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dimanche 26 octobre 2014

Docteur, Docteur ! Aidez-moi ! Je vais exploser...

Madame Lepetit ?
- Bonjour Docteur.
- Bonjour. 

Serrage de pognes. Rapide. Efficace. Entre deux portes pendant qu'il s'efface, la laisse passer devant lui. Elle se faufile, prestement. Ne pas perdre de temps. Elle a beaucoup à dire aujourd'hui. Elle commence directement. Parle avant même d'être assise. Parle en s'asseyant. Pose son sac et dépose son pull, sans cesser de parler. Ne cessera pas de parler. Flot de paroles continu. Il ne l'interrompra pas. Pas avant longtemps. Elle parle. Elle parle. Au bout d'un moment, elle prend conscience qu'il vient de se mettre à prendre des notes. C'est rare. Le signe qu'elle ne va pas. Ou le signe que quelque chose se passe. Elle ne sait pas. Sa prise de notes la perturbe dans son flot de paroles. Elle se lâchait. Ne se lâche plus. Se met à contrôler ce qu'elle dit. Elle veut influer sur ce qui lui semble être un mauvais signe. Il va encore lui faire la leçon. Encore que... On ne peut pas dire, à proprement parler, qu'il lui fasse jamais la leçon. Mais elle ne supporte pas. Elle veut rattraper le coup. Elle a perdu le contrôle. 
Prise entre sa demande à l'aide et son image sociale de femme à qui on ne la fait pas, elle hésite mentalement. Continuer le flot de la purge par la parole, rapide, ininterrompue, incessante. Ou réfréner le flux de langage, profiter de l'accalmie que vient de lui procurer la première salve de l'éructation langagière  dont elle sent qu'elle ne veut pas l'achever, dont elle n'a pas envie qu'elle soit finie, terminée, abolie. Elle voudrait se vider. Elle écume, éructe, en éruption de mots attachés en chaîne ininterrompue. Dégueuler sa colère. Là. Chez lui. Dans son bureau. Son cabinet. Chiottes à paroles qui manquent à l'être. 

© Simone Rinzler | Archives non datées - Tous droits réservés 

Souricette ne veut pas faire sa valise

Souricette est de mauvaise humeur. 

Ce matin, Mauriceau le Souriceau, lui a rappelé qu'ils partaient en voyage cette nuit.

"Faudra penser à faire ta valise, Mauricette...", lui a-t-il dit.

"...Moi, j'veux dormir ce soir. Tu vas pas encore m'empêcher de dormir. J'te rappelle qu'il faut être a l'aéroport à trois heures du matin."

Ça y est.

Ça commence.

De bon matin.

Elle le savait.

Elle en était sûre.

Elle savait que ça commencerait comme ça.

En un rien de temps, Souricette est en colère. 

Elle sent la colère monter.

Monter.

MONTER...

EN-EN-FL-FL-FLLLLLER...

EN-EN-EN-EN-FL-FL-FLLLLLEEEEER...

ELLE SENT QU'ELLE VA ÉCLATER !

chhhhhhhChCHCHCHSHSHSHSHSHSHSCHSCHSCHPPPAFFFFFFFFFF !

"Non ! Non ! Non !

Je ne veux pas faire ma valise d'abord !

Je veux encore m'amuser.

J'ai encore envie d'glander !

Non, mais, qui t'es, toi, pour m'donner des ordres, toi !

Tes désirs sont des ordres, tes désirs me font désordre, et tes ires me font mordre !

Non, mais quoi, c'est vrai, quoi, merde !", songe tout doucement Mauricette en sirotant son café refroidissant, comme elle l'aime tant.

Mais pour être Souricette, Mauricette n'est pas aussi bête. 

Elle prend son temps.

Tourne sept fois sa cuillère dans sa tasse et repense à la douce langue veloutée de Mauriceau. 

Si elle l'ouvre encore, elle va gâcher les vacances de Souricette et de Souriceau.

Ils vont encore s'engueuler, et ils seront tristes et déçus tous les deux.

Alors, pleine de sagesse, Souricette remballe.

Remballe sa colère.

Remballe sa langue de vipère.

La garde pour, non, peut-être pas ce soir. Mauriceau aura trop peur de ne pas assez dormir et elle ne sera pas assez détendue pour le lécher, le suçoter, le lichouiller, le faire bander et elle sera encore prête pour un épisode de "Souriceau a du mou dans l'pipeau".

Alors, elle garde sa langue. Reprend une gorginette de café avant qu'il ne soit plus buvable. Le café. Et Mauriceau. 

Elle le regarde et lui dit :

"Ah ! Je savais bien que ce serait ta première parole du matin !

Mais oui, je vais la faire, ma valise. Ne t'inquiète pas."

Elle a le sourire. 

Elle se sent devenir douce, toute douce.

Elle lui dit, malicieuse :

"On pourra peut-être tirer un p'tit coup, avant d'finir la valise ?"

"On verra !", répond-il, le sourire aux lèvres et l'œil alléché.

