de revendication. Pour les autres. Parce que je suis incapable de revendiquer pour moi.

- Toi ? Incapable de revendiquer pour toi ! Non, mais tu veux rire, ma pauv'fille ! T'es toujours là, à la ramener, à nous faire chier avec ce que tu veux écrire, ce que tu es en train d'écrire, et au moment de te faire publier, pour une fois qu'on vient de chercher, tu r'nâcles, tu r'naudes, tu fais ta finaude, tu finasses, tu fais ta pétasse. Non, mais, t'as vraiment un truc qui tourne pas rond dans ta p'tite tête, ma pauv'fille ! Tu fais une thèse sur le passif anglais, tu en déduis qu'"il y a de l'actif dans le passif", que passiver, c'est ne pas se mettre en avant, mais qu'à la première personne, c'est un moyen de timide pour se remettre sur le devant de la scène, comme dans I like to be asked, I want to be loved et même I want to be loved by you, just you, nobody else but you, et voilà que là, on te demande et que tu freak out, que t'as envie de te casser sans demander ton reste ! J'vais t'dire un truc. Tout ça, c'est des trucs qu'on t'a mis dans la tête. Tu sais bien que tu le sais bien. Eh bien, pour une fois, agis comme un homme, toi qui t'es toujours enorgueillie de faire comme un homme. Fais pas ta gourdasse et envoie ! Allez ! Envoie-leur le bois !

Mais, tu n'as vraiment rien compris, toi ! Bien sûr, que j'vais envoyer le bois, la purée, la sauce. Et qu'ça va faire mal. Je l'sais bien que c'type a du flair. Ce n'est pas d'mon talent que j'doute. Tu verras quand le texte que j'ai écrit sera publié. Noooon... Pas çui-ci ! Ça, c'est juste pour me calmer les nerfs, et pendant c'temps-là, j'm'entraîne à faire des dialogues romancés, ce que je n'avais pas encore vraiment fait. Tu sais ce que ça me rappelle ? Tu sais vraiment ? La fois où j'ai eu la pire, enfin, la meilleure trouille de ma vie. Une trouille surmontée. Quand j'ai rencontré Mon Prince Qui, etc. Et qu'il a voulu que je vienne habiter chez lui. Vouloir quelqu'un à ce point, ça m'avait foutu la trouille. Mais une trouille ! Dingue ! J'ai failli filer. C'était il y plus de trente ans. Tu sais que j'ai toujours fait en sorte de surmonter mes peurs. À tel point qu'on dirait que ma vie, ce n'est qu'une succession de surmontages de trouilles en série. Là, j'étais peinard, en r'traite, en attente de rien, enfin au calme, je dormais bien, je baisais bien, je riais bien, j'souriais bien. Et paf ! Ce type me propose de publier un truc dans sa r'vue en ligne, un truc hyperconfidentiel que personne ne lira jamais, je le sais bien, et v'là qu'je m'fais ma mijaurée, ma timide, mon infantile, que, d'puis cette nuit, j'en dors plus. Je reconnais bien les symptômes, va : j'avais les mêmes quand je faisais de la recherche. Oui, et je sais ce que tu vas m'dire ! Que j'ai surmonté. Ouais. J'ai surmonté. Avec brio, même. Enfin... Pas au début, il m'a fallu le temps de m'habituer. De peaufiner mon savoir-faire, mais là, j'ai quand même cette expérience-là derrière moi. C'est pas un p'tit burnout de rien du tout, tout juste quelques années d'horreur entre avant et après, qui va m'faire oublier tout ça. Alors, publier, oui, bien sûr, je vais le faire. Mais il m'en coûte. Il m'en coûte.
...
Bon, allez, je ne réfléchis plus, et je poste sur mon blog. C'est à ça qu'il me sert. À surmonter ma trouille d'être publiée tout en satisfaisant mon désir d'être publiée pour être lue.
Et reconnue. 
Mais ça... C'est encore une autre histoire. C'est même un demi-chapitre de mon bouquin impublié sur la parole manifestaire. Mémoire et promesse, reconnaissance et parole inaudible sont au coeur de la parole de revendication. Ça t'en bouche un coin, hein ?, que j'puisse en parler si facilement qu'ça et que je ne puisse pas le réécrire pour le publier, c'truc-là. Oui, comme si je n'arrivais toujours pas à me prendre au sérieux. Comme si cela m'était interdit. À moins que ce ne soit encore la fatigue subséquente au burnout ? Tu sais, ce truc, ça te déglingue bien son bonhomme, même qu'il est une femme, euh c't'homme.

- Euh, dis donc... Tu vas tout d'même pas lui infliger l'autofiction de ta trouille à deux balles, quand même ?

- Ben, non. Non, mais, pour qui tu m'prends ? Bon, allez, la crise est passée. J'vais r'tourner m'coucher sans réveiller Mon Prince Qui, etc., et qui sait ? Peut-être que la joie reviendra. Rien d'tel qu'un bon coup d'pine dans l'cul pour t'remett'e les idées en place ! La névrose, ça va bien à p'tites doses, mais, comme ils disent, faut savoir consommer avec modération. Sinon, ça use trop les neurones, et moi, là, ben, j'en ai b'soin, de tous les miens. Faut qu'j'me remue la méninge. J'ai des choix de textes à faire dans la semaine, moi !