("Si ! Si, je vous assure, un œil, ça s'allèche, vous n'avez qu'à essayer. Vous verrez !", ajouta fissa Narratrix Sourissa)

Mauricette se douta bien que ce ne serait jamais le moment. Ni pour lui, ni même pour elle.

Alors, comme elle ne voulait toujours pas faire sa valise d'abord, elle commença à s'y mettre, très vite.

Puis ralentit.
Prépara le déjeuner. 
Déjeuna. 
Regarda la télévision pendant le repas. 
Avec Mauriceau.
Répondit à un SMS, alla jouer un peu sur FB. 
Reprit sa valise. 
Changea son sac à main de tous les jours pour son sac de vacances, vida ses papiers, en profita pour faire du tri, régler quelques affaires courantes.

Encore quelques SMS, de temps à autre. 

Laissa filer le temps. 

Eut peur de l'avoir trop laissé filer. 
Regarda l'heure. 
Il n'était que quatre heures. 
C'était super, ce changement d'heure. 
Elle qui croyait avoir gagné une heure de baise avec Souriceau la veille, elle avait aussi gagné une heure de plus pour faire sa valise.

Sans se presser.


Sans s'angoisser.

Tu veux dire qu'elle avait appris à parler ?

Au lieu de gueuler ?

Peut-être bien que "Oui".

Mais elle savait surtout qu'il fallait qu'elle fasse toujours attention.
Elle avait tant été sous pression.
Elle savait bien que Mauriceau n'y était pour rien.

© Simone Rinzler | 26 octobre 2014 - Tous droits réservés 

Série Espèces de P'tits Contes - A L'Université de Tous Les Moisir-s


dimanche 19 octobre 2014

You can...

You can. Can do it. Just do it. Jest do it. Jest. Do it. But you won't.

You can. Undo it. Just undo it. Undo what. Undo that. Undo this. Undo what. Ever, you don't.

You can. Can catch me. If you can. But you can't. You can catch 'em, can catch him, can catch 'erm, can Catch Jim, can catch her, can't. You can. In Kazak. In Cossack. In Cusak. In purfrock. Can't.

You can. Understand. What. I mean. Lucky you, if you can. You should know, you should know. That  you can't. Can't do this. Can't do that. If you could, yes, you would. B'd U Kan't.

You can. You can it. You can can it. Can it, Ethel. Can it, Esther. Can it Edith. Call it Nathan.  Can it Nathan. Nathan, Hatier and the like. But they're there. Yep, all there. Yeah'r. Yeah'r in. Yeah'r out.

You can do. Something you dont. Unnerstand. You dont know. You dunno. No. You won't. You won't know. BaddeyWill.

© Simone Rinzler | 19 octobre 2014 - All rights reserved





samedi 18 octobre 2014

Philosophie stylistique : "Sozaboy - A Novel in Rotten English" de Ken Saro-Wiwa (en français)

Quand L'Espère-Luette était encore dans l'enfance de l'art, elle écrivait, sous le nom de Simone Rinzler,
de la philosophie stylistique, notamment sur des livres écrits intégralement en anglais non-standard.

Non, le style n'est pas l'homme, comme on le répète souvent. Le style est l’histoire. Le style est politique.

Voici un premier article en ligne sur le racisme langagier.

Et pour ceux que la théorie rebute...
...ou qui préfèrent se faire leur avis eux-mêmes, voici les références du livre étudié :

"Sozaboy - A Novel in Rotten English" est un excellent livre livre à découvrir, en anglais, 

ou l'excellente traduction française chez Babel :

 "Sozaboy (Pétit Minitaire) - Roman écrit en "anglais pourri", traduit par Samuel Millogo et Amadou Bissiri.

"Candide au Nigéria", "Fabrice à Dukana", ce livre est l'histoire d'un enfant-soldat, perdu dans la guerre au Nigéria. 

Ken Saro-Wiwa fut un inlassable militant qui a manqué de peu le Prix Nobel de littérature. 

Il a été exécuté (voir article pour tous les détails).


NB : "Sozaboy" est une corruption de "soldier boy" et "Pétit Minitaire" de "petit militaire" ou "enfant-soldat.
Belles lectures à tous !

L'Espère-Luette, aka Simone Rinzler

jeudi 16 octobre 2014

Ren-dez-moi mon a-mant ! (Manif Reunion parents-profs)

[Bruits de foule, grandissant]

Ren-dez-moi mon ami !

                                                                      Ren-dez-moi mon a-mant !
A-vant ! A-vant !

                         Ren-dez-moi mon ma-ri !

Ren-dez-moi mon a-mant



                                        A-vant ! A-vant !
                                Qu'on vous en foute plein les dents !

               Ren-dez-moi mon ami !

                                          Ren-dez-moi mon a-mant !

                             A-vant ! A-vant !   

                                                             Ren-dez-moi mon ma-ri !

Ren-dez-moi mon a-mant !

[Brouhaha]
                                        A-vant ! A-vant !
                                Qu'on vous en FOUTE plein les DENTS !
[Vacarme, bruits métalliques, bruits sourds, pneus qui crissent, cris, voix étouffées, hurlement, sirènes, tout presque en même temps, l'un après l'autre? très rapidement comme une entrée symphonIque, jusqu'à une pâte sonore fortissimo]

Femme de prof !
                          En colère !

                  Rendez-nous nos maris ! 

                     Rendez-nous amants !

                                         Pa-rents d'élèves soli-daires !


[Bon, là, faut qu'i'rentre, hein ?]

NB : Euh ! C'est de la fiction, hein ? Pas la peine d'insulter l'auteur !

© Simone Rinzler | 16 octobre 2014 - Tous droits réservés 




Ta, t'as, tas, Tata and more...

Ta vie est vide. 

T'as pas d'amis,

T'as pas d'famille,

T'as même p'us d'ennemi pour te faire hièch ?

Fais comme moi !

Poste une pub pour un éditeur, ses collaborateurs et un auteur. 

Ça t'f'ras au moins trois likes dans ta soirée. 


Tas de ris*,

T'as deux rats,

T'as deux rats, tant t'es Tata "t'as deux ris",

T'as de rats,


Dégoût.


En tas.



* Ris : Rire(s) orth. anc. 


© Simone Rinzler | 15 octobre 2014 - Tous droits réservés 



Tu veux que...

Tu veux que ça aille vite et tu vas lentement, tu prends ton temps, tu fais des fioritures, tu prends des libertés, tu t'ecartes du but, tu batifoles et tu papillonnes, tu arrêtes le temps.

Tu veux que ça dure, que ça reste, que ça perdure, que ça macère, que ça filtre, que ça s'infiltre, que ça se prolonge et tu fonces d'un coup. Kschlack !

Tu veux que ça raconte, une histoire et comme tu n'as pas trouvé, d'histoire à raconter, que les histoires t'emmerdent, que tu t'ennuies ,au cinéma, tant les scénarios te semblent plats, si tu compares à ta vie. Tu repenses à "Short Cut" dont tu as trouvé le scénar' un peu faible en pleine crise familiale aiguë. Que tu ne sais pas, ne veux pas raconter d'histoire, ne pas faire d'histoires, ne pas remuer la boue, trifouiller la gadoue, te rouler dans l'égout, Rzanng !, tu désarticules tout.

Tu veux que ça. Ne raconte pas d'histoire, que ça se promène, que ça déambule, que ça se balance et se balade, que ça nous emmène, que ça nous prenne, oui, par la main, que cela traîne, des pieds et des mains. Tu nous entraînes, tu prends le train, tu fais l'école, la buissonnière, tu nous promènes, sur ton chemin, tu ne racontes rien. Tu le fais si bien.

Tu veux qu'on t'aime. Oui, mais pas trop, tu veux qu'on t'aime, pas qu'on t'étouffe. Tu veux qu'on veuille, ce que tu veux. Tu veux qu'on veuille ce que tu veux. Tu veux qu'on te comprenne, oui, mais pas trop. Tu veux être transparente et toute-présente. Tu veux te méfier de la toute-puissance. Tu te repaîs. De ta toute-impuissance.

Tu veux que je, tu veux que tu, tu veux qu'on, mais quoi ?, à la fin !, tu veux que hmm, tu veux que Ça te laisse écrire "Tu veux qu'on te... Haïsse", mais tu ne peux. Aïe ! Hisse ! Mais tu ne peux. T'y résigner. Tu es en manque. Tu es en attente. De réparation. D'un mal ancien. Si tant aimée. Si mal aimée. Si trop souvent. Que ç'en est lassant. Même si c'était. Y a si longtemps.

Tu veux chanter, tu veux composer, ta petite mélodie, ta mélopée, ton odyssée. Tu veux qu'on chante, même sous la pluie. Oui, sous la pluie. Ce n'est pas si fréquent de chanter sous la pluie. Ce n'est pas si tentant de chanter sous la pluie. C'est pourtant si bon. 

Tu veux ne plus chanter sous la direction de, sous l'emprise de, sous. Tu ne veux plus. Être en-dessous. Tu es dessus. Tu chantes ta vie. Ton drôle de chant. Ton chant de l'envolée. Lyrique.

Tu veux manger. Ce serait l'heure, depuis deux heures. Tu veux manger, mais tu ne peux. Tu dois écrire. Ne pas faillir. Ne pas mollir. Tu joueras après. Tu mangeras après. L'appétit, l'appétit, est bien revenu.

Tu veux ne pas, pas tant manger. Ne pas te gaver, ne pas faire du remplissage. Alors tu t'occupes. Tu te remplis. Du vide des mots, tu fais le plein. Le plein de sens. Ton ventre se. Désarrondit.

Tu veux que je, tu veux que tu, tu veux que hmmm, tu veux que Ça te dise, non, tu veux que ça te taise, ton envie, encore, d'enfanter, dans le vide, de la nuit, diurne. Tu veux dire que. Que tu es grosse. Grosse d'une œuvre. Tu es enceinte. D'une œuvre nouvelle, différente de l'ancienne qui ne t'intéresse plus autant. Un œuvre grosse. Plus grosse que toi. Nous y voilà. Tu y es. Débrouille-toi seule. Avec ça. Je m'en débarbouille. Les mains. À la pierre ponce. Pilate ?