- Sacrée Solange, va !

© Simone Rinzler | 13 décembre 2014 - Tous droits réservés 

Allez ! 
Envoi ! 
Il sera bien temps de corriger plus tard. Faut pas bloquer l'impulsion. Ça ronge l'estomac, ruine les artères et bloque la joie.
Clic !

vendredi 12 décembre 2014

"Le Dernier Gardien d'Ellis Island" de Gaëlle Josse

"Le Dernier Gardien d'Ellis Island" de Gaëlle Josse : un livre à découvrir 

J'ai une attirance particulière pour Ellis Island, cette île où les immigrants arrivaient dans le Nouveau Monde, fuyant la pauvreté et la peur.

Je l'ai souvent retrouvée en littérature. Avec Georges Perec, bien sûr. Et puis, dans de nombreux documentaires, le plus souvent sur Arte ou sur la 3.

Je l'ai visitée aussi, le coeur serré par un chagrin indicible. 

Mes grands-parents paternels n'avaient pu faire le chemin jusque là. Le numerus clausus avait frappé. On n'accueillait plus les étrangers, question de quotas. 

[On se réfèrera au très drôle "Fuck America" d'Edgar Hilsenrath pour comprendre la difficulté à obtenir l'autorisation d'aller émigrer aux États-Unis.]

Alors, ma famille paternelle s'est installée en France, mon père a rencontré ma mère quelques années après la guerre, et je suis née. 

Ni de là-bas, ni vraiment complètement d'ici, j'ai par la suite fait des études d'anglais. Je gardais un attachement pour cette île rêvée que mes grands-parents, mon père et sa sœur n'ont jamais pu atteindre. S'ils l'avaient pu, je ne serais pas là, avec cet attachement ineffable, sans raison apparente.

Mais il n'est pas besoin de raison pour expliquer un attachement à ce qui n'a pas été.
Je suis irrémédiablement attachée à Ellis Island.

Il y a quelques temps, j'ai vu que paraissait le dernier livre de Gaëlle Josse, auteur que je ne connaissais pas, et tout de suite, mon intérêt a été éveillé par le résumé du livre. 

Alors que le centre d'accueil d'Ellis Island doit fermer ses portes, celui qui en fut le dernier gardien, écrit les mémoires de sa vie là-bas, sa vie avec sa première femme, décédée, son histoire avec une immigrante dont le petit frère, simplet et malade, ne peut débarquer à Manhattan.

Le hasard de l'ordre des lectures a fait le reste. Je venais de voir le film "The Immigrant" de James Gray, avec Marion Cotillard dans le rôle principal.

Les scènes du roman dans le livre de Gaëlle Josse font écho au film qui m'a servi de toile de fond. Les histoires, bien que différentes, disent toutes les deux la même détresse, le même attachement à la sœur ou au frère malade.

Cependant, dans "Le Dernier Gardien d'Ellis Island", tout se passe sur l'île. L'atmosphère d'étouffement et de peur est bien rendue. L'histoire du gardien force à une belle réflexion sur le rôle des gardiens d'état et mènent le lecteur à penser à ce que la notion de "devoir accompli" pour le compte d'un État peut avoir de déshumanisant.

Je conseille aux lecteurs de ne pas lire le résumé de la quatrième page de couverture ou certaines critiques que j'avais lues ailleurs sur le web.

La découverte de ce beau roman mérite une approche tout en douceur.

Je n'ai pas pu lire d'autre livre pendant quelques jours après la lecture de celui-ci, preuve que bien après la lecture, il résonnait encore en moi.

Une belle lecture, facile, agréable, dans un style limpide qui, de mon point de vue, convient tout autant aux grands lecteurs qu'à ceux qui lisent peu, ce qui, pour moi, est une grande qualité littéraire.

Le Petit CrayOnneur D'AmOur de JOH'

Le Petit CrayOnneur D'AmOur © JOH' 

Mille mercis, ❤️ JOH' !
Le Petit CrayOnneur D'AmOur avec sOn petit baluchOn d'expériences dans sOn dOs et sOn Grand cOeur en  bandOulière vient tOut juste d'arriver sur mOn établi, À L'Atelier de L'Espère-Luette.
Il est magnifique !
Et cOmme IL est beaucOup plus grand grand que je ne l'imaginais, c'est vraiment super !
On ne verra que Lui !

BravO !!!!

❤️Je suis si heureuse de m'être chOisi ce cadeau pour mOn départ en retraite artistique ❤️
Encore mille mercis !
Affectueusement,
SimOne

Et, bien sûr, merci aux collègues pour ce magnifique cadeau.
La carte sera utilisée pour faire des courses.
Grâce à vous, j'ai pu passer ma première commande d'art à un artiste dont j'apprécie l'œuvre. 
Surprise de la statue effectuée à partir de quelques indications...

Un grand bonheur !

© JOH'