Tu veux ne plus. Vouloir souffrir.

Et pourtant, tu

Tu as repris 

Le chemin.

Le chemin de torture.

Quel délice.

Le chemin d'écriture.

© Simone Rinzler | 16 octobre 2014 - Tous droits réservés

mercredi 15 octobre 2014

Tu sais que...

Tu sais que tu es arrivé(e) au terme d'un processus quand ce qui te plaisait ou te faisait du bien ne te plaît plus ou ne te fait plus de bien.

Tu sais que tu n'aimes pas les expressions du type "au terme d'un processus" quand tu te regardes les écrire et que tu t'en veux d'avoir succombé aux clichés de ton époque.

Tu sais que tu hésites encore à sauter le pas, selon le cliché bien connu, et tu sais que les clichés représentent l'idéologie prégnante de la doxa, d'autant plus invisible qu'elle est partout là.

Tu sais que tu t'es mis(e) dans un double-bind, une injonction contradictoire que tu t'es créée et qu'il te faudra en sortir par le haut, qu'il te faudra te tirer toi-même hors de l'eau en te tirant par les cheveux, comme ce brave Baron de Münchhausen.

Tu sais que ce que tu as fait pour te guérir n'a fait qu'alléger ta souffrance et te permet de reprendre le chemin.

Tu sais qu'après avoir modifié ton chemin, plus jamais tu n'auras envie de prendre le chemin d'avant et bientôt probablement ce déjà ancien chemin qui ne te convient plus.

Tu sais que certains remèdes ne doivent pas être poursuivis jusqu'à mort d'homme ou de femme.

Tu sais que tu as vaincu ton angoisse de l'influence depuis bien longtemps, ta peur de publier en ton nom et que tu fais régulierment tes gammes stylistiques dans des genres très variés, jusqu'à présent encore trop peu essayés.

Tu sais que tu as du talent et que tu dois cesser de le gâcher.

Tu sais que la vie est courte et qu'il faut vite en profiter.

Tu sais que tu dois prendre des décisions et que tu en as déjà pris une. Tu sais que tu ne reproduis jamais les erreurs du passé et que tu sauras bien en inventer d'autres.

Tu sais aussi ce que tu aimes et ce que tu n'aimes pas, ce qui te réjouit et ce qui t'agace, même si tu te sais peu colérique.

Tu sais que l'on va encore, que l'on a déjà, abusé de ta gentillesse et de ton ouverture d'esprit.

Tu sais que cette erreur, tu la refais toujours et qu'il te faut être forte pour ne pas y retomber trop souvent ou trop longtemps.

Tu sais que tu préfères passer pour une idiote plutôt que pour une salope et tu sais que ce n'est pas une raison pour se faire marcher sur les pieds.

Tu sais que tu n'es pas idiote et qu'il y a de nouveau des choses qui commencent à te gaver.

Tu sais qu'il est bientôt temps de changer quelque chose car tu sais qu'un trop fameux "processus" est engagé.

Tu sais que ce "processus engagé" se présente sous la forme d'un "pronostic engagé" et qu'il faut donc que ça cesse.

Tu sais que deux, trois amis, connaissances récentes ou moins, ne pourront pas se passer de commenter et que tu fera semblant de ne pas les lire pendant quelques temps encore.

Tu sais que tu ne peux pas demander de ne pas commenter et en même temps prôner qu'il est indispensable que la parole se prenne en toute liberté.

Tu sais que la parole de l'autre met un terme à ta réflexion et à ton travail d'écriture.

Tu sais que la parole de l'autre est l'engrais de ta réflexion et de ton travail d'écriture.

Tu sais combien il est dur de vivre en société.

Tu sais combien il est pire de vivre hors société.

Tu sais que tu es à satiété et que cela ne va plus s'arrêter.

Tu sais que tu es comblée et que, quoiqu'il arrive, tu es déjà écrivain.

Tu sais ce que tu veux refuser ou accepter indépendamment du sentiment immédiat.

Tu sais que le sentiment d'être flatté(e) est un poison pour continuer ce que tu veux faire.

Tu sais que tu peux remercier et continuer de ton côté.

Tu sais que tu es pleine de gratitude et que cela ne peut te rendre ni servile, ni asservie, ni complice, ni rien.

Tu sais que tu n'es plus à ta place et te sens déjà à l'étroit ici et là.

Tu sais que tu es à ta place et te sens à l'aise çà et là.

Tu sais qu'il est temps de te commander un costume assez grand pour toi. 

Tu sais qu'il te faut prendre ton fil et tes aiguilles, tes épingles et te confectionner toi-même ton vêtement sur mesure.

Tu sais qu'une fois proprement, savamment, habilement vêtu(e), tu auras le choix de te dévêtir comme tu veux, quand tu veux et avec ou sans qui tu veux et qu'il te restera toujours le choix de ne pas faire de choix chaque fois que cela sera encore nécessaire.

Tu sais que tu sais faire de bons choix et qu'il n'y a aucune raison pour que cela cesse.

Tu sais que tu te dévoiles et qu'en même temps tu te cèles.

Tu sais que le dévoilement est une façon de taire ce qui ne peut se dire, ni s'écrire.

Tu sais que ce qui ne peut se dire, ne peut s'écrire, se pare d'un voile de clichés et finit en pleine lumière.

Tu sais que le malentendu, dit-on, est un cas particulier du malentendu.

Tu sais, surtout, que la compréhension est un cas particulier du malentendu.

Tu sais que ce que tu dis ou écris ne sera ni compris, ni entendu comme tu l'entends.

Tu sais que tu l'écris et que cela sera mal compris, trop vie compris, rien compris.

Tu sais que je sais que tu sais qu'on se perd en ne faisant rien de bien.

Tu sais que tu l'écris et que tu vas rajouter "quand même" alors même que ce n'était pas nécessaire et qu'il n'aurait surtout pas fallu le faire et que tu le fais quand même.

Tu sais combien tu peux t'obstiner et, malgré la grande gratitude, ne rien devoir, jamais, à personne.

Tu sais ce que tu fais quand tu ne sais pas ce que tu fais.

Tu sais que tu sais et tu sais que tu ne sais rien.

Tu...

... Rien.

Tu écris.

Bien.

© Simone Rinzler | 15 octobre 2014 - Tous droits réservés 




mardi 14 octobre 2014

Travailler de ses mains...

À propos de "Travailler de ses mains" :

Lors de notre voyage en Norvège, notre guide, une femme, nous a expliqué que dans son austère pays protestant, autrefois, il fallait que les femmes aient toujours les mains occupées...

Ceci entre en résonance avec le développement ci-dessous, issu d'une conversation FB.

Rappel du sujet de la discussion FB : Travailler de ses mains, "pour ne pas travailler du chapeau ?", m'avait-on demandé en substance. Voici quelle a été ma réponse :

Au début, c'était contraint.
On élevait les petites filles de la toute petite petite bourgeoisie montante (ou qui voulait remonter des décombres de la guerre) à être de parfaites petites femmes accomplies. 
Là, j'ai été sacrément en échec à l'école et au lycée ! 
J'ai tout fait : tricot, crochet, broderie, napperons. J'étais loin d'être franchement mauvaise. Mais j'étais féministe sans le savoir. 
Il y a quelques années, je me suis rendue compte que sous mes airs sages et sérieux, je ne m'étais jamais remise du scandale d'être née femme. 

Je ne supportais pas qu'on ne nous fasse pas faire ce que faisaient les garçons en travaux manuel : sculpture sur bois, reliures de livres. Comme j'ai enragé avec ces cours de couture au lycée ! On devait faire intégralement une robe de petite fille de deux ans pendant que les garçons apprenaient la reliure. 

Mais je n'ai jamais été un garçon manqué. Pas assez courageuse physiquement et certainement trop frêle et timorée à l'époque. Depuis, j'ai appris à rouler des mécaniques pour prendre la place qui m'est due. 
La génération de ma mère avait ouvert la voie. Je me suis beaucoup refusée à être un prototype de fille ou de femme ou de girlie. Cela ne m'empêche pas d'être féminine. Mais si je veux faire les choses comme un homme, quasiment rien ne peut m'empêcher. 

Fort caractère forgé à la dure par la vie. Et surtout, un compagnon de longue route qui m'y a plus qu'encouragée ! 

C'est facile d'être, simplement, quand on n'a pas à lutter à la maison. Et ce n'est pas une lavette. Un homme, bon et aimant. Provocateur à ses heures et foncièrement bienveillant. 

Un caractère fort, lui aussi. Ça aide. Notamment, pour m'empêcher de travailler du chapeau 😃, entre autres. 

Et je suis fâchée avec le temps qui manque et qui nous fait courir comme des lapins fous. 

Je viens tout juste de prendre ma retraite et je fonce à fond dans la lenteur. Un pied incroyable, pour moi qui ai été si active ! 

Va donc, crevure... Con d'chiure

Va donc, crevure.
Espèce d'enflure,
De boursoufflure.

Espèce d'oxyure,
Fils de raclure,
De mes deux, chiures,

Le pédicure,
T'en es bien sûr ?
T'as pas d'gelures !
Range tes morvures.

T'as pas d'gerçures,
T'as pas d'foulure,
Que d'la morsure,
Que d'la torture,

S'pèce de crevure.

Jamais en rade d'une gerbure,

Encore une dégoulinure,
Ton cul, ton cul d'ordure,

Viens don', viens don', 
Sale petit con,

Ton cul, viens don'
Faut qu'je te l', 
Faut qu'je te l',

Viens don',
Viens don'

Que j'te l'cure,

Con d'chiure.

© Simone Rinzler | 14 octobre 2014 -   Tous droits réservés 



dimanche 12 octobre 2014

Cure d'épure en rimes sûres, aigres d'injure à l'écriture


Injure à l'écriture 

Faire une cure,
De luxe, de dur.

Fruits trop mûrs,
Éviter une capture.

Remiser aux ordures,
Jeter les épluchures.

Risquer une écriture,
Hors les murs.

Jusqu'à l'usure.
Se vider jusqu'à l'épure.

Hiberner dans la fourrure.

© Simone Rinzler | 12 octobre 2014


samedi 11 octobre 2014

Il a le don... (Chanson idiote - cha-cha)

Matériel :
     - 1 soliste (homme)
     - 1 orchestre avec cuivres, type Ray Ventura ou Splendid avec trompettiste solo
Genre :
     - Chanson
Type :
     - Cha-cha

Il a le don,
     [Choeur des hommes]
     L'a le don !
     L'a le don !
De me foutre le bourdon,
     [Choeur des hommes]
     Le bourdon !
     Le bourdon !
Il a le don,
     [Choeur des hommes]
     L'a le don !
     L'a le don !
De m'faire passer pour un con...
     [solo de trompette]
     Ta-ta-ta Ta Ta-ta-tè-re !!!!

Il s'croit profond,
     [Choeur des hommes]
     S'croit profond !
     S'croit profond !
Peut pas êt' si bas d'plafond,
     [Choeur des hommes]
     Bas d'plafond !
     Bas d'plafond !
C'est pas un con,
     [Choeur des hommes]
     Pas un con !
     Pas un con !
Pourquoi qu'i'm'file tant le bourdon ?...
     [Soliste, choeur des hommes et orchestre]
     Le Bour-Don !

© Simone Rinzler | 11 octobre 2014 - Tous droits réservés 



vendredi 10 octobre 2014

Bestaire : Le Bourdon

Causerie littéraire :

Ahemm...
Je vous remercie de m'avoir invité pour la conférence plénière "Bestiaire(s)". Lorsque Jean-François m'a demandé de faire la conférence d'ouverture de votre colloque, j'ai accepté avec plaisir, d'autant plus que je n'avais rien à dire des bêtes, ni des bestiaires et encore moins du bourdon. 

J'allais donc parler du bourdon, ce m'allait bien, puisqu’à ce moment-là, je ne l'avais pas.

Mais le bourdon a ceci d'extraordinaire que tant que vous n'y pensez pas, tant qu'il est insu de vous, il n'existe pas à vos yeux, il ne prend aucune place dans votre conscience. 

Dès lors que vus le nommez, que vous lui prêtez une existence, c'est la fameuse métaphore ontologique qui fait venir à l'être (et donc à la conscience) quelque chose qui existait et qui n'avait pas encore fait l'objet d'une "nomination adamique", quelque chose qui n'avait pas encore été nommé, à la manière dont Adam avait nommé les animaux de la terre, ce qui lui permit de pouvoir en parler (Nous sommes ici dans une fable, un conte mythique d'une naissance du langage inlassablement questionnée). 

Sans nomination adamique, un phénomène peut exister dans le réel sans jamais avoir été relevé. On ne peut pas en avoir conscience, puisque personne n'en parle. Dans le cas du bourdon, dans son sens métaphorique de "cafard", de "blues" ou d'"idées noires", le phénomène est reconnu. Il est connu. Mais on peut ne pas se sentir concerné parce que l'on a pris l'habitude de ne pas y prendre garde et de penser qu'il ne s'agit pas de soi. 

En acceptant, dans le cadre du colloque "Bestiaire" de parler du bourdon, j'acceptais de parler d'un animal pour lequel je n'avais qu'indifférence. Aucune animosité, ni passion secrète. Tout juste un léger agacement lorsque l'un d'entre venait voleter auprès de moi. Très tôt, j'avais appris à ne pas craindre les insectes. Il suffit de les ignorer pour qu'ils se lassent. Et l'on sait que le bourdon ne pique pas. Il n'est qu'un importun des repas d'été en plein soleil, parmi les jardins et les prés en pleine floraison.



© Simone Rinzler | 9 octobre 2014 – Tous droits réservés
 









jeudi 9 octobre 2014

Mauriceau le Souriceau est tout grognon

Ce soir, Mauriceau le Souriceau est tout grognon.

Rien ne lui plaît. Il râle tout le temps. Bouge les objets en faisant du bruit. Manque de faire tomber une chaise.

"Ça n'va pas ?", lui demande Mauricette la Souricette.

- "Mmmgrmm..."

- "Qu'est-ce qu'il y a ? J'ai rien entendu. J'ai l'eau qui coule. J't'endends pas", qu'è' lui répond La Mauricette.

- "T'écoutes pas !"

- "Quoi ? Articule mieux, j't'entends pas ! Y'a l'eau qui coule !"

...

[Clac !]

- "T'es pas obligé d'claquer la porte !"

- "J'claque pas la porte. J'ai r'fermé la f'nêt'e."

- "Comment ça, j'suis pas nette ? Dis donc, t'as pas l'air d'aller bien fort, toi aujourd'hui !"

- "Quoi ?"

- "J'disais, t'as pas l'air d'aller bIEN fOrt !"

- "Si, j'parle assez fort. T'écoutes pas !..."

...

- "T'es encore là-dessus ? Tu fous rien d'la journée et quand j'rent'e, t'es encore là-d'ssus !"

...

- "T'as pas fini avec ça ?"

...

...

...

...

[Sonnerie de portable]

- "AllooooOO ! Alors, comment ça va aujourd'hui ?"

[inaudible]

- "Ah ! Ben, c'est une bonne chose !"

- "C'est qui ?"

...
[inaudible]

- "C'est Souricinette ? C'est Souricinette ou Souricineau ?"

[geste d'agacement]

Mauricette la Souricette se tait et sort de la pièce.

- "Ha !"

[inaudible]

- Hé ! Hé ! Hé !

 [inaudible, longtemps]

- "Ha Ha Ha ! OK ! Bon, ben alors, atchao ! Tu nous rappelleuhd'main, hein ?"

[Long silence]

- "Mauricette ! MauriceeeeEEEEtte ! C'était Souricinette. Elle va bieeen. Elle vient manger d'main !"

Mauriceau le Souriceau s'assied.

Il est tout joyeux.

(C) Simone Rinzler | 9 octobre 2014 - Tous droits réservés

[Série : Espèces de P'tits Contes - Mauriceau Le Souriceau - A l'Université de Tous les Moisir-s]




Souricette en a plein le cul - Mauricette La Souricette #1


Souricette en a plein le cul

Aujourdhui, Souricette est en colère.

Elle en a plein le cul.

Marre.

Ras-le-bol.

Plein le cul.

J’m’fais chier !

J’m’emmerde…

J’m’ennuie.

Mais qu’est-ce que j’ m’fais chier !

Mais qu’est-ce que j’fous ? 

Merde, Merde,  Merde, Merde, MERDE !

Elle tape du pied, 

Tourne en rond,

S’assied,

Se relève,

Prend un livre.

Le repose.

En prend un autre.

Le repose.

Reprend le premier.

La lumière est belle dans la salle à manger.

Elle s’approche.

Tiens, la lumière est belle pour prendre une photo.

Elle s’installe.

S’assied par terre, sur le tapis.

Chez elle.

Elle n’a jamais fait ça.

Enfin, jamais toute seule, sans Mauriceau le Souriceau.

Mais ça,...

... ce sera une histoire :


« Souricette et Souriceau s’envoient en l’air - Sur le tapis ! Mais oui ! ».

(C) Simone Rinzler | 27 mars 2014 - Tous droits réservés

[Mauricette La Souricette #1 : Souricette en a plein le cul -
Série Mauricette La Souricette et Mauriceau Le Souriceau à L’Université de tous les Moisir-s]

mercredi 8 octobre 2014

Petit hérisson

Petit hérisson s'est mis en boule aujourd'hui. 

Il a froid. 

L'hiver approche et il se sent bien seul. 

Il est inquiet. 

Où sont passés sa maman, son papa, ses frères et ses sœurs ? 

Il ne les retrouve plus. 

Perdu dans la grande forêt du jardin d'Amélie, il ne retrouve plus son chemin. 

Où sont-ils ? 

Sont-ils partis ? 

Sont-ils cachés ? 

Sont-ils restés sur la pelouse ? 

Sont-ils malades... 

...ou blessés ?

Brrrrrr.... Il fait froid. 

J'ai peur tout seul. 

Je suis tout seul ! 

Au secours !

...

Personne ne m'entend.


Ohé !

Il y a quelqu'un ?

...

Je devrais peut-être sortir de ma boule ? 

Peut-être que je leur fais peur ?

...

C'est vrai que quand je me mets en boule, ça pique.

Aïe ! Ouille ! Ça fait mal. 

Oui. Ça fait peur...

Tiens, il fait moins froid, tout à coup.

Et... Si je sortais de ma boule ?

Si j'arrêtais de menacer le monde de tous mes piquants pour me protéger ?

Je me sens si petit, si seul. 

Tiens ?!?...

Je vais sortir un œil...

Je tends l'oreille...

Mais ?!?...

Mais...

Il y a plein de monde ici.

Comme c'est joli !...

Il y a plein de jolies couleurs.

Du bleu, du vert, du rouge, de l'orange, du jaune !

Oh ! Et même du rose et du marron...

Et du turquoise !

Du fuchsia !

Et même du violet...

Bon.

Je vais ouvrir l'autre œil.

Tiens. J'entends des enfants jouer...

Il y a un homme qui rit.

Une femme qui l'éclabousse ! 

Elle s'esclaffe !

Ils se font un clin d'œil. Un autre chantonne. Une autre frappe dans ses mains.

C'est sympa, ici !

Je reviendrai demain me promener dans le jardin.

Vite, vite. 

Rentrer à la maison. 

J'en ai de belles choses à raconter !

© Simone Rinzler | 8 octobre 2014 - Tous droits réservés 

[Série : Espèces de P'tits Contes !  - Pour Grands Enfants - À L'Université de Tous Les Moisir-Sur-La-Tranche De Keick De La Picrandole]



mardi 7 octobre 2014

On ne m'y reprendra plus...

- "On ne m'y reprendra plus, à faire la bonne élève", répondit-elle, amère. 
- "Facile à dire, maintenant que tu ne travailles plus !", lui répondis-je derechef. 
- "Ah, oui, tiens. C'est vrai."

[Silence]

- "Oh, et puis, si. On m'y reprendrait tout pareil. Je n'aurais jamais supporté de me faire chier à saloper le boulot." 

(Séquence : je m'entraîne aux dialogues pour un éventuel futur roman déjà en route).

© Simone Rinzler | 8 octobre 2014 - Tous droits réservés 

lundi 6 octobre 2014

Réflexion sur le travail qui sclérose et déresponsabilise selon Boris Cyrulnik

Le travail, dans un "modèle matérialiste qui sclérose et déresponsabilise", selon Boris Cyrulnik :

Les nouvelles formes de souffrance au travail en sont, selon Boris Cyrulnik, le symptôme : la société a fait le choix d’un modèle matérialiste qui sclérose et déresponsabilise. Le neuropsychiatre exhorte à lutter contre ce qui appauvrit les deux germes principaux de la « valeur » travail et consubstantiellement de l’acte résilient : la solidarité et le sens.

Voilà ce que je trouvais ce matin sur FB.

J'ajouterai : 

Surtout dans une société qui a fait le choix de l'infantilisation au détriment de l'émancipation de ses citoyens.

Chaque nouvelle régulation, chaque nouveau flicage du travail empêche de travailler et détourne l'attention du travail fait avec intérêt, soin et sérieux pour devoir se justifier selon les termes de celui qui impose sa norme de travail. Un modèle en cours de rigidification prononcée qui interdit de trouver de meilleures façons de travailler, ou de travailler à sa manière dans les professions où cela était encore possible, transforme les uns en matons, les autres en détenus, ou les uns en Mère ou Père Fouettard et les autres en Poil de carotte a priori toujours mauvais.

C'est cet a priori de délinquance programmée qui gangrène toute volonté de faire de son mieux et de trouver un intérêt à son travail, quel que soit son travail. 

L'a priori d'incompétence de celui qui doit travailler aux ordres empêche la fierté de faire ce que l'on fait et dénarcissise chacun isolément et, en bout de parcours, une société toute entière.

Oui, le travail est beau. Tant que chacun peut avoir un minimum vital de liberté. 

Ne serait-ce que la liberté de pouvoir prendre une petite pause nécessaire. Ne serait-ce qu'une toute petite pause-pipi pour ceux qui travaillent à la chaîne.

J'ai eu la chance d'avoir un travail dans lequel, dans le respect des programmes imposés, chacun pouvait organiser à sa guise. Cette liberté s'est petit à petit perdue dans des grands projets imposés d'en haut. Personne ne peut imaginer la souffrance d'avoir à faire autrement que de la manière dont on sait que l'on fait bien. Pour se protéger de deux, trois feignants, d'un éventuel taré, on traite tout le monde en feignant et en taré. 

Et, petit à petit, insensiblement, chacun devient, à son corps, son cœur et son esprit défendant ce taré, ce feignant, celui qui fait honte à sa profession, quelle que soit sa profession. 

Mais quelle méconnaissance du fonctionnement de l'humain.

[End of rant]

Je m'en vais retourner y réfléchir en pensant à mon livre sur Chaplin, abandonné sous la charge des injonctions à faire ce qui m'était demandé, à savoir, ne plus travailler, mais passer mon temps à rendre compte de mon travail. 

Mes deux dernières années d'enseignant-chercheur ont été passées à faire des dossiers, des CV personnels, des préparations d'évaluation de notre équipe de recherche.

Je n'ai ai lors plus produit qu'un ou deux articles par an qui étaient déjà en route depuis un certain temps, puis plus rien de nouveau n'a pu se produire. 

J'étais épuisée, vide, sans idées. Autre que celle de me reposer. Enfin. Avant, un jour, de m'écrouler.

Combien, combien se sont ainsi gâchés ?

Je ne peux m'y résoudre. J'enrage encore. 

Calmement, 
maintenant, que me voici dégagée du management qui m'a été imposé contre mon gré et ma conscience.

J'ai dû me résoudre à m'arrêter, à prendre ma retraite à 60 ans pour longue carrière, ce que je n'avais pas prévu et souhaitais par-dessus tout éviter. J'avais enseigné l'anglais de la 6ème à l'agrégation, du collège à l'université, avec fougue et passion et un engagement à toute épreuve, sauf cette dernière, qui m'a fait plier d'abord, puis craquer ensuite alors que je me préparais à poursuivre mon petit bonhomme de chemin avec l'entêtement de ceux qui font le choix de se mettre au service des autres, du Commun (Rancière).

Voilà qu'après avoir travaillé sur les manifestes dans le monde anglophone au XXe siècle, je fais, moi aussi, mon appel manifestaire avant de me replonger dans mes écrits et dans Chaplin, Marx et Orwell, pour parvenir, enfin à les publier, maintenant que je me remets doucement et commence enfin à pouvoir aligner, à nouveau, deux, trois phrases un peu cohérentes.

Relevez la tête.
Il n'y a rien à perdre à redevenir des êtres humains.
Œuvrez pour le Commun.
Unissez-vous.

© Simone Rinzler | 6 octobre 2014 - tous droits réservés